« Némésis Médicale » : enquête sur l’Ennemi Technico-sanitaire

Avant-propos

Cette enquête fait suite à la publication d’un article publié le 23 avril 2020 sur le blog de Bill Gates. Au regard de l’actualité, nous avons souhaité en faire un décryptage éclairant, enrichi des considérations d’Ivan Illich au sujet de la “Némésis Médicale” — l’expropriation de la mort opérée par la médicalisation croissante des corps — et par les analyses de la philosophe italienne Bianca Bonavita, laquelle suit « l’évènement Covid-19 » avec une attention implacable.

« Homo sapiens, qui s’est éveillé au chamanisme dans une tribu et a grandi en politique en tant que citoyen, est maintenant prêt pour devenir un détenu à vie dans un monde industriel. La médicalisation pousse à l’extrême le caractère impérialiste de la société industrielle. » — Ivan Illich, Némésis médicale, p.98.

Prémisse

Dénoncer la mystification construite autour du grand événement spectaculaire de la Covid-19 (que nous distinguerons dans le texte du virus Sars-CoV-2) et les pratiques gouvernementales de contrôle de la population, ne signifie pas défendre la normalité dévastatrice du virus, cela ne veut pas dire non plus de préférer revenir à la « normalité ». Tout comme cela ne signifie pas nier la mort des gens.

Contrairement au « Monologue du virus », texte que nous avons lu, aimé et parfois même publié ((Lire le Monologue du virus sur le site.)), le virus ne nous semble plus être, comme le souhaiteraient certaines critiques radicales, une conséquence particulière de la destruction provoquée par le capitalisme et ses fermes industrielles humaines et animales. Le nouveau coronavirus n’a rien du « démon de l’Appocalypse ».

Depuis de nombreuses décennies, les élevages humains et animaux produisent beaucoup plus de maladies chroniques mortelles : lequel d’entre nous n’a jamais pleuré des amis ou des parents décédés prématurément de tumeurs ou de maladies cardiovasculaires qui sont, si l’on veut utiliser ce mot, les deux véritables pandémies de notre temps ? Des pandémies produites par des formes de vie naturelles, dominées par le régime de la différenciation, enchaînées à des emplois aliénants, immergées dans un air irrespirable, abreuvées par des eaux polluées et gavées aux aliments industriels.

Par conséquent, déplacer l’attention des maladies chroniques, qui sont les véritables pandémies modernes, vers les maladies infectieuses à faible létalité (nous expliquons plus loin, données à l’appui, le pourquoi d’une telle affirmation), contribue à supprimer une discussion sérieuse sur le lien qui existe entre « prévention » et « mode de vie ».

Pour ces raisons, le virus ne nous semble pas être ce messager — ou ce messie — capable de mettre en évidence, à celles et ceux qui ne les ont pas vus auparavant, les maux du monde dans lequel nous vivons, mais plutôt un outil de distraction qui rend encore plus difficile toute observation et toute compréhension des perversions profondes et structurelles du capitalisme.

Si un pays tout entier (mais la discussion pourrait aussi s’étendre au-delà des frontières nationales), à de rares exceptions près, accepte, sans en remettre en cause les raisons, la suspension de nombreuses libertés fondamentales, en proie à la peur et à la suspicion ou simplement à une acceptation pacifique encore plus inquiétante ((Il nous semble intéressant de souligner comment l’institutionnalisation du « devoir de mémoire » de la Shoah, sacralisant ce moment historique et le plaçant dans un ailleurs séparé et « indicible », a eu pour effet de rendre méconnaissables les dispositifs et mécanismes qui l’ont rendu possible. Pour n’en nommer que quelques-uns [les mécanismes] : exposition à la propagande, conformité de la pensée gobale, obéissance aveugle aux ordres et à l’autorité, ambition et peur de perdre son prestige social, besoin d’identités collectives fortes, sacrifice de l’individu au nom d’un bien supérieur, etc.)), comment les habitant·es de ce pays se retourneront-iels contre les catastrophes produites par le capitalisme afin de remettre en question et redéfinir leur mode de vie ?

La plupart des gens ne voudraient-ils pas, au fond, un simple retour à la normalité ? Et au nom de ce désir, n’accepteront-iels aucun abus du pouvoir ? Et pour retrouver ne serait-ce que quelques éléments de l’ancienne normalité, n’accepteront-iels pas tous les dispositifs atroces et absurdes de la nouvelle normalité haineuse qui prend vie sous nos yeux ?

Déjà, en 2005, l’Organisation Mondiale de la santé, à l’occasion de la grippe aviaire, avait suggéré un scénario comme celui que nous vivons aujourd’hui, en le proposant aux gouvernements comme moyen d’assurer le soutien inconditionnel des citoyens. ((Le document en question, accessible en accès libre sur le site de l’OMS peut être téléchargé (en Français) à cette adresse.)) ((Bianca Bonavita, Bill Gates e la nemesi tecno-medica, Efesto, 2020.))

Si l’hécatombe qui, chaque année, provoque les cancers et maladies cardiovasculaires (150 000 décès du cancer ((Source Institut National du Cancer : https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Les-chiffres-du-cancer-en-France/Epidemiologie-des-cancers/Donnees-globales. Qui rapporte les données de 1980 à 2019.)) et 140 000 décès liés à des maladies cardio-vasculaires ((Source : Ministère des Solidarités et de la Santé : https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-cardiovasculaires/article/maladies-cardiovasculaires)) chaque année en France) n’a pas montré à la plupart des gens la réalité indéniable de la destruction que produit le capitalisme, comment un virus, qui a besoin d’une opération de propagande impressionnante pour augmenter sa létalité (certaines études, comme celle de l’Université de Kobe au Japon, parlent même d’une létalité inférieure à celle de la grippe saisonnière) ((Source : Corvelva.it – Des analyses de sang au Japon révèlent que la mortalité par coronavirus est inférieure à celle de la grippe : https://www.corvelva.it/.

Bill Gates lui-même déclare dans une interview publiée le 25 mars que la létalité de Sars-CoV-2 est inférieure à celle de Sars et Mers : https://www.youtube.com/watch?v=Xe8fIjxicoo

En outre, l’épidémie de grippe hivernale amorcée fin 2016 a entraîné un pic de décès exceptionnel en janvier 2017 : 67 000 décès en France métropolitaine ce mois-ci – Sources : https://www.insee.fr/ et https://www.lesechos.fr/)), pourrait-il permettre à un individu dont l’œil est obscurci par l’épais écran de fumée de la fausseté de voir et de comprendre la réalité destructrice du monde industriel dans lequel il vit ?

« Aucune aide ne doit être imposée à un individu contre son gré : nul ne peut, sans son consentement, être emmené, enfermé, hospitalisé, soigné ou harcelé au nom de sa santé. » — Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit., p.245.

Le virus Sars-CoV-2, sous ses formes différentes et mutantes qui circulent, qu’il ait une origine malveillante, artificielle, accidentelle ou naturelle, nous apparaît plutôt comme un produit / événement (attendu, souhaité ou provoqué) géré par des oligarchies transnationales numériques, pharmaceutiques et biotechnologiques afin de pouvoir redéfinir les structures géopolitiques et les formes de gouvernementalité de notre monde.

Par respect pour les personnes décédées des suites du virus Sars-CoV-2 et de toutes celles décédées d’autres causes qui, parce qu’elles furent testées positives avant ou après leur décès se sont retrouvées dans les décomptes mystifiants des gouvernements ((On remarquera comme les médias dominants et les JT télévisés n’évoquent désormais plus, ou prou, les chiffres des « décès » mais uniquement ceux des « nouveaux cas de contamination ».)), il est criminel d’utiliser la mort de personnes pour mener à bien des projets hégémoniques qui ont très peu à voir avec la sauvegarde de la santé. C’est, par ailleurs, occulter les énormes dégâts en termes de santé provoqués justement par nos confinements assignations à résidence forcées, où les désordres liés à l’équilibre psychique, qui, nous le savons, ne sont pas déconnectés de l’équilibre économique et social, que les mesures d’endiguement ont causé et causeront encore.

Sur le décompte mystifiant des gouvernements, il convient de noter que l’Institut Supérieur de Santé italien, dans son rapport hebdomadaire sur un échantillon de personnes décédées dont il a été possible d’analyser les dossiers médicaux, nous dit implicitement qu’il n’y a aucune preuve d’une corrélation directe et décisive entre la mort de ces personnes et l’infection au Sars-CoV-2. La seule certitude (également pas si certaine puisque l’écouvillon a une marge d’erreur) est qu’au moment du décès, les « patients » étaient « positifs » pour le virus. Ces données, combinées au fait que l’âge moyen des personnes décédées en question est de 80 ans et que le nombre moyen de pathologies présentes au moment du décès est de 3,5, permettent légitimement de suggérer que la plupart de ces personnes ne sont pas décédées du virus mais en sa présence. ((https://www.epicentro.iss.it/coronavirus/bollettino/Report-COVID-2019_9_luglio.pdf – Le communiqué de presse de l’AMPAS est également intéressant à cet égard : https://www.medicinadisegnale.it/?p=1052 – Nous republions également cette tribune de 500 universitaires, scientifiques, professionnels de la santé et du droit parue le 29 octobre sur le site Regards.fr : http://www.regards.fr/idees-culture/article/tribune-le-confinement-constitue-un-remede-pire-que-le-mal-pour-la-societe))

Quant aux zones dans lesquelles il semble y avoir eu, effectivement, une anomalie de mortalité dans les premiers mois de l’année en cours, il serait souhaitable de multiplier les recherches visant à étudier les cofacteurs environnementaux (pollution de diverses natures) et iatrogènes ((Rappelons que chaque année environ 49 000 italiens meurent d’infections contractées à l’hôpital, contre 4 000 en France. Source ANSA : https://www.ansa.it/canale_saluteebenessere/notizie/sanita/2019/05/15/allarme-rosso-infezioni-ospedaliere-49-mila-morti-lanno_41a0e9c5-8f5d-4373-acda-4f46014f9dd0.html (Italie) et Fondation pour la Recherche Médicale : https://www.frm.org/recherches-maladies-infectieuses/infections-nosocomiales/quelques-chiffres-sur-les-infections-nosocomiales (France).)) (interférences virales, interférences avec d’autres médicaments, erreurs de diagnostic et de traitement) qui auraient pu rendre l’infection à Sars-CoV-2 plus mortelle.

Exprimer de telles considérations ne signifie pas que nous nions qu’il y ait eu des décès directement causés par le virus Sars-CoV-2, ni que nous nous écartons du poids de la douleur et de la tragédie que chaque mort peut entraîner. Mais malheureusement, elles sont nécessaires pour dénoncer le travail de mystification encore en cours qui ne cesse d’exagérer la létalité du virus ((Dans le rapport ISTAT du 16 Juillet 2020 (https://www.istat.it/it/files//2020/07/Report_ISS_Istat_Cause-di-morte-Covid.pdf), après avoir affirmé avec certitude que « la COVID-19 est la cause directement responsable du décès, c’est-à-dire qu’il en est la cause initiale, dans 89 % des décès de personnes positives au test SRAS-CoV-2 », les auteurs concluent sur une présomption : « En d’autres termes, nous supposons que la mort ne serait pas survenue si l’infection par le SRAS-CoV-2 n’était pas intervenue. » C’est une supposition.)) afin de justifier l’établissement d’un état d’urgence permanent, avec son cortège de suspensions relatives aux libertés fondamentales, la normalisation des dispositifs d’urgence, la redéfinition des structures géopolitiques, des hégémonies économiques, ainsi que la forme même de gouvernementalité et sa relation avec les gouverné·es.

