Peut-on légitimer la violence ?

Lorsque l’on parle de violence, la plupart d’entre nous pense de suite aux crimes ou aux délits qui choquent la plupart des citoyens. Cependant, la violence peut parfois prendre d’autres formes comme dans certains conflits économiques et sociaux.

Au fil des années, la lutte contre cette violence est d’ailleurs devenue un enjeu politique dans l’hexagone. La violence lors des manifestations, jugée comme inacceptable, devient un sujet tabou de criminalisation des mouvements sociaux et de récupération politique. Fidèle à une ligne éditoriale partisane, il n’y a pas une semaine sans que la presse mainstream ne stigmatise nos douces échauffourées avec les forces de l’ordre. Pourtant, si notre société condamne toute forme de violence, individuelle ou collective, elle s’autorise toujours celle contrôlée par la Loi.

L’État accepte certaines violences

Il est tout d’abord très important de distinguer la violence de la force. Effectivement, la force est une puissance qui représente la volonté générale au service du bien commun. Elle agit en fonction de la loi et dans son sens. Il faut donc se demander si répondre à la justice par la violence n’est pas également une forme d’injustice. En effet, rien ne peut justifier la violence en tout cas c’est ce qu’on essaye de nous inculquer. Bien que combattue par le gouvernement, c’est lui qui pourtant la pratique au quotidien.

La violence peut parfois être justifiée lors de manifestations citoyennes. Ici, la violence est utilisée pour contrer, une fois de plus, une autre forme de violence. Nous sommes tous conscients, que chaque État utilise la violence dans son propre intérêt et dans ce cas la rend légitime. Parfois les choses deviennent incompréhensibles pour le peuple. En effet ; des activistes qui occupent un pont et empêchent la circulation seront appelés « violents », des Gilets Jaunes qui revendiquent plus d’égalité seront tabassés, éborgnés et considérés comme de grands criminels. Pire, des jeunes qui écouteront de la musique un peu trop fort seront noyés dans la Loire, à la manière des « baignades nationales » de Jean-Baptiste Carrier. Mais lorsque l’État laisse mourir des centaines de personnes en mer, qu’il expulse arme au poing des réfugiés ou qu’il nie les violences policières… ce n’est jamais sa faute, c’est la routine, le sacro-saint État de Droit. Ainsi, les seules formes de violences autorisées dans notre pays sont les violences orchestrées par l’État lui même.

Toute injustice est violence

La violence peut-elle être justifiée, lorsqu’elle devient l’arme de ceux qui n’ont pas d’armée puissante, quand le combat est par trop inégal, ou les violences de ceux qui s’estiment abandonnés par le jeu démocratique ? Caillasser une banque capitaliste ou dévaliser un Décathlon qui produit ses vêtements au Népal et en Thaïlande, est-ce cela de la violence ?

Des violences revendiquées, parfois difficiles à justifier

La vraie question n’est donc pas de savoir s’il convient, oui ou non, de légitimer cette violence, mais de comprendre les causes de cet état violent. Si certaines violences apparaissent dans les banlieues défavorisées, ou auprès des personnes qui se sentent abandonnées par le gouvernement et crient leur colère dans les rues, on peut assurer que la violence est donc déclenchée par l’État. On peut se rappeler l’horrible violence présente en France en 1789 pour la Révolution Française, comme pour la plupart des révolutions. Pourtant, cette violence est encore aujourd’hui fêtée et commémorée chaque année. Notre hymne national en a d’ailleurs encore les accents sanglants. Rares sont celles et ceux qui ont pu mener leur combat politique sans recourir à la violence. Car la violence est présente partout et, parfois, nécessaire pour faire évoluer les choses. Gandhi ou Martin Luther King ont peut-être souhaité mener leur combat politique sans violence… mais ils furent tous deux assassinés. Le gouvernement est capable de diffuser à la télévision des spots publicitaires contre la violence mais si cette dernière est condamnée, elle est omniprésente dans la rue, dans les jeux, dans les films et les médias.

La violence est vendeuse et rapporte de l’argent alors pourquoi s’en passer ? Les journaux télévisés en raffole, — BFM TV en a même fait son fond de commerce —, les héros cinématographiques sont toujours au cœur de la violence. C’est également une forme de légitimation. Par conséquent, il est indéniable que la violence fait donc partie de notre quotidien, mais également de notre histoire passée et, vraisemblablement, de celle à venir.

La violence peut-elle être justifiée ?

Ainsi, les récents mouvements sociaux en France ont, certes été effectués en partie dans la violence, mais dans le seul but de se faire entendre par le gouvernement. Car la violence est souvent engendrée par un grand sentiment d’injustice. La violence peut-elle être justifiée ? Sans doute, par l’incompréhension des citoyens d’une part, par la non-concertation de nos politiques au sujet d’un large ensemble de textes de loi censés nous diriger, d’autre part.

Quid du pacifisme de certains militants ? Je prendrai l’exemple de XR, qui se drape aujourd’hui dans un pacifisme automatique et irréfléchi, imposé par un système ultra-violent, comme s’il n’y avait pas d’autres alternatives. Pourtant, au quotidien, et dans tous les domaines, les États justifient leur violence. La violence du dominant sur les dominés. Voila où se situe la morale étatique, la loi du plus fort, du plus riche ou du plus nombreux.

Ce texte n’est pas un appel à la violence. C’est un appel à moins de violence, plus de Justice, de Raison et de Paix. S’il faut condamner les violences, alors il faut toutes les condamner, à commencer par les violences étatiques et celles du capital.

Mais si, au contraire, la violence est justifiable, si l’on estime qu’elle peut être utile — voire nécessaire — que certaines causes méritent de se battre violemment, alors le pacifisme absolu des citoyens ne peut se justifier. Car cette violence, c’est l’impatience, c’est le déchaînement du désir, dans le silence ou les cris de nos actions qui ignorent la Loi.


Note : cet article a été écrit en réaction à un communiqué de presse d’Extinction Rébellion, mouvement de désobéissance civile strictement non-violent, diffusé le 1er Juillet 2019.