Nous préférons l’Amour

Grisélidis Réal. Encore une femme qui donne par la lecture de ses textes, de ses lettres et le récit de sa vie une incroyable force. Elle est là, tour à tour meurtrie ou rayonnante, aimante quand elle le veut, terriblement gênante — et le sachant — avec ceux qui restent figés sur ce qu’elle représente.

« Nous préférons l’AMOUR !
Nous refusons la servitude des usines et des bureaux, du mariage, des patrons et de l’État. Nous sommes LIBRES, malgré vos interdits et vos brimades.
Libres d’être là, ou ailleurs, ou nulle part. »

« Les temps ont changé, nous nous sommes révoltées. Il a fallu, à la fin du monde, que des milliers de femmes sortent de la nuit et parlent, écrivent, se rassemblent, sous des masques parfois mais aussi à visage découvert, et crient leur vérité, leur vie. On les a écoutées, muselées, contestées. On a voulu les faire taire, mais leur voix a été la plus forte. Il a fallu qu’on les voie, qu’on sache qu’elles existent, qu’elles ne soient plus écrasées comme des cafards dans l’ombre. »

« Nous ne nous rendrons pas. La lutte continue, elle traverse des océans, elle brûle le papier, les écrans, les murs. Plus jamais, nous ne marcherons dans les rues comme des bêtes traquées, on ne nous violera plus, ni en voiture, ni nulle part. »

« À tant d’amies disparues, mortes de solitude, de trop d’amour donné, jamais reçu : à leur mémoire, il faudra que je leur dise comment le quotidien les a assassinées, et le mépris des gens. Et comme elles étaient belles, généreuses, pleines de talent et de mystère, entourées de tous ceux qui avaient tellement besoin d’elles, qui avaient faim de leurs caresses, de leur tendresse, de leur infinie patience, de leur savoir, de leur pouvoir. Devant leur mort, il n’y avait personne. Quelques amis, et nous les sœurs perdues, à pleurer sans un geste, devant leur corps retourné à l’oubli. Dérobé pour l’éternité à ces milliers de mains qui l’avaient parcouru. »

Grisélidis Réal, extraits de « Bulletin des compagnons de nulle part« , n°10.