L’état d’exception n’est certainement pas apparu au printemps 2020. À y regarder de plus près, il était déjà « dans les cartons », bien avant le spectaculaire avènement de la Covid-19. Il est indéniable cependant que l’état d’urgence mondial (déclaré de facto par l’Organisation mondiale de la santé à la fin du mois de janvier 2020) et les mesures d’urgence adoptées par les gouvernements du monde entier qui en ont résulté ont entraîné un bond sans précédent dans l’intensité et dans la diffusion de l’état d’exception. Il nous apparaît essentiel, maintenant, de remettre en question sa cause efficiente ainsi que sa cause finale.

Bill Gates. « Pandémie I »

Pour entreprendre cette enquête, nous avons décidé de traduire et de commenter un texte paru le 23 avril 2020 sur le blog personnel de Bill Gates et intitulé « La première pandémie moderne : les innovations scientifiques dont nous avons besoin pour arrêter Covid 19 » ((L’original peut être consulté ici : https://www.gatesnotes.com/Health/Pandemic-Innovation)). Les propos de Gates sont en italique et entre guillemets. S’ensuivent notre décryptage et les références pour étayer notre propos.

« La pandémie de coronavirus oppose toute l’humanité au virus. Les dommages à la santé, à la prospérité et au bien-être ont déjà été énormes. C’est comme une guerre mondiale, à la seule différence que dans ce cas nous sommes tous du même côté. Nous pouvons tous travailler ensemble pour en savoir plus sur la maladie et développer les outils pour la combattre. Je considère l’innovation mondiale comme la clé pour limiter les dommages. Cela inclut l’innovation dans les tests, les thérapies, les vaccins et les politiques pour limiter leur propagation tout en minimisant les dommages aux économies et au bien-être. »

« Ce mémorandum a pour but de partager ma vision de la situation et les moyens par lesquels nous pouvons accélérer ces innovations. La situation change tous les jours, il y a beaucoup d’informations disponibles — pour la plupart contradictoires — et il peut être difficile de donner un sens à toutes les propositions et idées que vous entendez. Il peut même sembler que nous avons déjà toutes les innovations scientifiques dont nous avons besoin pour rouvrir l’économie, mais en fait, nous n’en avons pas. »

« Bien que certaines des choses dont je vais parler soient assez techniques, j’espère que cela aidera les gens à comprendre ce qui se passe, à comprendre les innovations dont nous avons encore besoin et à prendre des décisions éclairées face à la pandémie. »

La première affirmation part d’une hypothèse fondamentale considérée comme vraie : que nous sommes confrontés à une pandémie. Le terme est controversé et a sa propre histoire. La définition adoptée par l’OMS avant 2009 faisait référence à « un grand nombre de morts et de malades » ((Documentaire TV suisse 2012 : https://www.youtube.com/watch?v=m6bElTVU_jc)). Lors de la soi-disant « pandémie de grippe porcine » de 2009-2010, l’OMS a modifié sa définition en supprimant toute référence à une mortalité élevée ((Sur son site, rubrique « grippe saisonnière », l’OMS a, en mai 2020 modifié le contenu de la page (pourtant toujours datée de 2018). Elle précise désormais que « Les épidémies [de grippe, NdZeka] peuvent se traduire par des niveaux élevés d’absentéisme au travail et des pertes de productivité. Les dispensaires et les hôpitaux peuvent être débordés au cours du pic de la maladie. » : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/influenza-(seasonal))).

Le 26 janvier 2010, l’OMS avait été invitée au Conseil de l’Europe pour répondre à la motion « Les fausses pandémies, une menace pour la santé » ((Documentaire TV suisse 2012 : https://www.youtube.com/watch?v=m6bElTVU_jc.)), concernant ce qui a été défini par beaucoup comme une fausse sonnette d’alarme, mais qui avait créé de gros profits pour les sociétés pharmaceutiques, produisant des vaccins et d’énormes dommages économiques à de nombreux États qui ont acheté des millions de doses toujours inutilisées à ce jour.

L’usage abusif du terme « pandémie », qui évoque des scénarios catastrophiques dans l’imaginaire, semble avoir, depuis une dizaine d’années, un rôle de propagande spécifique dont l’unique objectif est de terrifier. Le virus apparaît en ce sens comme la continuation du terrorisme, ou plutôt de la domination par la terreur, par d’autres moyens.

Gates, autorité morale autoproclamée

Nous rappelons que la Fondation Bill & Melinda Gates ((https://www.gatesfoundation.org/)), en plus d’être un prêteur à de nombreuses sociétés pharmaceutiques, notamment via la World Vaccine Alliance ((La World Vaccine Alliance, qui reçoit un financement, entre autres, de la Fondation Gates, de la Banque mondiale et de la Fondation Rockefeller. https://www.gavi.org/)), est actuellement le premier organisme de financement de l’OMS (après que l’administration Trump ait ouvert les Fonds américains à l’organisme international).

Gates, bien qu’il ne le déclare pas, s’exprime donc comme une autorité morale autoproclamée en vertu de l’énorme financement accordé à l’OMS, « pour le bien de l’humanité », dit-il. Gates entre alors immédiatement dans la métaphore de la guerre, qu’il reprendra également à la fin du texte, en posant les bases de ce qu’il souhaite être un véritable mythe fondateur sur lequel bâtir — ou peut-être vaut-il mieux utiliser le jargon informatique, programmer ? — un nouveau gouvernement mondial.

Nombre d’observateurices ont noté que, depuis le début du spectaculaire événement de la Covid-19, les médias ont usé de façon presque obsessionnelle du langage de propagande de guerre.

Nous pensons qu’il est important de souligner qu’à l’automne 2019, il y avait un niveau de tension croissant, pour des raisons d’hégémonie économique, entre l’administration Trump et la République populaire de Chine et que dans les premiers jours de janvier 2020, Trump a revendiqué l’assassinat du général Soleimani, figure de proue de la République islamique d’Iran. Pendant plusieurs jours, il semblait qu’un nouveau conflit de haute intensité était inévitable.

Entre le 14 et le 16 février 2020, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire à la Défense Esper (de l’administration Trump) a exprimé de vives inquiétudes quant aux politiques d’hégémonie commerciale et militaire de la République populaire de Chine, en concentrant notamment son discours sur la façon dont l’installation du réseau 5G de Huawei en Europe serait un cheval de Troie pour le renseignement chinois et disant que les pays occidentaux devraient se préparer à la transition d’un conflit de faible intensité à un conflit de haute intensité ( « Nous devons nous éloigner des conflits de faible intensité et nous préparer une fois de plus à une guerre de haute intensité ») ((https://lu.usembassy.gov/secretary-pompeo-and-secretary-esper-speak-at-munich-security-conference-2020/)).

La guerre que Bill Gates évoque, et que nous sommes donc a priori en train de vivre, semble être la sublimation virtuelle d’une troisième guerre mondiale menée, non pas sur les champs de bataille avec des armes à feu, mais sur le corps et l’esprit des gens à travers des dispositifs d’une autre nature.

Peut-être n’est-il pas si absurde de voir dans ces manœuvres de guerre virtuelle, à travers une OMS fortement conditionnée par des entités privées, une alliance stratégique entre le soi-disant État profond américain, dont Gates semble être le porte-parole, et la République populaire de Chine, qui, évincant effectivement l’administration américaine en place (dans le cadre d’une lutte de pouvoir entre les lobbies américains) signe une sorte de pacte de non-agression destiné à redéfinir les structures géopolitiques, les sphères d’influence, les accords économiques et les formes des gouvernements. ((L’annonce faite par l’administration Trump en mai dernier quant à la sortie des États-Unis de l’OMS semble confirmer cette thèse.))

Le conflit possible, sinon probable, avec la République islamique d’Iran et ce qui est apparu, jusqu’en février, comme la confrontation inévitable pour l’hégémonie du XXIe siècle entre les États-Unis et la République populaire de Chine, semble s’être transformé en quelque chose d’autre.

LIRE À CE SUJET :

La guerre, qui devait exister (parce que la guerre a toujours été un paradigme indispensable des gouvernements à mettre en place pour redéfinir les esprits et les corps des sujets et les atouts bio / géo / politiques), ne se manifeste donc pas de la manière dont nous étions habitués jusqu’ici. Cet état de fait guerrier, si fécond pour la construction de la peur, la vulnérabilité des individus et la manipulation des masses (chères au pouvoir de tous les temps), se manifeste d’une autre manière, comme un nouveau type de conflit, une guerre spectaculaire contre un ennemi invisible qui est en chacun de nous.

C’est la guerre, « la Pandémie I », dont parle Gates (invoquant par là, de manière explicite, une guerre potentiellement permanente). Un état de guerre continu dans lequel cette peur et cette vulnérabilité, et donc la malléabilité, le contrôle et la volonté de tout faire pour survivre, deviendront des outils éternels de gouvernances pour ceux qui sont capables de contrôler le nouveau souverain thaumaturge capable de guérir, ou la science technocratique.

Gates dit que nous sommes tous du même côté contre le virus, mais en transformant chacun de nous en un infecteur potentiel, nous devenons nous-mêmes les ennemis à combattre : loin d’être unis en réalité, nous sommes tous divisés par le virus ; le voisin devient un « ennemi » potentiel et la guerre est civile puisque répandue partout et concentrée en chacun de nous.

Après avoir séparé l’humain de la nature par une fracture millénaire irrémédiable et ainsi généré le besoin incontestable de sauvegarder une idée d’un environnement désormais totalement différent de l’humanité, la civilisation occidentale opère désormais une fracture interne à l’être humain lui-même et en expulse, symboliquement, le virus (comme si l’homme n’avait pas toujours coexisté avec un nombre élevé de virus et de bactéries). Cet état génère ainsi le besoin — insatisfaisant — de sauvegarder une idée d’humanité aseptisée, imperméable à toute relation potentiellement dangereuse avec le monde extérieur. L’« équipement de protection individuelle » (le masque) et la « distance sociale » en sont les emblèmes immédiatement visibles.

