Travail… Prison… Travail !

Tout récemment, une conseillère de l’agence française pour l’emploi me harcelait de questions au sujet de mon avenir, trop incertain semblait-il à son goût : « vous êtes graphiste, indépendant, certes mais est-ce que vous comptez retravailler un jour, avoir un vrai métier, gagner de l’argent ? » Le laïus habituel propre aux acharnés zélés manœuvriers et autres bosseurs négriers.

« Ce que je comprends mademoiselle, lui répondis-je, c’est que je travaille pour fabriquer des choses, rendre service, produire du “concret”, pour gagner de l’argent. Or cela n’est possible qu’en fonction de ce que les autres font aussi quand ils travaillent.

« Par conséquent, le travail ne peut pas être considéré comme une activité nécessaire, orientée vers un objectif, un but. Le travail ne peut être non plus un simple rapport social avec un chef d’entreprise qui m’emploie ou un client. Peu importe le cadre légal, juridique dans lequel le travail est accompli. Le travail est une chose abstraite car elle est dirigée en vue de produire des valeurs d’échange, dont l’existence et la quantité se prononcent en fonction des autres travaux.

« Vous souhaitez que je vous parle de l’utilité du travail ? Cela devient alors très ambigu, oserai-je prétendre que c’est une hallucination ? Oui, je le crois. Car le travail est une forme d’activité spéciale qui, tout en produisant un lien social spécifique, répartit les récompenses de façon systématique. La réalité de notre économie est que tout est pesé, jaugé pour sa forme marchande. Le travail est la source de tout ce qui s’attache aux marchandises : la valeur, et le moyen inévitable pour les acquérir.

« Ainsi en travaillant, je contribue, par mes activités à première vue sensées, à déployer un monde insensé qui me dépasse et m’englobe, sans même (avoir à) y songer… »

Un peu de lecture ?

Le droit à la paresse. Paul Lafargue, 1880.
Ni Dieu ni maître, Anthologie de l’anarchisme. Daniel Guérin, 1999.
L’art de voler Antonio Altarriba, 2011.

Madame Pôle-Emploi ne sachant quoi répondre, je l’ai gentiment remerciée et me suis dirigé vers la sortie. Dehors, un homme tendait la main pour recevoir l’aumône. Je me suis arrêté pour discuter quelques instants avec un ami.