Que penser de l’inexorable effondrement de notre société ?

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Exister, coûte que coûte… © ValK

Il y a des prophètes et il y a des catastrophistes. Être catastrophiste, ça ne veut pas dire croire que « tout est foutu », c’est être lucide quant aux mystères de l’avenir. Quand un évènement se produit qui contredit notre vision du monde, nous préférons déformer les faits pour les faire entrer dans nos mensonges…

« Que penser de l’inexorable effondrement de notre société industrielle ? » La question n’est pas réjouissante et ne sera certainement jamais demandé au BAC ! Sans tomber dans les mythes hollywoodiens, tels que Mad Max ou Le livre d’Eli, il est vain d’imaginer un avenir où nos ancêtres se baladeraient dans le désert avec un canon scié à la recherche d’eau et de carburant. L’URSS s’est effondré économiquement et, même si la vie y est très dure, ce n’est pas Mad Max. Il est également chimérique de croire que nous pourrons un jour lointain coloniser Mars ou recommencer notre vie sur une autre planète ; nos ressources et énergies sont désormais insuffisantes. Il est trop tard pour ça. Alors quoi ? Sommes-nous donc devenus catastrophistes ? Bien sûr ! Mais le catastrophisme ne signifie pas qu’il faut penser que « tout est foutu », qu’il n’y a plus aucun espoir. Bien au contraire, être catastrophiste signifie, avant tout, être lucide quant à l’avenir ; accepter que des catastrophes puissent arriver, les observer avec courage et les affronter avec sagacité.

D’aucuns parlent du pic pétrolier ; toute nos industries technologiques et agroalimentaires reposent sur le pétrole. D’autres évoqueront le réchauffement climatique ; un réchauffement global de 2°C serait une réelle catastrophe planétaire. Alors quelles sont les limites à ne pas franchir ? Comme l’écrit le journaliste Américain Richard Heinberg, nous sommes aux portes du « Peak everything » (le pic de tout). Aujourd’hui il n’y a plus suffisamment d’énergie dans notre système Terre pour continuer à avancer. Neuf seuils vitaux à la survie de la planète ont été identifiés, quatre ont déjà été franchis : le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité, la déforestation et les perturbations écologiques produites par l’agriculture industrielle. L’acidification des océans est en cours puisque certaines zones en mer sont appelées « dead zone ». C’est à dire qu’il n’y a plus de vie, ce sont des espaces totalement dépouillés de toutes formes de vie. La biodiversité marine n’y existe plus. En Europe, la moitié de nos espèces d’oiseaux s’est éteinte en trente ans.

L’allégorie de notre société actuelle pourrait être représentée par une voiture, roulant sur une route avec une réserve d’essence de plus en plus faible. Nous avons désormais quitté le macadam pour un virage périlleux, et nous empruntons à tout berzingue un sentier chaotique, dans l’obscurité la plus totale. Nous continuons d’accélérer, encore et encore. À tout moment, nous risquons l’accident. Un philosophe a dit un jour que nos civilisations croissaient durant de nombreux millénaires jusqu’à leur apogée, mais que la descente s’apparentait toujours à une chute libre et très rapide.

Comment tout peut s’effondrer ?

« Quand un fait se produit et contredit notre représentation du monde, nous préférons déformer ces faits pour les faire entrer dans nos mythes plutôt que de les changer. Notre société repose sur les mythes de la compétition, du progrès, de la croissance infinie. Ce sont les fondements de notre culture occidentale et libérale. Dès qu’un fait ne correspond pas à ce futur, on préfère le déformer ou carrément le nier, comme le font les climatosceptiques ou les lobbies qui sèment le doute en contredisant les arguments scientifiques » prévenaient Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans Comment tout peut s’effondrer.

Puis il y a notre petit cerveau qui, malgré qu’il soit un organe extrêmement complexe et puissant, n’est pas adapté pour concevoir ou envisager des évènements de si grande ampleur, sur une si longue période de temps. Il n’est pas approprié pour de telles réflexions, qu’on le veuille ou non. Connaissez-vous l’image de l’araignée ? Une mygale dans un bocal hermétiquement clos provoque davantage d’adrénaline que la lecture d’un rapport sur le réchauffement climatique. Pourtant, le bocal avec la mygale est fermé, il n’y a aucun risque, tandis que le rapport du GIEC est bien réel et le réchauffement climatique causera probablement des millions de morts à travers le monde. Enfin, les mots que nous avons l’habitude d’utiliser dans notre langage ne sont pas bons : on ne va pas “droit dans le mur”, c’est un seuil. Et ce n’est qu’une fois franchi le seuil qu’on peut s’en apercevoir.

Retournons dans notre métaphore de « société-voiture » un instant. Pourquoi appuyer à fond sur l’accélérateur alors que la trajectoire est de plus en plus incertaine ? Pire, la résistance de notre véhicule est fragilisée par les problèmes économiques, le lobbying financier, les institutions capitalistes qui nous volent du temps qu’elles font payer très cher. Quand une invention technique apparaît, elle envahit la société et ne permet pas à d’autres techniques innovantes de voir le jour. Tout est verrouillé, culturellement, juridiquement, socialement. Nos décideurs n’ont qu’une idée en tête : surtout ne pas freiner, ne pas abandonner la croissance, ce serait l’effondrement économique et social assuré.

Dans ce contexte, l’entraide et les dynamiques collectives prévalent sur tout le reste

Face à l’effondrement économique, social et politique, les citoyens répondent naturellement par la colère ou le ressentiment. Et c’est leur droit, on ne va pas les en blâmer. On le remarque en Grèce avec l’Aube dorée qui rejette la faute sur les étrangers et les immigrés, on le constate en France avec le Front National qui défend les mêmes idéaux archaïques. Si tu n’es que catastrophiste, tu ne fais rien. Si tu n’es qu’un simple optimiste, tu ne peux pas te rendre compte du choc à venir, et donc entrer dans l’inévitable phase de transition.

Individuellement, nul ne sait comment survivre sans aller au supermarché, sans prendre sa voiture et sans un minimum de confort technologique, électronique, voire domotique. Nous ne pourrons l’apprendre que dans un cadre collectif. Une chose est certaine : celui qui préfèrera demeurer seul va connaître de très grandes difficultés. Identifier et gérer en amont les questions des inégalités permettrait de désamorcer de futures catastrophes sociales et politiques. C’est pour cette raison que les anarchistes, les zadistes, les écologistes, les syndicats, les associations sociales et les acteurs de ces luttes ont toute leur place dans les mouvements de transition, lesquels surviennent inévitablement dès lors que nous voulons vivre et construire des demains meilleurs.

Que la lutte continue ! Vers la victoire !