En opposant ainsi toute l’humanité au virus, Gates rend aussi symboliquement impossible toute forme de dissidence, car ceux qui osent contester les mesures pour contenir le « virus » peuvent être immédiatement accusés d’inhumanité et de défaitisme ((L’imaginaire collectif s’est tellement habitué ces dernières années aux dystopies hollywoodiennes que lorsqu’elles sont réalisées, elles sont immédiatement acceptées comme réelles ; les premiers assauts irrationnels sur les supermarchés semblaient répondre aux exigences d’un scénario, tout comme les paysages humains post-atomiques peuplés de masques. La « suspension de l’incrédulité » à laquelle la société du Spectacle nous a formés signifie que toutes les significations véhiculées par les images médiatiques deviennent automatiquement crédibles. Pour cette raison, quiconque a osé et ose remettre en question le récit officiel sur l’événement Covid-19, ou le scénario de la série homonyme, est, quels que soient ses compétences et son programme, accusé de conspiration et de complot, termes qui, dès qu’ils sont nommés, enlèvent automatiquement la légitimité de tout discours, aussi raisonnable soit-il. Personne ne peut intervenir impunément sur un scénario déjà écrit. Plus simplement : « lorsque la dystopie quitte l’écran, cela ne peut être que vrai » diront la plupart des gens.)), ce qui est exactement ce qui arrive à ceux qui ne sont pas d’accord. Et, en même temps, Gates dit qu’aucune administration (et surtout pas la sienne) ne peut abandonner cet appel aux armes.

La guerre froide a commencé mais elle n’est pas, comme certains le voudraient (et parmi celles-ci l’ex-administration Trump), entre les États-Unis et la République populaire de Chine, mais entre le nouveau gouvernement biotechnologique mondial, ou techno-sanitaire, reprogrammé et notre propre humanité.

Ivan Illitch : Némésis Médicale

La terreur du virus, (qui a réussi là où le spectre du fondamentalisme islamique n’a pas pleinement achevé sa mission de démolir les démocraties libérales autoproclamées) a triomphé grâce à la grande boîte médiatique, mais l’a fait en tirant précisément parti de l’expropriation des expériences de la souffrance et de la mort par la médecine moderne, dont Ivan Illich parle dans « Némésis Médicale » : l’iatrogénèse culturelle.

Illich écrit en 1976 : « La peur moderne de la mort, qui fait apparaître la vie comme une course vers un ultime conflit, a brisé de manière unique la confiance en soi des gens. Cela nous a poussés à croire que l’homme a maintenant perdu la capacité autonome de reconnaître le moment fatidique et de prendre en charge sa propre mort. » ((Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p.84))

« La médecine professionnellement organisée en est venue à assumer la fonction d’une entreprise morale despotique visant à propager l’expansion industrielle comme une guerre contre toute souffrance. Elle a ainsi miné la capacité des individus à faire face à leur propre réalité, à exprimer leurs valeurs et à accepter la douleur et les déficiences inévitables et souvent irrémédiables, la décadence et la mort. » ((Ibidem, p.137))

« Nos principales institutions représentent un gigantesque programme de défense qui, au nom de “l’humanité”, fait la guerre aux agents et aux groupes qui apportent la mort. C’est une guerre totale. Pas seulement la médecine, mais aussi l’assistance sociale, l’aide internationale, les programmes de développement sont tous engagés dans cette lutte. Les bureaucraties idéologiques de toutes les couleurs participent à la croisade. La révolution, la répression, même les guerres civiles et internationales sont justifiées si elles ont pour but de renverser ceux qui sont accusés de produire et de tolérer la maladie et la mort sans raison. » ((Ibidem, p.202))

« La médicalisation de la société a mis fin à l’ère de la mort naturelle. L’homme occidental a perdu le droit de présider l’acte de mourir. La santé, c’est-à-dire le pouvoir de réagir de manière autonome, a été expropriée jusqu’au dernier souffle. La mort technique a prévalu sur la mort. La mort mécanique a vaincu et détruit tous les autres morts. » ((Ibidem, p. 205))

Il est impossible de ne pas entendre l’écho des paroles d’Illich dans la déclaration de guerre de Gates contre cette maladie mortelle qu’est l’humain. L’ennemi caché derrière le virus est alors la mort elle-même, ou plutôt l’acte de mourir, ce handicap honteux que nous avons appris à hospitaliser, à techniciser, à médicaliser jusqu’à ce qu’il se vide de sens et d’humanité.

Et comme dans toute guerre qui se respecte, l’innovation technologique joue également ici un rôle fondamental et devient le moteur de la guerre elle-même. Pour cela, Bill Gates continue son préambule en proclamant que la clé pour « limiter les dégâts », en attendant la solution finale, le vaccin, est « l’innovation globale », c’est-à-dire cette grande expérience de bio-ingénierie psychosociale faite de ségrégations, de distanciations, de tests, et de toutes les traces que nous laissons.

Si le souverain est celui qui décide de l’état d’exception, il est aussi celui qui peut en décréter la fin. Et Gates nous informe que nous n’avons pas encore toutes les innovations scientifiques nécessaires pour relancer l’économie. Le souverain est donc celui qui produira, gérera et diffusera ces innovations scientifiques, décidant ainsi quand et comment arrêter le système ou le redémarrer.

Croissance et déclin exponentiels

Reprenons notre analyse des propos de Bill Gates :

« Dans la première phase de la pandémie, nous avons vu une propagation exponentielle à un grand nombre de pays, à commencer par la Chine, puis, à travers l’Asie, l’Europe et les États-Unis. Le nombre d’infections a doublé plusieurs fois par mois. Si le comportement des gens n’avait pas changé, toute la population aurait été infectée. En changeant de comportement, de nombreux pays sont parvenus à ce que la courbe de contagion se stabilise puis commence à décliner. »

« La croissance exponentielle n’est pas intuitive. Si l’on dit que 2% de la population est infectée et que ce chiffre doublera tous les 8 jours, la plupart des gens n’imaginent pas que dans 40 jours la majorité de la population sera infectée. Le grand avantage de changer les habitudes est de réduire le pourcentage d’infections si nettement qu’au lieu de doubler tous les 8 jours, il diminue tous les 8 jours. »

« Nous utilisons quelque chose appelé le taux de reproduction, ou R0, pour calculer le nombre de nouvelles infections causées par une infection antérieure. R0 est difficile à mesurer, mais on sait qu’il est inférieur à 1 lorsque le nombre de cas diminue et supérieur à 1 lorsque le nombre de cas augmente. Et ce qui peut sembler être de prime abord une petite différence de R0 peut entraîner d’énormes changements par la suite. Par exemple, beaucoup de gens furent étonnés du nombre d’endroits qui, en avril dernier étaient des hôpitaux surpeuplés, pour finir totalement vides en juillet. Cela créée de la confusion, mais c’est inévitable étant donné la nature exponentielle de l’infection. »

Le changement de comportement des individus — dont font partie les fameux « gestes barrières » — est un argument utilisé de manière obsessionnelle par les médias et les dirigeants depuis les premiers jours suivant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire. Cependant, au-delà du fait qu’il est difficile de démontrer qu’il existe une corrélation entre ce changement de comportement et la stabilisation ou le déclin des courbes de contagion (on compte de nombreux autres facteurs dont la hausse des températures et l’affaiblissement du virus lui-même), il est assez intéressant de souligner que ce changement de comportement a été immédiatement présenté avec énormément d’insistance, presque comme s’il s’agissait d’une préparation à un changement anthropologique déjà en cours avant l’événement Covid-19.

Or, ce changement de comportement a entraîné pour des milliards de personnes la perturbation de leur vie, l’enferment forcé, la suspension indéfinie des libertés fondamentales, l’accroissement du télétravail et l’acceptation du principe de la « distanciation sociale », un régime qui existait entre les humains bien avant la Covid-19 mais qui a prit un nouveau niveau d’intensité en mars dernier.

La forme de vie qui nous attend derrière ce « changement de comportement » — une notion qui relève de l’euphémisme — est une forme de vie encore plus séparée de la nature et des autres et encore plus capturée par les dispositifs de contrôle du régime de « biosécurité » qui prend forme. Ce que l’on observe dans cette phase de normalisation des dispositifs d’urgence, c’est l’adaptation généralisée, mais pas totale, aux dispositifs capables de réaliser ce changement anthropologique.

Avons-nous réagi de manière disproportionnée ?

« Il est logique que les gens se demandent si un changement de comportement était nécessaire. La réponse est massivement oui. Il peut y avoir eu quelques régions où le nombre de cas n’aurait jamais atteint un grand nombre d’infections et de décès, mais il n’y avait aucun moyen de savoir à l’avance quelles seraient ces régions. Nos attitudes nous ont permis d’éviter plusieurs millions de décès et une saturation extrême des hôpitaux, ce qui aurait également augmenté les décès pour d’autres causes. »

« Le coût économique qui a été payé pour réduire le taux de contagion est sans précédent. Des secteurs entiers de l’économie sont fermés. Il est important de comprendre que ce n’est pas seulement le résultat de politiques gouvernementales qui ont limité les activités. Lorsque les gens sentent qu’une maladie infectieuse se propage largement, ils changent de comportement. »

« De nombreuses personnes auraient choisi de ne pas aller au travail, au restaurant ou de voyager, pour éviter d’être infectées ou d’infecter les personnes âgées de leur famille. Le gouvernement a fait en sorte que suffisamment de personnes modifient leur comportement pour ramener le taux de reproduction en dessous de 1, ce qui est nécessaire pour avoir une chance de rouvrir certaines entreprises. »

« Les pays plus riches voient une réduction des infections et réfléchissent à la manière de rouvrir. »

« Même si un gouvernement assouplissait les restrictions de comportement, tout le monde ne reprendrait pas immédiatement les activités autorisées. Il faudra beaucoup de bonne communication pour faire comprendre aux gens quels sont les risques et les mettre à l’aise pour retourner au travail ou à l’école. Ce sera un processus graduel, certaines personnes faisant immédiatement tout ce qui est permis et d’autres le faisant plus lentement. Certains employeurs mettront un certain nombre de mois avant de pouvoir demander à leurs employés de retourner au travail. Certaines personnes voudront que les restrictions soient supprimées plus rapidement et pourront choisir d’enfreindre les règles, ce qui mettra tout le monde en danger. Les dirigeants devraient encourager l’obéissance. »

Gates se demande rhétoriquement dans ce paragraphe s’il n’y a pas eu de réaction disproportionnée et en quelques lignes il résout la question sans apporter aucune preuve étayée à sa thèse.

En fait, des pays entiers ont été paralysés de manière préventive sur la base de la « logique du pire », et très souvent par des mesures totalement illogiques, irrationnelles et nuisibles, en vertu d’un risque hypothétique très élevé qui ne s’est pas produit, même là où les mesures ont été légères ou quasiment inexistantes.

Gates évoque alors le coût économique du soi-disant « verrouillage » et le définit comme « sans précédent » et semble vouloir convaincre le lecteur qu’en l’absence des mesures extrêmes et libérales adoptées par les gouvernements, les gens se seraient comportés de la même manière et que, par conséquent, la grave crise économique aurait été de toute façon inévitable.

Covid-19 : une crise voulue et planifiée ?

« Nous savons que le capitalisme a besoin de crises périodiques pour pouvoir se régénérer et il est difficile de penser que la crise actuelle causée par l’événement Covid-19 n’était en aucun cas voulue, sinon planifiée, et maintenant gérée avec d’énormes profits, par certains grands acteurs du capitalisme transnational. »
— Bianca Bonavita, Bill Gates e la nemesi tecno-medica, Efesto, 2020.

