Vive l’Ours libre ! Démontons les cages !

Entre 1999 et 2002, le projet Life Ursus financé par l’Union européenne a été développé dans la province de Trente, Italie, dans le but de reconstituer les populations d’ours bruns, alors entièrement éteintes dans les Alpes. Évidemment, nous comprenons que les ours dans les bois sont bons pour le tourisme, les parcs dits « naturels » et les fonds provinciaux. Mais quelques années suffisent pour prendre conscience que la présence de l’ours n’est pas compatible avec un modèle de tourisme consumériste et invasif, dans le contexte d’un territoire en réalité largement artificiel.

Résultat de Life Ursus. 20 ans plus tard : 34 ours « indisciplinés », disparus, tués, emprisonnés. Parmi eux, les ours (appelés par les autorités) M49 et M57 et l’ours DJ3, actuellement détenus dans la structure / prison de Casteller, dont la gestion est – avec une ironie macabre – confiée à l’Association des chasseurs de Trentini. Dans la nuit du 15 juillet 2019, moins d’une heure après sa capture suite à de nombreux rapports de dommages causés par les éleveurs de la région, M49 s’échappe bruyamment, forçant des barrières et des clôtures apparemment infranchissables. Il s’échappe à nouveau le 27 juillet 2020, pour être capturé de nouveau il y a quelques semaines. Ses codétenus, DJ3 (fille de Daniza) recluse depuis 9 ans (la moitié de sa vie) et M57, qui n’a réussi à passer que deux ans de sa vie en liberté avant d’être emprisonnée (la durée de vie moyenne d’un ours dans la nature est comprise entre 30 et 35 ans). Quid des conditions psycho-physiques des trois ours ? Elles ont été qualifiées « d’inacceptables » par les organes de contrôle institutionnels qui, comme chacun sait, proposent au travers des voix des associations vétérinaires la mise en place de « comités d’éthique » pour effacer leur responsabilité derrière la fable habituelle du « bien-être animal ».

Smontiamo la Gabbia

La classe politique qui a gouverné le Trentin a démontré, à maintes reprises, toutes les limites et l’hypocrisie d’une approche anthropocentrique de la vie en compagnie d’autres animaux. Les millions d’euros que la Province a reçus de l’Europe pour le projet Life Ursus ont été dépensés très différemment : projets éducatifs dans les écoles, formation destinée aux voyagistes, sensibilisation et information des habitants et des touristes, dans une perspective de coexistence, paisible et respectueuse. Au lieu de cela, les ours ont été pris, placés sur le territoire, retirés du territoire, tués, emprisonnés, montrés, cachés, selon les besoins politiques du pouvoir.

Mais quel « crime » ont-ils commis pour qu’il soit décidé que la contrainte physique de ces animaux devenait nécessaire ? Le fait est que les animaux sauvages ont la mauvaise habitude de se comporter comme des animaux sauvages. Ce ne sont pas des animaux en peluche, ce ne sont pas les animaux déprimés et tristes que l’on voit dans les zoos, rendus inoffensifs par la résignation et les barreaux. Ce sont des ours qui, comme tous les individus, veulent « seulement » vivre librement, pouvoir choisir leur nourriture, se déplacer à leur guise, explorer sans contraintes leur environnement, jouer, paresser, ressentir ; et qui, comme n’importe qui d’autre, réagissent et se défendent s’ils se sentent agacés ou menacés. Des ours qui sont des ours, en somme.

De même que les êtres humains ont toujours résisté à l’oppression et à la discrimination, les animaux non humains ne tolèrent ni l’emprisonnement ni l’exploitation, attaquent pour se défendre et tentent de s’échapper, parfois avec succès. Il est temps d’ouvrir les yeux, de comprendre que les animaux non humains sont l’avant-garde du mouvement de libération animale. Il est temps d’arrêter de penser que les autres animaux sont des créatures sans voix pour lesquelles il est nécessaire d’utiliser les nôtres. La voix est une expression de pouvoir et décrivant les animaux comme en manquant, nous enlèvons du pouvoir à leurs expériences de rébellion. Au-delà du récit toxique de l’animalisme « classique », qui présente les autres animaux comme impuissants et tributaires des humains éclairés qui peuvent et essaient de les sauver, une autre histoire cohérente de rebelles et de rébellion reste à raconter, devant laquelle le positionnement des individus humains ne peut être considéré que comme une simple solidarité. Nous reconnaissons la capacité des animaux à échapper à l’exploitation humaine comme une force socialement non négligeable, une force capable de déplacer les énergies des associations, des individus, des groupes locaux vers une solidarité qui peut sans doute être définie comme politique. Une solidarité active qui s’exprime dans la conscience de mener des luttes communes entre personnes exploitées, quelle que soit l’espèce à laquelle elles appartiennent. S’ouvrant sur la possibilité d’adopter un regard décolonial sans précédent, nous choisissons de disposer de notre privilège d’espèce pour le mettre au service de la résistance animale.

Toujours solidaires de la lutte de celleux qui violent les frontières pour retrouver leur liberté, nous prenons parti sans hésitation du côté des ours rebelles. De cette persécution incessante contre l’ours, dans la petite province du Trentin-Haut-Adige et dans le reste des Alpes, nous ne pouvons manquer d’identifier une nouvelle fois le caractère de la plus grande et la plus aveugle persécution contre toutes les formes de vie terrestre, laquelle est à l’origine de la catastrophe climatique qui nous enveloppe au niveau planétaire.

Pour cette raison, dans la décision de prendre parti pour ces corps résistants, nous lançons un appel à toutes celles et tous ceux qui pensent que la lutte contre la guerre totale menée contre la vie, par le système capitaliste, doit être arrêtée. Non pas tant pour le mettre dans un autre récit toxique pour « sauver la planète », mais pour essayer de garantir à notre espèce et à toutes les autres (animales et végétales) la possibilité de continuer à habiter la Terre. Nous croyons fermement que seule la convergence de toutes ces luttes peut aspirer à saper le paradigme du capitalisme anthropocentrique, lequel nous conduit inexorablement vers la Sixième extinction de masse. Un système rapace qui, grâce à un mécanisme dystopique quasi-parfait, détruit et déchire les territoires des animaux et des humains, capitalisant chaque battement de cœur. Et qui empoisonne aussi bien le langage que la pensée, reléguant dans la dimension de l’insignifiance et du silence toutes les identités qui s’écartent du paradigme propriétaire de l’anthropocentrisme colonialiste masculin et blanc.

Nous n’accepterons jamais ce monde-là, et nous nous battrons pour que dans les mois et les années à venir, les rues de nos bourgs, de nos villages et de nos villes voient le passage d’une nouvelle vague de rébellion mondiale généralisée. Commençons ici. Nous rendons aux ours les bois et les montagnes dans lesquels iels sont nés libres.


Reçu par mail [Assemblea Antispecista].