Critique de la servitude volontaire & autres rituels d’obéissance

Fort de la théorie et de l’expérience, j’ai le droit de soupçonner le premier venu d’être un porteur de germes. Vous, par exemple, absolument rien ne me prouve que vous n’en êtes pas un. »
— Jules Romains, « Knock ou le triomphe de la médecine » (1924)

En mars 2020, nous nous sommes retrouvé·e·s confronté·e·s à la pandémie de covid-19 et à l’absence totale de toute forme de liberté. Dans ce monde (virtuel) toujours privé de sincérité et souvent de radicalité, nous avons pensé que c’était le bon moment pour manifester notre refus d’obéissance.

Même si les indicateurs ne l’ont pas encore démontrés, nous comprenons que l’usage massif du masque par la population est peut-être un des leviers essentiels pour freiner la remontée du virus. Cependant, plutôt que de nous positionner pour ou contre son utilisation — ce qui serait une bêtise — nous préférons prendre le temps de réagir aux traumatismes et aux difficultés des autres et de chacun·e·s.

Contre tout ce qui est nocif !

Utiliser correctement un masque nécessite le respect constant d’une série d’instructions assez lourdes : il faut le changer toutes les quatre heures, se laver les mains avant et après l’avoir touché, le laver à 60°C si c’est un masque en tissu, le retirer par l’arrière de la tête sans toucher les surfaces visibles, le changer toutes les quatre heures lorsqu’il est « jetable », etc. Des mesures draconiennes que personne ou presque ne respecte. Tout le monde porte le masque du mieux qu’il peut. Cette impossibilité d’utiliser correctement le masque, et l’indifférence évidente des autorités à cet égard, montre que la fonction du masque n’est pas seulement sanitaire, mais aussi politique : il ne s’agit pas de faire respecter une recommandation plus ou moins raisonnable ni de s’occuper de la santé publique, mais d’imposer légalement et avec force un rituel d’adhésion et d’obéissance, présenté comme le seul et obligatoire moyen de conjurer la menace abstraite.

Mais on se rend compte que le principal effet de cette imposition légale et de ce rituel est aussi de séparer — au double sens d’isoler et de classer — les gens : le masque rend très difficile la parole, il cache la moitié du visage ou plus et nourrit ainsi l’idée que nous sommes dangereux l’un pour l’autre. Celui qui refuse le masque est alors identifié comme « égoïste » (et bien pire) puisqu’il ne se soumet pas, et l’obéissant peut se retourner contre lui. Les agressions et tentatives d’intimidation à l’égard de celleux qui résistent plus ou moins au port du masque — et le mépris absolu pour toutes les raisons qui les poussent à résister — sont déjà à l’ordre du jour, y compris dans nos cercles.

Ainsi, les mesures de l’état d’urgence sanitaire visent donc, avant tout, à propager une autre pandémie : celle de la servitude volontaire de la population, par l’obéissance aux lois face aux « dangers », et afin de mettre fin à toutes critiques de l’État, du capitalisme et de la civilisation industrielle en général. Dès lors, il est possible que de nouveaux états d’urgence se succèdent en conséquence de la dévastation écologique et sociale du monde. Car nous sommes sûrs d’une chose : tant que nos vies resteront soumises à des technocrates, des spécialistes, des experts, des industriels, des gestionnaires de l’espace et du temps qui ont tout prévu dans leurs calculs rationnels, alors de telles catastrophes continueront à se produire…

Désobéir (ou ne pas obéir plus que ce que la Loi elle-même prescrit)

Dans plusieurs pays voisins, pour l’instant le masque n’est exigé par la Loi que lorsque la distance de sécurité d’un mètre et demi ne peut pas être respectée, à la fois dans des lieux fermés et ouverts et dans les transports publics. En France, les enfants de moins de onze ans en sont exemptés ; ceux qui font du sport en plein air ; celleux dont les problèmes de santé les empêchent de le prendre ; celleux qui exercent des activités incompatibles avec l’utilisation d’un masque, etc. Bien entendu, nous comprenons que les principales activités incompatibles avec l’utilisation du masque sont la parole et la respiration (sic). Sont également exemptés celleux qui souffrent, par exemple, de l’asthme. D’autres préfèrent obéir de manière parodique et se peignent des slogans tels que « J’obéis » ou ajoutent le petit dessin qui illustre ce pamphlet. D’autres mettent une muselière sur leur masque, d’autres encore sortent dans la rue avec un scaphandre…

Ainsi, celleux qui mangent dans le train, celleux qui s’embrassent dans les bus, celleux qui se mouchent ou qui fument ou boivent quoi que ce soit, n’importe où, peuvent être exemptés. D’autres désobéissent, tout simplement, et ne le mettent jamais. Les occurrences de l’intelligence insoumise n’ont pas de fin !


Note de la Rédaction : notre propos n’est pas ici de dénoncer le port du masque. Nous savons son utilité essentielle dans la lutte contre la propagation des maladies infectieuses et/ou des affections respiratoires. Si vous en doutez, nous vous invitons à lire nos debunks des théories du complot au sujet de la pandémie de coronavirus.