Plus qu’un « lock down », un « shock down », une « shock economy », un « ctrl + Alt + Cancel » du système capitaliste pour le faire repartir avec encore plus de rapacité, coupant impitoyablement le superflu et se lançant, avec l’approbation de la finance, dans certains secteurs clés (pharmaceutique, technologique, biotechnologie) qui animent le grand monde informatique. ((Voir ce document de 2010 de la Fondation Rockefeller dans lequel quatre scénarios différents sont imaginés pour l’avenir de la technologie et du développement international. Parmi ces scénarios, « Lockstep » présente des similitudes troublantes avec ce qui se passe : http://www.nommeraadio.ee/meedia/pdf/RRS/Rockefeller%20Foundation.pdf)) Ce seront eux, étant décisifs dans la lutte contre le virus et pouvant ainsi décider de la fin de l’urgence, pour guider et contrôler tous les autres secteurs.

Dans le « coût économique » évoqué par Gates, il n’y a aucune référence au coût social du « verrouillage », qui a des répercussions graves sur les systèmes de santé eux-mêmes au nom desquels les mesures de confinement ont été justifiées. La crise économique et sociale peut devenir une crise existentielle pour de nombreuses personnes et entraînera inévitablement, et a déjà commencé à le faire, dépressions, angoisses, maladies et suicides.

Gates évoque ensuite la question du « déconfinement », en s’attardant sur les différentes réactions psychologiques à celui-ci. En prédisant que « même si un gouvernement assouplissait les restrictions de comportement, tout le monde ne reprendrait pas immédiatement les activités autorisées », il encadre avec précision un phénomène social déjà en cours que l’on pourrait appeler « verrouillage interne ».

La « terreur sanitaire » internalisée a poussé de nombreuses personnes à continuer à considérer les doses de liberté qui leur étaient accordées comme dangereuses ou inutiles et à interpréter les réglementations gouvernementales de manière plus restrictive. Quel besoin y a-t-il de quitter la maison et de vous exposer à mille risques de toutes sortes lorsque vous pouvez « voir » des amis sur Whatsapp ?

À l’opposé du « bon » comportement, Gates pointe du doigt les contrevenants, les « infecteurs » qui, en enfreignant les règles, mettront tout le monde en danger et qui seront responsables de nouvelles fermetures éventuelles. Gates termine le paragraphe en disant, par euphémisme, que les dirigeants « devraient encourager l’obéissance ». Nous savons avec quelles mesures nos dirigeants ont, par l’intermédiaire de l’État policier, « encouragé l’obéissance ».

Afin d’encourager l’obéissance, dans la phase actuelle de normalisation des dispositifs d’urgence, l’hypothèse de la constitution d’un corps volontaire de justiciers qui aurait, parmi leurs devoirs, de rapporter aux forces de l’ordre tous rassemblements et non-respect des gestes barrière ou de distanciation. Une sorte de reportage civique, une pratique déjà malheureusement répandue, quoique informelle, dans la première phase aiguë de l’événement Covid-19.

Différences entre les différents pays

Où Bill Gates fait l’éloge du modèle chinois :

« La pandémie n’a pas touché tous les pays de la même manière. La Chine a été le lieu de la première infection. Ils ont pu utiliser une quarantaine inflexible et une utilisation intensive de “tampons” pour arrêter la propagation. Plus tard, ce sont les pays les plus riches, qui ont le plus de circulation de personnes venant du monde entier, à être infectés. »

« Les pays qui ont réagi rapidement, ont fait de nombreux tests et ont utilisé l’isolement, évitant une contagion à grande échelle. Les avantages de cette réaction précoce signifiaient également que ces pays n’avaient pas à stopper leur économie aussi fermement que les autres. La capacité de tamponner explique bien de nombreuses différences. Il est impossible de vaincre un ennemi que nous ne pouvons pas voir. Les tests sont donc essentiels pour maîtriser la maladie et commencer à relancer l’économie. »

« Jusqu’à présent, les pays en développement comme l’Inde et le Nigéria ont enregistré un petit pourcentage de contagion. L’une des priorités de notre fondation a été d’aider ces pays à augmenter les prélèvements afin qu’ils puissent connaître leur situation réelle. Avec un peu de chance, comprendre certains facteurs que nous ne connaissons pas encore, comme l’influence que le climat peut avoir sur la propagation du virus, permettra d’éviter une contagion à grande échelle dans ces pays. »

« Cependant, nous devons supposer que la dynamique de la maladie est la même que dans d’autres pays. Malheureusement, il est possible que le nombre total de décès dans les pays en développement soit beaucoup plus élevé que dans les pays développés. »

Dans ce paragraphe, Gates fait explicitement l’éloge de la République populaire de Chine pour sa gestion efficace et, ajoutons-nous, totalitaire : la « quarantaine inflexible » et « l’utilisation extensive des tampons ». Il s’agit là d’une série de références à la Chine, dont le modèle de gestion de la contagion est élevé au rang de modèle gouvernemental à imiter.

Gates insiste sur l’importance des épreuves, sur lesquelles il reviendra plus tard plus en détail, y liant la « relance de l’économie », et revient à l’ennemi que nous cherchons à vaincre en soulignant son invisibilité. Seuls les tests, nous dit Gates, peuvent démasquer l’ennemi qui se cache en chaque personne (l’ennemi est donc chaque personne). D’où l’utilisation massive de prélèvements (dont nous savons qu’ils contiennent un pourcentage significatif de faux positifs) qui, dans la phase aiguë de l’événement Covid-19, ont servi, avec le décompte quotidien des décès « virulents », à amplifier la perception du phénomène ((En réalité, nous savons que la contagion réelle est probablement beaucoup plus élevée que celle enregistrée chaque jour grâce au décompte rapporté dans les médias. Par conséquent, la létalité du virus lui-même est bien inférieure à celle qui est vantée.)). Ces prélèvements, cependant, ainsi que l’utilisation aveugle de thermoscanners, ont habitué les gens à accepter de petites intrusions médicales quotidiennes au nom d’un prétendu bien collectif. Des mesures, dans ce cas exemptes d’effets secondaires, qui peuvent cependant aussi être lues comme une préparation de masse à l’acceptation d’autres futures impositions de traitements de santé beaucoup plus invasifs. À y regarder de plus près, le spectaculaire événement Covid-19 peut jusqu’à présent être lu comme un gigantesque traitement de santé préventif obligatoire appliqué à l’ensemble de la population de nombreux pays.

Dans la deuxième partie du paragraphe, Gates évoque la question de la propagation du virus dans les pays dits en développement, nous assurant en effet que toute faible propagation enregistrée sera illusoire car elle est due à une difficulté logistique dans la réalisation de tests sur la population, due au manque de préparation des gouvernements et de leurs systèmes de santé, et qu’il y aura probablement plus de décès dans les pays « en développement » que dans les pays « développés ». Plus simplement, Gates dit que si les chiffres nous paraissent très bas, c’est parce qu’ils sont faux.

Nous vous rappelons qu’une grande partie des activités de la Fondation Gates s’adresse précisément aux pays dits « en développement » à travers le financement de projets ciblés par l’OMS et son partenaire GAVI, qui est chargé d’y diffuser des campagnes de vaccination de masse.

Par la définition de « disproportionnellement jeune », se référant à la population des « pays en voie de développement », Gates trahit la vocation malthusienne de sa fondation et de l’institut de « santé reproductive » ((Voir https://www.gatesinstitute.org/)) qui lui est lié.

Le philanthropisme pharmaceutique des magnats de Gates est, pour le moins, dans l’odeur de l’impérialisme. Une fois de plus, les paroles d’Ivan Illich sont utiles quand il explique comment la médecine occidentale moderne agit comme un colonisateur des cultures traditionnelles, exportant la médicalisation et l’hospitalisation pour éliminer les conditions structurelles nuisibles à la santé, lesquelles sont souvent causées par le colonialisme économique et culturel occidental lui-même.

« Lorsqu’une culture est médicalisée, dans n’importe quelle partie du monde, la structure traditionnelle des coutumes, qui peut devenir un exercice conscient dans la pratique personnelle de la vertu d’hygiène, est progressivement paralysée par un système mécanique, un code médical sous lequel les individus s’en remettent aux instructions données par leurs tuteurs sanitaires. […] Sur la voie de la colonisation progressive, les objectifs de la civilisation médicale occidentale sont à l’anti-thèse de tout programme de santé culturelle qu’elle rencontre ». — Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p. 139-140.

Ce que nous devons apprendre

« Notre connaissance de la maladie nous aidera avec des outils et des politiques. Il y a un certain nombre de problèmes clés que nous ne comprenons toujours pas. De nombreuses études sont en cours pour répondre à ces questions, dont une à Seattle par l’Université de Washington. La collaboration mondiale sur ces aspects est impressionnante et nous devrions pouvoir en savoir plus d’ici l’été. »

« La maladie est-elle saisonnière ou dépendante des conditions météorologiques ? Presque tous les virus respiratoires sont saisonniers (un groupe qui comprend également le COVID-19). Cela signifierait qu’il y a moins d’infections en été, ce qui pourrait nous endormir dans une fausse confiance et une insouciance jusqu’à l’automne. C’est un problème qui dépend du point de vue. On voit que le nouveau coronavirus se propage en Australie et dans d’autres endroits de l’hémisphère sud, où les saisons sont opposées aux nôtres, et donc on sait déjà que le virus n’est pas saisonnier comme la grippe. »

« Combien de personnes asymptomatiques ont suffisamment de virus pour infecter les autres ? Les personnes qui se sont rétablies et qui ont encore un virus résiduel – à quel point sont-elles contagieuses? Les modèles informatiques montrent que s’il y a beaucoup de personnes asymptomatiques mais contagieuses, il est beaucoup plus difficile de rouvrir sans résurgence des cas. Il y a beaucoup de désaccord sur le nombre d’infections provenant de ces sources, mais nous savons que de nombreuses personnes atteintes du virus ne présentent aucun symptôme et qu’une partie d’entre elles peut finir par le transmettre. »

« Pourquoi les jeunes ont-ils moins de risques de tomber gravement malades lorsqu’ils sont infectés ? Comprendre la dynamique de cette situation nous aidera à peser les risques de la réouverture des écoles. C’est une question compliquée parce que même si les jeunes ne tombent pas malades, ils peuvent quand même transmettre la maladie à d’autres personnes. »

« Quels symptômes indiquent que vous devriez être testé ? Certains pays mesurent la température de nombreuses personnes comme dépistage initial. Si cela nous aide à trouver plus de cas potentiels, nous pourrions l’utiliser dans les aéroports et les grands rassemblements. Nous devons faire les tests dont nous disposons pour les personnes les plus à risque, car nous n’avons pas de tests pour tout le monde. »

« Quelles activités causent le plus grand risque d’infection ? Les gens me demandent d’éviter les aliments préparés, les poignées de porte ou les toilettes publiques afin de minimiser les risques. J’aimerais savoir quoi y répondre. Des décisions devront être prises concernant différents types de rassemblements, tels que l’école ou l’église, et si une sorte de distanciation sera nécessaire. Dans les endroits sans bon assainissement, la contamination fécale pourrait se propager parce que les personnes infectées excrètent le virus. »

« Qui est le plus sensible à la maladie ? Nous savons que les personnes âgées sont les plus exposées au risque de maladie grave ou de décès. Comprendre comment le sexe, la race et les comorbidités interagissent avec cela est un travail en cours. »

Dans ces paragraphes parsemés d’anecdotes telles que « Nous savons que les personnes âgées courent le plus grand risque de maladie grave ou de mort », Gates prenait soin de nous avertir que l’été nous donnerait l’illusion erronée d’être en sécurité et que l’automne serait probablement sans danger mais qu’il entraînerait une recrudescence des cas. Quelques mois plus tard, il apparaît que les soi-disant « prédictions » de l’oracle Gates étaient en réalité si bien planifiées qu’elles se sont avérées « exactes ».

