Rien n’est à nous…

Rien n'est à nous

Le monde est une vaste chose. Des milliards d’individus s’y meuvent. Et pourtant, les ressources et la centralité du pouvoir appartiennent à bien peu de gens. Le capitalisme est un système économique qui n’est pas en mesure de faire circuler quoi que ce soit d’autre que des capitaux, des marchandises, et tout un monde fondé autour d’eux pour les protéger et les valoriser. Un monde dans lequel on apprend à condamner moralement celui qui vole une orange et à admirer celui qui fonde une banque. Un monde qui n’offre pour perspectives de réussite que le cannibalisme social et la concurrence, dans lequel il n’y a plus, aujourd’hui, mieux à faire que d’y refuser de parvenir. Un monde de bureaucratie, de misère, de tristesse et de béton armé, dans lequel l’État, tour à tour paternaliste et répressif, ne semble rien chercher d’autre qu’à maintenir le statu quo dans lequel il pourra continuer de rester maître des cartes. Un monde dans lequel nous ne sommes plus capables de formuler autre chose que des revendications séparées dans les termes et les conditions du pouvoir.

Le RIC pourrait un temps donner l’illusion de reprendre un peu le « contrôle » de nos vies, de pouvoir influencer le cours des choses. En votant Oui ou Non, on imagine peut être que cela sera différent que de voter tel ou tel. Mais si nous possédons quelques réponses et surtout un tas de questions, ce n’est certainement pas au pouvoir de les arbitrer ou d’y répondre, ni de les formuler ou de les appliquer. Le pouvoir ne se détruira pas de lui-même. Et c’est ici qu’il nous faut savoir ce qui nous appartient dans ce monde et ce que nous avons encore à y gagner.

Notre réponse est simple : Rien.

De ce néant à la fois, absolu et créateur peuvent émerger de nouvelles possibilités, comme la révolution et la liberté totale. Sur le chemin de la destruction s’ouvre des ruptures temporelles dans la vie quotidienne, et les certitudes sont bousculées. S’engager à corps perdu dans la guerre sociale nous change, c’est une expérience à la fois individuelle et collective : se révolter rend courageux et intelligent, et c’est d’intelligence et de courage dont nous avons besoin pour attaquer ce monde qui semble si invulnérable, mais qui pourtant ne l’est pas, comme nous pouvons régulièrement l’observer. Ce moment où la révolte saute le pas et les désirs sont bouleversés, c’est le moment où cela n’a plus de sens de réclamer une augmentation de salaire, parce que l’argent n’existe plus, que les usines, les prisons et les bureaux, ces bagnes travaillistes, servent de toilettes à l’humanité. Parce qu’il n’y a plus de salaires, parce que l’on arrête d’établir au sein de l’activité humaine une hiérarchie et des critères de rentabilisation qui dépassent de loin l’entendement. Parce qu’il n’y aura plus aucune institution à qui demander quoi que ce soit, seulement des êtres humains, des compagnons.

Si ce monde en forme de château de cartes résiste pour le moment à tous les courants d’air, c’est qu’il tient, comme il tombera, par tous ses aspects. Nationalisme et patriotisme font office d’appartenance à un idéal prétendument commun. La notion de « peuple » qui n’a jamais servi à rien d’autre qu’à (faire) massacrer des générations entières de jeunes gens, et dont l’unité s’est toujours faite au détriment de catégories ou d’autres de la population, trouve malheureusement dans les manifestations actuelles une nouvelle jeunesse. La xénophobie qui permet de pointer des boucs émissaires tout désignés par l’État en la figure des migrants, déjà exploités et victimes de racisme, ne vaut pas mieux que l’immondice bleu blanc rouge, symbole de la défense de l’ordre des choses, que l’on revoit flotter partout, pas seulement sur les uniformes des valets serviles de l’État. Tant que nous tiendrons à ce monde et à ses vieilles morales de l’argent, de la concurrence, des frontières, des prisons et des barbelés, nous serons incapables de lui porter de véritables coups, attaquer les fondations du pouvoir n’étant pas qu’une question militaire. Car à quoi bon attaquer les symboles de l’État si ce n’est que pour faire valoir un changement d’intendance ? Et si nous en finissions avec l’État ?

Le sabotage et le pillage sont des armes parmi d’autres au service des révoltés, ne laissons pas le bla-bla des médias et de la bourgeoisie remplir nos cerveaux. Toute brèche dans la normalité est un espace de respiration supplémentaire pour qui étouffe. Aucun referendum ou bulletin de vote n’a jamais rien changé au cours de la domination et de l’exploitation, et les différents modes de gestion du capitalisme, qu’ils soient démocratiques, monarchiques ou dictatoriaux, servent à maintenir les intérêts de celles et ceux qui les possèdent.

À partir de là, personne ne peut prétendre représenter la révolte qui s’exprime aujourd’hui contre la représentation et le monde qu’elle a produit à travers les siècles. Celle-ci ne pourra pas faire basculer nos vies vers ailleurs tant que nos pieds resteront ancrés dans la merde nationaliste et xénophobe du vieux monde, avec ses armées, ses partis, ses organisations et ses syndicats, tous là pour chapeauter ou mater nos instincts de liberté.

Ce n’est donc pas de casser ou non qui nous sépare les uns des autres, mais bien d’en finir avec toutes ces entraves à notre liberté ou de s’y résigner. Le pari de l’insurrection n’est-il pas la distance la plus courte entre ce monde et l’inconnu ? Étant donné ce que nous connaissons déjà de ce monde, la joie ne pourra se trouver que là-bas.

Soyons autistes, ne dialoguons plus jamais avec le pouvoir.

Tout ce qu’on aura, on le volera.
À bas la France !

— Des Aspirants sauvages.

Contact : lecoeurbat[at]riseup.net

Affiche placardée sur les murs de Paris, avril 2019. Cliquez sur ce lien pour afficher le PDF imprimable.