L’alarme doit donc être maintenue haute même pendant l’été car ce virus, contrairement aux autres virus qui provoquent des syndromes grippaux et qui chaque année sont, vont ou reviennent mutés, ne sera vaincu que grâce aux innovations technologiques que nous ne possédons pas encore. Lesquelles ? Nous les détaillons dans la suite de cet article.

Il nous semble intéressant de souligner comment Gates, du haut de son auto-investiture, se sent en droit de pouvoir dire que des décisions devront être prises à propos de rassemblements tels que ceux des écoles et des églises. Il convient peut-être de souligner, comme cela a déjà été fait ailleurs, que lors de l’événement Covid-19, ils ont tous deux été minés : l’école et l’université étant immédiatement absorbées dans la spectralité des écrans ; la religion ayant définitivement cédé face au gouvernement et les âmes, réduites à la vie nue, à la médecine comme avant-garde masquée du capitalisme.

Le rôle de la fondation Gates

« En temps normal, la Fondation Gates consacre plus de la moitié de ses ressources à la réduction des décès dus aux maladies infectieuses. Ces maladies sont une des raisons pour lesquelles un enfant dans un pays pauvre a 20 fois plus de risques de mourir avant l’âge de 5 ans qu’un enfant vivant dans un pays riche. Nous investissons dans l’invention de nouvelles thérapies et vaccins pour ces maladies et nous nous assurons qu’ils soient distribués à tous ceux qui en ont besoin. Les maladies comprennent le VIH, le paludisme, la tuberculose, la polio et la pneumonie. Chaque fois qu’il y a une épidémie comme Ebola, SRAS ou Zika, nous travaillons avec les gouvernements et le secteur privé pour aider à modéliser les risques et inciter à créer de nouveaux outils pour arrêter l’épidémie. C’est pour cette raison que dans ma conférence TED 2015, j’ai parlé du fait que le monde n’était pas prêt pour une épidémie respiratoire. Bien que cela n’ait pas été assez fait, certaines mesures ont été prises pour se préparer, y compris la création du CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovation), dont je parlerai ci-dessous dans la section vaccins. »

« Maintenant que l’épidémie a frappé, nous utilisons notre expérience pour trouver les meilleures idées dans chaque domaine et les mettre en œuvre rapidement. Il y a beaucoup d’efforts en cours. Plus de 100 groupes travaillent sur les thérapies et 100 autres sur les vaccins. Nous en finançons une partie, et nous les suivons tous de près. La clé est de regarder chaque projet pour voir non seulement sa possibilité de fonctionnement, mais aussi la probabilité qu’il puisse être mis en œuvre pour aider le monde entier. »

« Une tâche urgente consiste à collecter des fonds pour le développement de nouveaux outils. Je pense à cela comme aux milliards que nous devons dépenser maintenant pour économiser des milliers de milliards plus tard. Chaque mois d’attente pour se faire vacciner est un mois au cours duquel l’économie ne peut pas revenir à la normale. Mais on ne sait pas comment les pays se réuniront pour coordonner le financement. Certains fonds peuvent aller directement au secteur privé, mais les pays qui les fournissent exigent que leurs citoyens aient la priorité pour recevoir le vaccin. Il y a beaucoup de discussions entre les gouvernements, l’OMS, le secteur privé et notre fondation sur la façon d’organiser ces efforts. »

Dans ce paragraphe, Bill Gates ; après nous avoir informé de l’engagement ô combien philanthropique prodigué par sa Fondation dans la production et la diffusion de vaccins à grande échelle ; et après nous avoir rappelé son discours prophétique (ou programmatique ?) de 2015 ((https://www.ted.com/talks/bill_gates_the_next_outbreak_we_re_not_ready)), pénètre clairement au cœur du « programme » de sa Fondation, laquelle apparait « clairement obscure » quant à sa réelle légitimité politique ou son rôle de coordination entre les gouvernements, son implication auprès de l’OMS et du secteur privé, etc. Car la Fondation Gates traite non seulement avec les sociétés pharmaceutiques et les industries biotechnologiques, mais aussi avec les GAFAM (dont le « M » — faut-il le rappeler ? — appartient à la société fondée par M. Gates) et de nombreux autres géants du numérique friands de big datas.

Pour la première fois depuis le début de son discours, Gates déclare, sans équivoque, que seule l’arrivée d’un vaccin (comme dans le film hollywoodien Contagion) permettra le retour à cette « normalité » : « chaque mois à attendre pour se faire vacciner est un mois de plus où l’économie ne revient pas à la normale ». Pour résumer : seule l’arrivée du vaccin — et des massives campagnes d’immunisation des populations qui s’ensuivront — décidera de la suspension de l’état d’urgence. ((À l’heure où nous écrivons ces lignes, les premières doses du vaccin de Pfizer BioNTech sont arrivées en France le 27 décembre 2020.))

En effet, à travers le CEPI ((https://cepi.net/)) et le GAVI précités, une sorte d’appel d’offres global fut lancé en mai dernier pour la préparation d’un vaccin vital capable d’éradiquer le coronavirus et, in fine, de redémarrer le système. D’énormes sommes d’argent public ont affluées dans le secteur privé via ces deux sociétés, toutes deux promues et largement financées par la Fondation Gates. ((À l’initiative de la Commission européenne, les chefs d’État et de gouvernement d’Italie, de France, d’Allemagne et de Norvège, ainsi que le numéro un du Conseil de l’UE, avaient annoncé début mai 2020 un plan de coopération économique mondiale pour la recherche d’un vaccin, une démarche impliquant l’OMS, le CEPI, le GAVI, des scientifiques, des régulateurs, l’industrie pharmaceutique et les gouvernements, des organisations internationales, des fondations et des professionnels de la santé. Le 3 juin dernier, l’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas lançaient l’Alliance européenne pour le vaccin contre le Covid-19.
Sources : https://www.touteleurope.eu et https://www.lastampa.it)) Pour sa part, la Commission européenne a engagé 2,7 milliards d’euros de son instrument d’aide d’urgence pour financer les laboratoires les plus avancés dans leurs recherches. ((https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/vaccins))

« Le pouvoir signifie infliger de la douleur et de l’humiliation. Le pouvoir signifie réduire l’esprit des autres en morceaux que nous recomposerons ensuite sous la forme qui nous semble la plus appropriée. Commencez-vous à entrevoir le monde que nous construisons actuellement ? » — George Orwell, 1984, p.293.

L’innovation pour vaincre l’ennemi

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, une quantité impressionnante d’innovations, notamment des radars, des torpilles ou des crackers de code ont contribué à mettre fin à la guerre plus tôt. Il en sera de même avec la pandémie. Je divise l’innovation en cinq catégories : les thérapies, les vaccins, les tests, la recherche des contacts et les politiques de réouverture. Sans progrès dans chacun de ces domaines, nous ne pourrons pas revenir aux affaires comme d’habitude ou arrêter le virus. Ci-dessous, j’analyserai chaque domaine en détail. »

Encore une fois, Bill Gates use de la métaphore de la guerre et réitère l’importance des innovations technologiques dans la résolution de ce « conflit ». Il nous semble intéressant de souligner que Gates, dans sa courte liste d’innovations qui ont contribué à mettre fin ou à gagner la Seconde Guerre mondiale, omet de mentionner la bombe atomique ! La suppression du spectre nucléaire, qui semble avoir épuisé comme par magie son potentiel terrifiant avec la chute du mur de Berlin (bien qu’il ait été périodiquement agité pour déclencher des guerres), n’a certainement pas contribué à nous avertir des dangers de l’autodestruction rendue possible par le prométhéanisme scientifique.

Et la question des limites de la science dévoile en ces jours, une fois de plus, une question politique urgente.

La médecine devenue religion

Dans Némésis Médicale, Ivan Illich écrit :

« Les conséquences techniques de la médecine institutionnelle, fusionnant avec les non techniques, génèrent un nouveau type de souffrance : la survie anesthésiée, impuissante et solitaire dans un monde transformé en salle d’hôpital. La némésis médicale est celle qui prouve que l’individu dépouillé de toute capacité autonome ne peut affronter ni la nature ni ses voisins ni ses rêves, et qui techniquement le préserve au sein de systèmes environnementaux, sociaux et symboliques. […] La perception de l’ennemi juré conduit à un choix. Soit les limites naturelles de l’effort humain sont considérées, reconnues et traduites en limites politiquement déterminées, soit comme alternative à l’extinction, la survie forcée est acceptée dans un enfer planifié et technicisé […] dans lequel la société décide de soumettre les différents biens qu’elle produit aux mêmes restrictions strictes, de manière à garantir une liberté égale à tous ses membres ; lesquels devront accepter des contrôles hiérarchiques sans précédent, leur permettant de percevoir ce que les bureaucraties de l’aide sociale diagnostiqueront dont ils ont besoin. » ((Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p.282.))

La médecine devenue religion porte à l’extrême le caractère impérialiste de la société industrielle. Un nouveau terrain de conquête pour l’impérialisme capitaliste, celui de la médicalisation et du besoin des individus de déléguer leur souffrance, leurs maladies et leur mort à des experts. Le grand événement spectaculaire de la Covid-19 en est une nouvelle démonstration, où la médecine, dans sa signification pharmaceutique, est souveraine.

La médecine, avec sa caste sacerdotale des médecins et plus généralement de scientifiques, non seulement remplace le capitalisme en tant que religion, mais le chevauche, devenant sa nouvelle incarnation. Leur armée de fidèles : les consommateurs patients qui, dans toute l’humanité, attendent les réponses à leurs besoins en matière de sécurité sanitaire.

Pour éviter cet « enfer planifié et technicisé » prôné par Illich, il compte sur ces limites qui seraient à déterminer politiquement, suivant les propres limites humaines. Et ces limites doivent être soigneusement prises en compte lors de l’examen des innovations technologiques que Gates va maintenant traiter.

S’il est une chose que le XXe siècle aurait dû nous apprendre, c’est que tout ce que la technologie rend possible ne doit pas nécessairement être utilisé.

Thérapies

« Chaque semaine, nous lirons des informations sur les nouvelles thérapies qui seront essayées, mais nombre d’entre elles échoueront. Pourtant, je suis optimiste que certaines de ces thérapies réduiront considérablement le fardeau de la maladie. Certains seront plus faciles à déployer dans les pays riches que dans les pays pauvres, et certains prendront du temps à mettre en œuvre. Certains d’entre eux peuvent être disponibles pour l’été ou l’automne. »

« Si au printemps 2021, les gens vont à de grands événements publics – comme un match de sport ou un concert dans un stade – ce sera parce que nous avons une thérapie miracle qui rendra les gens confiants de sortir à nouveau. Il est difficile de savoir exactement quel est le seuil, mais je pense que c’est quelque chose comme 95 p. cela signifie que nous avons besoin d’une thérapie efficace à 95% pour que les gens se sentent à nouveau en sécurité lors de grands rassemblements publics. S’il est possible qu’une combinaison de thérapies soit efficace à plus de 95%, ce n’est pas probable, nous ne pouvons donc pas y compter. Si les meilleures thérapies réduisent les décès de moins de 95%, nous aurons encore besoin d’un vaccin avant de pouvoir revenir à la normale. »

Nous avons volontairement taillé dans ce paragraphe pompeux, parsemé de grandiloquentes éloges aux industries pharmaceutiques. Gates y dresse une liste de certaines thérapies dont nous avons entendu parler ces derniers mois.

Ce qui semble important pour Gates, dans son traitement sur les thérapies, c’est d’affirmer la thèse, sans apporter aucune démonstration, que le « retour à la normalité » est hautement improbable, identifié ici aux « grands rassemblements publics », par le seul usage de thérapies efficaces. Selon l’auteur — et sur la base d’on ne sait quelles « preuves » scientifiques — le vaccin devrait afficher 95% d’efficacité afin de garantir le tant attendu « retour à la normalité ». Encore une fois, Gates nous assure à la hâte que nous avons besoin d’un vaccin.

Et ici, nous entrons dans l’une des questions clés de l’événement Covid-19.

Vaccins

« Les vaccins ont sauvé plus de vies que tout autre outil de l’histoire. La variole, qui tuait des millions de personnes chaque année, a été éliminée grâce à un vaccin. Les nouveaux vaccins ont joué un rôle clé dans la réduction de la mortalité infantile. Parce que nous n’avons pas de remède miracle et que nous ne pouvons pas compter dessus, le seul moyen de ramener le monde là où il était avant l’arrivée du COVID-19 est un vaccin très efficace qui prévient la maladie. »

« La création de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovation (CEPI) est une étape franchie après que la fondation et d’autres ont appelé à investir en 2015 pour se préparer à une pandémie. Les ressources ont contribué à faire progresser de nouvelles approches de la production de vaccins pouvant être utilisés pour cette pandémie. Le CEPI a ajouté des ressources pour travailler sur une approche appelée “vaccins à ARN”, que notre fondation a soutenue. »

« Un vaccin à ARN est très différent d’un vaccin conventionnel. Une dose d’anti-grippe, par exemple, contient des traces du virus de la grippe que le système immunitaire apprend à attaquer. C’est ce qu’offre l’immunité. Un vaccin à ARN transforme le corps humain en une unité autonome de production de vaccins. »

Ici, Gates part d’un postulat présenté comme un dogme incontestable de la foi sanitaire : le rôle salvateur et miraculeux des vaccins dans l’histoire de la médecine. En réalité, la littérature sur le sujet, très vaste, présente aussi des thèses très discordantes et il existe de nombreuses études qui montrent que l’incidence des vaccinations dans la réduction des épidémies causées par les maladies infectieuses n’est pas aussi importante qu’on le prétend. De nombreuses recherches indiquent l’introduction de l’utilisation d’eau potable et d’égouts comme un facteur déterminant dans la régression de la morbidité et de la mortalité par maladies infectieuses.

« En particulier, les données statistiques indiquent que : la régression des épidémies s’est produite avec des courbes similaires à la fois dans les pays et/ou groupes non vaccinés et dans les pays et/ou groupes vaccinés aux conditions d’hygiène égales ; l’efficacité des vaccinations n’était pas de nature à empêcher l’apparition d’épidémies, malgré la large couverture vaccinale de la population ; la réduction de la morbidité et de la mortalité dues aux maladies pour lesquelles les vaccins ont été créés a commencé bien avant la vaccination elle-même. » ((Eugenio Serravalle, Enfants super-vaccinés, Le lion vert, Turin, 2012. Des exemples de comparaisons entre populations vaccinées et non vaccinées suivent dans le texte.))

Gates réitère alors, pour la énième fois, qu’il n’y a pas de remède miracle pour Covid-19 et que la seule innovation qui peut nous faire revenir à la « normalité » sera le vaccin. Sa réthorique implique cependant deux mensonges : le premier est qu’il peut y avoir des remèdes miracles (la médecine comme religion encore une fois) et que le remède miracle pour le Sars-CoV-2, un virus potentiellement mutable, est, sans aucun doute possible, un vaccin.

Gates lui-même admet qu’il faut généralement cinq ans de recherche et de tests pour développer un vaccin contre une nouvelle maladie. Plus tard, il prophétise que pour le Sars-CoV-2 cela prendra entre 9 et 24 mois. ((Il en aura fallu huit. Cependant, la Grande-Bretagne évoque déjà l’existence d’un soi-disant « virus mutant. »)) Mais si le Sars-CoV-2 peut muter, il est légitime de se demander contre quoi le vaccin produit serait efficace.

Une réponse à cette question pourrait être dans les mots de Gates sur les vaccins à ARN qui, contrairement aux vaccins classiques (qui inoculent, avec des adjuvants d’innocuité pas toujours prouvée lorsqu’ils ne sont pas avérés nocifs, le même virus atténué vivant ou inactivé) sont des vaccins biotechnologiques qui agissent par le biais de la génétique.

Transformer notre corps, déjà doté d’un système immunitaire naturel, en une « unité de production de vaccins » nous semble un pas au-delà d’une de ces « limites à déterminer politiquement » évoquées par Ivan Illich. Par quelles biotechnologies cette transformation se ferait-elle ? Comment pourraient-ils interagir avec l’ADN des individus ? Mais surtout, un tel vaccin annoncerait l’expropriation totale et définitive de nos corps humains face à la maladie.

Il nous semble intéressant de souligner comment, dans un passage de son traité, le fondateur de Microsoft admet que le système immunitaire des personnes âgées ne répond généralement pas très bien aux vaccins. Les campagnes de vaccination contre la grippe ciblant les personnes âgées sont de plus en plus pressantes ces dernières années. Que veut dire Gates quand il écrit que les personnes âgées ne répondent généralement pas très bien aux vaccins ? Parle-t’il d’inefficacité ou d’une forme quelconque d’iatrogénèse clinique, c’est-à-dire des dommages et des effets inattendus causés par les vaccins eux-mêmes ?

Immédiatement après, Gates écrit : « La question de la sécurité est évidemment très importante. »

Ici, on entrerait dans un décryptage sans fin. Il nous semble pertinent de rapporter le paragraphe 1 de l’article 1 de la loi italienne 210/92 :

« Quiconque a signalé, en raison de vaccinations requises par la loi ou par arrêté d’une autorité sanitaire italienne, des blessures ou des infirmités, dont une atteinte permanente à l’intégrité psychophysique, a droit à une indemnisation de l’État, sous les conditions et de la manière établie par cette loi. »

Des lois similaires existent dans de nombreux autres pays pour prouver que les dommages causés par les vaccins ne sont pas des « fake news ». Pour rappel, en 1994, la France lance une vaste campagne de vaccination contre l’hépatite B, infection du foie pouvant être mortelle. Cette vaccination massive a déclenché des maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques, aboutissant à l’ouverture d’une enquête judiciaire d’ampleur nationale en 1998. ((Voir sur Passeport Santé : ici))

En septembre 2019, une conférence intitulée « Global Vaccination Summit » s’est tenue à Bruxelles. Parmi ses objectifs : celui de mener « dix actions pour la vaccination pour tous ». ((https://ec.europa.eu/health/sites/health/files/vaccination/docs/10actions_en.pdf – Deux de ces actions concernent l’engagement politique pour contrer les racines de la soi-disant « hésitation à la vaccination », la réticence à la vaccination, (implicitement présentée, dans le document mentionné dans le lien suivant, comme une sorte de déviance sociale et comportementale à étudier à l’aide de sciences sociales) et une véritable bataille médiatique, avec le recrutement des médias sociaux et des entreprises technologiques, contre tout ce qui est défini comme de la « désinformation » (« Habiliter les professionnels de santé à tous les niveaux ainsi que les médias, à fournir des informations objectives au public et lutter contre les informations fausses et trompeuses, notamment en interagissant avec les plateformes de médias sociaux et les entreprises technologiques. »).

À noter également l’existence d’un programme de la Commission européenne pour arriver à la mise en place, en 2022, d’un passeport de vaccination pour les citoyens de l’Union européenne : https://ec.europa.eu/health/sites/health/files/vaccination/docs/2019-2022_roadmap_en.pdf))

Tous les débats sur les vaccinations ont été, et continue d’être, déformés par une approche mystifiante de la question, soutenue avant tout par les médias. La question n’est pourtant pas d’être contre ou pour les vaccins, mais concerne la liberté de l’individu de pouvoir échapper à un traitement de santé obligatoire imposé au nom d’un bien collectif non démontré.

Une fois de plus, les paroles d’Illich sont éclairantes :

« L’individu est complètement subordonné aux supérieurs, les mesures préventives deviennent obligatoires et le droit du patient de refuser son consentement à son propre traitement disparaît dès lors que le médecin prétend qu’il doit subir le diagnostic car la société ne peut pas se permettre le fardeau des interventions curatives qui coûteraient encore plus cher. » ((Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p.82))

C’est ce « glissement », qu’il décrit, où l’on passe des droits civils aux devoirs civiques.

La Primauté de l’être humain

L’article 2 de la Convention d’Oviedo, premier traité international de bioéthique de 1997, semble avoir répondu aux préoccupations d’Illich : « L’intérêt et le bien de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science. »

Le débat public sur les vaccinations doit se focaliser là-dessus aujourd’hui et une politique, enfin libérée de toute subordination à une science traversée par de nombreux conflits d’intérêts, doit agir en défense de cette primauté.

En plus de la liberté de soins et de l’inviolabilité du corps, il y a aussi une dangereuse idée de l’humanité basée sur l’immunité en jeu ; une humanité qui, loin de partager des soins mutuels, se sent exonérée d’obligations et de devoirs, puisqu’ils sont absous à travers les dispositifs imposés par le gouvernement médico-technologique.

Les mots d’Ivan Illich résonnent alors comme une prophétie :

« Auparavant, la médecine moderne contrôlait un petit marché ; aujourd’hui, son marché n’a pas de frontières. Il est arrivé au point que les personnes non malades sont soumises à des soins professionnels dans l’intérêt de leur santé future. Résultat : une société morbide qui appelle à une médicalisation universelle et une institution médicale qui atteste de la morbidité universelle ». ((Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p.97))

Les vaccins sont évidemment l’emblème de cette tendance de la médecine moderne vers une médicalisation totale. Nous parlons, sans équivoque, de vacciner l’ensemble de l’humanité.

Le marché pharmaceutique, répandant la croyance déformée que la prévention se fait beaucoup plus avec les médicaments qu’avec une forme de vie saine et proche de la nature, envisage maintenant d’étendre la demande de ses produits, en augmentant le besoin, à la plus grande tranche du marché de l’histoire du capitalisme : sept milliards de personnes.

Il est certainement plus rentable, plutôt que de se concentrer sur le développement de médicaments qui ne peuvent qu’aider les personnes malades à se rétablir, d’investir dans le développement d’un médicament qui considère toutes les personnes en bonne santé comme potentiellement malades. Comme dans les dystopies où le crime est, grâce à une technologie de pointe, évité avant même qu’il ne se produise et les criminels traduits en justice avant qu’ils ne commettent un crime, il est maintenant prévu de prévenir une maladie en rendant toute l’humanité malade.

Les tests

Dans ce paragraphe, Gates s’attarde sur les différents dispositifs de diagnostic, soulignant à quel point ils seraient d’une importance fondamentale, en particulier lorsqu’un pays envisage de réouvrir ses frontières. À cet égard, Gates ne manque pas de critiquer la gestion américaine des tests. Alors que la Corée du Sud, dit-il, fait un excellent travail, aux États-Unis, il y a des retards inacceptables pour les résultats des tests.

La surveillance constante, diffusée et mise à jour quotidiennement dans les médias, de la contagion, par son comptage, a servi et sert à maintenir la perception de l’urgence à un niveau élevé. Cette fonction prend encore plus d’importance dans les phases de relâchement, durant lesquelles la conviction immédiate, causée par l’enfermement, de vivre une situation réellement extraordinaire est perdue. ((Dans son « Plan d’action pour les tests », la Fondation Rockefeller lance la constitution du « Corps des soins de santé », véritables organismes de santé publique qui auront pour tâche de tester et de suivre l’évolution de l’infection. https://www.rockefellerfoundation.org/national-covid-19-testing-action-plan/))

Afin de maintenir un niveau d’alerte élevé, la société elle-même doit devenir une grande clinique de diagnostic où quiconque, grâce à l’utilisation généralisée et arbitraire d’écouvillons et de thermoscanners, doit être en mesure de diagnostiquer la maladie et de la signaler aux autorités, qui, dans certains cas, pourra séparer les personnes « positives » de leur famille et les isoler dans des structures spéciales. Considérer comme possible cette séparation forcée, suggérée par de hauts responsables de l’OMS et aussi espérée par certains administrateurs européens, n’est qu’une énième attaque contre l’humanité que Franco Basaglia ((Franco Basaglia est un psychiatre italien critique de l’institution asilaire et fondateur du mouvement de la psychiatrie démocratique. Durant les années 1960, il est l’organisateur à Trieste et à Gorizia des communautés thérapeutiques qui défendent le droit des individus enfermé·es. Son combat est à l’origine de la Loi 180 visant l’abolition des hôpitaux psychiatriques.)) aurait probablement compté parmi ses « crimes de paix » ((Parmi ceux-ci, il convient également de noter les nombreux cas de tests forcés réalisés lors de l’événement Covid-19, ainsi que celui effectué sur Macron pour des raisons politiques. Petit rappel historique : il était courant en URSS d’interner des dissidents politiques dans des hôpitaux psychiatriques.)).

Le dispositif de test généralisé élu comme forme biopolitique des instances dirigeantes semble être le fils hypertrophique du diagnostic d’une épidémie déjà dénoncée par Illich :

« Le diagnostic aggrave toujours le stress, établit une incapacité, impose l’inactivité, concentre les pensées du sujet sur la non-guérison, l’incertitude et sa dépendance à de futures découvertes médicales : tout ce qui équivaut à une perte d’autonomie. De plus, il isole la personne dans un cadre spécial, la sépare du “normal“ et exige sa soumission à l’autorité d’un personnel spécialisé. Lorsqu’une société entière s’organise en fonction d’une chasse préventive aux maladies, le diagnostic prend alors les caractéristiques d’une épidémie. Cet instrument pompeux de culture thérapeutique transforme l’indépendance de la personne saine en une forme intolérable de déviance. » ((Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p.81))

Tout comme la police « chasse les criminels », le test doit traquer les infectés qui, nous le promettait un administrateur italien, « seront retrouvés maison par maison et isolés. » ((Il faudrait peut-être analyser dans quelle mesure le diagnostic des « cas positifs » au Sars-CoV-2 a contribué, dans la phase aiguë de l’événement Covid-19, en plus de l’iatrogénèse sociale, également à l’iatrogénèse clinique qui aurait pu survenir à un moment où aucunes thérapies ne permettaient de traiter l’infection.)) Encore une fois, le modèle chinois semble être devenu le parangon en matière de prévention de la maladie ! Souvenons-nous de Wuhan, où les habitants furent enfermés chez eux, les portes des immeubles scellées afin d’éviter toute propagation du virus, condamnant par la-même les résidents contaminés à une mort quasi certaine. ((Wuhan, ville close, Fang Fang, sept. 2020))

Néanmoins, l’épidémie la plus grave en cours semble — à ce stade — être moins celle du Sars-CoV-2, dont certains instituts de recherche affirment avoir presque épuisé sa diffusion ((Le 31 mai dernier, Alberto Zangrillo, directeur des soins intensifs de l’hôpital San Raffaele à Milan, déclarait dans une allocution télévisée : « Cliniquement, le nouveau coronavirus n’existe plus. » Source (Ital.) : https://www.ilsole24ore.com)), que celle de son diagnostic, qui génère des troubles iatrogènes de nature diverse et toutes corrélées au sein du corps social: troubles mentaux, physiques, sociaux et culturels.

Suivre les contacts

Avec le « traçage des contacts », décrit dans ce paragraphe par Gates, la némésis médicale et la némésis technologique coïncident clairement.

Gates poursuit en énumérant une série de dispositifs et de méthodes de traçage, qui seraient utiles pour contenir l’infection, soulignant que certains d’entre eux ne seront guère acceptés par les « pays occidentaux », louant presque implicitement la République populaire de Chine et la Corée du Sud pour l’efficacité de leurs méthodes moins « occidentales » mais plus coercitives.

En avril 2020, les deux géants du capitalisme technologique Apple et Google avaient annoncé leur collaboration pour fournir des logiciels et des applications de traçage des contacts via bluetooth, afin de suivre les contacts établis par les personnes testées positives pour le virus. En septembre, Apple et Google lancent une nouvelle fonctionnalité appelée « Exposure Notification Express », intégrée directement aux deux systèmes d’exploitation. Grâce à celle-ci, les autorités sanitaires n’auront plus besoin de développer une application pour que les utilisateurs d’iOS et d’Android qui ont été exposés à une personne testée positive au COVID-19 puissent être identifiés. ((Lire sur Presse Citron))

Le débat autour de ces applications et du tracking en général, a été organisé autour de la confidentialité ou de la protection des données sensibles. Or, il nous semble que le problème ne concerne pas uniquement la manière dont ces données seront stockées mais le fait même que quelqu’un puisse les collecter et les conserver, c’est-à-dire que les machines (et ceux qui les gouvernent) deviennent, une fois de plus, les surveillants de notre comportement et de nos relations.

Le suivi de nos mouvements physiques à travers les téléphones portables, ainsi que nos mouvements virtuels lorsque nous « surfons » sur Internet n’est pas un phénomène nouveau, mais ici, encore une fois, nous sommes confrontés à un saut qualitatif dans l’escalade du contrôle à travers les machines. Les machines se préparent désormais au « saut de l’espèce » vers l’humain. Il est en effet probable que ce seront elles qui certifieront notre humanité dans un proche avenir. « L’humain qui convient » sera celui qui pourra démontrer, à travers la machine, son immunité. Comme déjà mentionné, la Commission européenne prévoit d’établir un passeport de vaccination d’ici 2022.

Si l’on ajoute à cela le renforcement du Réseau à travers l’installation d’antennes technologiques 5G, le développement de l’Internet des objets, le déploiement des « smart city » et de l’État policier, le projet global pour arriver à la constitution d’une identité numérique, soutenu, entre autres, par Microsoft et Gavi ((https://id2020.org/ et https://www.biometricupdate.com)), la disponibilité, annoncée par le MIT ((https://news.mit.edu et aussi : https://stm.sciencemag.org/content/11/523/eaay7162)) d’une technologie capable de se déposer sous la peau avec un tatouage quantique, ainsi que des vaccins, des informations de santé (ou une sorte de passeport de santé numérique embarqué, lisible par un smartphone), l’image qui se dégage est celle d’un monde entièrement transformé en système d’exploitation où l’Internet des objets sera suivi de l’Internet des personnes (réduit aux choses). Dans ce monde panoptique, les humains deviendront des nœuds virtuels, majoritairement volontaires.

Comme Illich l’avait pressenti, « l’ère de l’instrumentalité » ((Certains psychologues qui ont décrit des dispositifs analogues à ceux qu’a utilisés Skinner chez les animaux, mais adaptés aux jeunes enfants, ont trouvé que le conditionnement instrumental chez l’enfant obéissait aux mêmes lois que chez l’animal (Lar. encyclop. Suppl. 1968).)) a définitivement cédé la place à l’ère des systèmes et il sera bientôt impossible de concevoir une séparation entre l’homme-opérateur et la machine qui le relie au système d’exploitation. Le seul moyen pour « vivre libre » sera d’échapper à la capture.

« Pour garantir la survie de l’être humain dans un monde rationnel et artificiel, la science et la technologie s’appliqueront pour équiper convenablement la psyché : l’humanité sera confinée de la naissance à la mort dans l’école permanente étendue à l’échelle mondiale, elle serait soumise à vie au traitement du grand hôpital planétaire, lié nuit et jour à des chaînes de communication implacables. C’est ainsi que fonctionnera le monde de la Grande Organisation. » ((Ivan Illich, Convivialité, rouge!, Milan, 2005, p.130))

Déconfinement

« La plupart des pays développés entreront dans la phase 2 de l’épidémie au cours des deux prochains mois. […] Les gens peuvent sortir, mais pas souvent et pas dans des endroits bondés. Ils travaillent et dépensent une partie de leurs revenus, mais pas autant qu’avant la pandémie. […] les temps sont anormaux mais pas aussi anormaux que dans la phase 1. »

« Les règles sur ce qui est autorisé devraient changer progressivement, afin que nous puissions voir si les nombres des nouvelles infections et cas contact recommencent à augmenter. Les pays pourront apprendre des autres pays qui disposent d’un système de test efficace en cas de nouveaux problèmes. »

« Un exemple de réouverture progressive est Microsoft Chine, qui compte environ 6 200 employés. Pour le moment, environ la moitié retournent au travail. Ils continuent à offrir un soutien aux employés qui souhaitent travailler à domicile. […] La Chine a été restrictive lors de la réouverture et a ainsi évité jusqu’à présent des rechutes importantes. »

« Le principe de base devrait être d’autoriser des activités qui présentent un grand bénéfice en termes de bien-être économique ou humain mais qui présentent un faible risque de contagion. Mais si vous entrez dans les détails et regardez l’économie, le tableau devient complexe. Il n’est pas facile de dire “vous pouvez faire ceci mais pas cela”. L’économie moderne est trop compliquée et interconnectée pour cela. »

« Il y a aussi un autre facteur difficile à prendre en compte: la nature humaine. Certaines personnes hésiteront naturellement à se déconfiner, même si le gouvernement dit que tout va bien. D’autres auront le point de vue opposé — ils supposeront que le gouvernement a fait montre de trop de prudence et commencera à violer les règles. Les dirigeants devront réfléchir attentivement à la manière de parvenir à un juste équilibre. »

La première considération qui nous vient à l’esprit après lecture de ce chapitre est que Gates compte la soi-disant « réouverture » parmi les cinq innovations technologiques qu’il juge nécessaires pour arrêter la propagation du virus et revenir à la normale.

En quoi la « réouverture » serait-elle une innovation technologique ?

Pour le programmeur Gates, la « réouverture » est synonyme de « reprogrammation du monde ». Le système a été arrêté pour installer une mise à jour, il est maintenant prêt à démarrer sur une nouvelle base et avec de nouveaux programmes.

Et de fait, Gates procède immédiatement à un exercice d’anticipation sur la nature du « monde d’après », un monde basé sur la « distanciation », dans lequel il faudra décider quels programmes (ou quelles activités économiques et sociales) pourront recommencer et de quelle manière. Il arrive que certaines fonctions, après un arrêt brutal d’un système d’exploitation, soient perdues à jamais, tandis que d’autres reprendront mais ne seront plus les mêmes qu’auparavant : le monde après la « phase 1 ». En somme, cela signifie l’arrêt de nombreuses activités économiques et la transformation drastique de nombreuses activités sociales.

Gates suggère que le critère de « réouverture » des activités sociales impliquant des formes de « rassemblement » doit être celui de leur utilité : les écoles, offrant « de grands bénéfices » seront une priorité tandis que « les grands événements sportifs et de divertissement » devront attendre encore longtemps. Concernant les manifestations et meetings politiques, Gates n’y fait nullement allusion.

Toujours dans ce paragraphe, l’auteur fait alors l’éloge de la République populaire de Chine qui, en pratiquant une politique restrictive de réouverture, aurait « évité les rechutes ». ((Ici, le terme médical « rechute », généralement utilisé pour désigner un individu, est appliqué à 1,4 milliard de personnes.)) Cette allégation n’est étayée par aucune étude ni preuve scientifique.

Le modèle d’un « déconfinement optimal » semble être, pour Gates, celui de Microsoft Chine. À nouveau, le lien entre le système d’exploitation et le déconfinement devient manifeste. Le totalitarisme capitaliste chinois semble être la matrice idéale sur laquelle implanter la nouvelle forme de gouvernement techno-sanitaire, une matrice qui semble presque, selon les mots de Gates, « servir de modèle à tous les gouvernements du monde. »

Un pays sans vie. Sage.

Décrivant le système mis en place par Microsoft Chine pour réouvrir ses activités, Gates évoque, pour la première et unique fois dans ce texte, l’utilisation du masque.

Or, l’utilisation de cet appareil est considérée, par de nombreux médecins et scientifiques, inutile lorsqu’elle n’est pas nocive dans la plupart des cas, constituant un terrain fertile pour la culture de virus et de bactéries et provoquant le phénomène de l’hypercapnie, c’est-à-dire l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans le sang. De plus, selon les recommandations de l’OMS, le port du masque nécessite une série de gestes drastiques que personne, ou presque, ne respecte (se laver les mains avant et après, le changer toutes les 4 heures, le laver à 60°C, le ranger dans des compartiments stériles, etc.) Chacun porte le masque du mieux qu’il peut. L’infifférence évidente des autorités à cet égard démontre à quel point son utilité est discutable.

Notons également que les recommandations initiales de l’OMS étaient que « les personnes non malades n’ont pas besoin de porter un masque », en soulignant que ces recommandations « reposent sur l’expérience de la grippe habituelle et l’on a vu que rien ne démontre l’efficacité du masque ».

Malgré ces preuves, son utilisation a été propagée et illégalement imposée dans de nombreux pays. ((L’intention politique d’imposer son utilisation dans les écoles aux garçons et aux filles âgés de six ans et plus, ainsi que la « distanciation » (méthodologie pédagogique connue), n’est que le dernier d’une série de crimes contre l’enfance perpétrés lors de l’événement Covid-19, le premier étant l’enfermement forcé des personnes. Les traumatismes vécus depuis l’enfance pendant cette période, ainsi que d’autres formes d’iatrogénèse, s’ajouteront aux coûts sociaux de l’événement Covid-19.))

Il est impossible de ne pas voir dans l’obstination avec laquelle nous avons essayé d’imposer son usage, même en dehors de tout bon sens, une fonction symbolique précise et peut-être trop évidente pour être mentionnée.

Le masque. Le masque pour les yeux vous empêche de voir, le masque buccal vous empêche de parler. Les mots qui sortent ne peuvent pas dire des mots complètement vrais parce qu’ils sont filtrés par un « tissu de mensonges ». Le masque est le symbole du théâtre, de la mise en scène. La scène est le monde. Le masque du pouvoir est désormais tombé et, pour que le Spectacle continue, il faut que les gens le mettent.

Maintenant que la phase aiguë de l’événement Covid-19 est terminée, le masque devient encore plus nécessaire : il s’agit, avec le dispositif de « distanciation », de témoigner de l’existence d’une urgence en cours, de témoigner que quelque chose d’anormal s’est réellement produit.

Le Spectacle doit pouvoir continuer car, comme le dit Gates, nous n’avons toujours pas toutes les « innovations technologiques nécessaires pour pouvoir revenir à la normale. »

En conclusion du paragraphe, Gates note que les gouvernements devront prendre en considération un facteur « difficile à prendre en compte », « la nature humaine », laquelle semble encore avoir, contrairement aux machines, un caractère d’imprévisibilité que Gates semble presque regretter.

Serait-ce la « nature humaine », le véritable ennemi de la guerre contre le virus ?

Conclusion

« Pour Mélinda et moi, nous avons grandi en sachant que la Seconde Guerre mondiale fut un moment clé pour les générations de nos parents. De même, la pandémie Covid-19 – la première pandémie moderne – définira cette ère. Quiconque a connu la première pandémie mondiale (Pandémie I) ne l’oubliera jamais. Et nul ne saurait apprécier la douleur que les gens ressentent actuellement et continueront de ressentir pendant les années à venir. »

« Toutefois, nous fûmes impressionnés par la manière dont le monde se rassemblait pour mener cette bataille. »

Gates revient dans sa conclusion sur le mythe fondateur de la guerre en faisant explicitement référence à la Seconde Guerre mondiale (et au titre de son manifeste, Pandémie I, cité dans le premier paragraphe). Son discours s’inscrit pleinement dans la tradition de la « violence rédemptrice » chère à Truman pour justifier Hiroshima et de la « mission impériale » qui accompagne l’histoire de son pays depuis sa fondation. ((En 1630, des centaines de puritains du Sud de l’Angleterre se sont embarqués vers le Nouveau Monde. Hostiles au « catholicisme anglican » de la monarchie, ils avaient décidé de traverser l’Atlantique pour professer leur confession, pour créer une société idéale. À la tête du groupe, l’avocat John Winthrop signe un traité qui posera les bases de la société Américaine : « Nous serons une ville sur la colline. Les yeux de tous les peuples se poseront sur nous […] Nous devons ressembler à Dieu, car Dieu aime son peuple élu comme lui-même ; les citoyens doivent reproduire les vertus de notre père céleste […] au point d’être un exemple pour les peuples du présent et pour la postérité. » Voir J. Winthrop, A Model of Christian Charity (1630), https://zeka.noblogs.org/files/2020/12/1630-Model-of-Christian-Charity-John-Winthrop.pdf))

Quiconque vit dans la « ville sur la colline » sait messianiquement ce qui est bon pour l’humanité et a le fardeau et l’honneur de lui montrer le chemin pour l’atteindre. Seulement cette fois, la violence rédemptrice ne se déroule pas directement, comme nous le faisions auparavant, à travers la suprématie de l’armée américaine, mais avec une redéfinition globale de l’économie, et donc du gouvernement, avec des effets dévastateurs conséquents, similaires à ceux d’une guerre. Et ce sont encore les populations les plus pauvres qui en paient le prix.

Hypocritement, Gates ne manque pas de définir les victimes de Sars-Cov-2 comme le « lourd tribut de la pandémie ». Cela ressemble à s’y méprendre aux « dommages collatéraux » que chaque guerre entraîne. Toujours selon Gates, seuls les outils dont il a parlé, les fameuses « innovations technologiques » salvatrices, mettront fin à la « première pandémie mondiale. »

Il était de coutume dans les totalitarismes du XXe siècle de réécrire le passé (l’avant-garde de cette pratique revenant au stalinisme) selon la logique que l’histoire est écrite par les vainqueurs.

Gates, en tant que programmeur avisé, mais aussi spécialistes des virus informatiques et des antiviraux numériques, se délecte de ses discours, non pas tant pour réécrire le passé, mais pour planifier l’avenir, inaugurant une nouvelle forme d’écriture de l’histoire que nous pourrions appeler « histoire préventive ». Une histoire qui prend soin d’être écrite avant même qu’elle ne se réalise. ((L’exercice mondial sur la pandémie organisé à New York en octobre 2019, appelé Event 201 (https://www.centerforhealthsecurity.org/event201/) est intéressant à cet égard. Dans l’événement 201, ainsi que dans le grand événement appelé Covid-19, deux concepts semblent coïncider, celui de « l’événement historique » et celui du « spectaculaire. » À l’ère du « triomphe du spectaculaire », prédit par Guy Debord dans les Commentaires sur la société du spectacle (Commentaires sur la société du spectacle est un essai de Guy Debord paru en mai 1988 aux Éditions Gérard Lebovici.), l’histoire et le spectacle semblent devenir indiscernables.))

Gates a déjà décidé « historiquement » que l’épidémie en cours serait la première pandémie moderne, laquelle ne sera déclarée terminée (comme une guerre) qu’avec l’arrivée du vaccin universel. Il ajoute implicitement qu’étant la première, elle sera nécessairement suivie d’une seconde et peut-être d’une troisième, d’une quatrième et ainsi de suite. En d’autres mots, Gates nous explique que les déclarations de pandémie, de confinement, de déconfinement et que toutes les mesures privatives de liberté deviendront, vraisemblablement, le quotidien de l’histoire du XXIe siècle : la nouvelle forme de gouvernement techno-sanitaire.

La première chose qui devrait ressortir une fois que vous avez fini de lire le texte de Gates est de remarquer comment son programme, écrit le 23 avril 2020, suit son cours et se prolonge à l’heure où vous lisez ces lignes. En effet, les cinq innovations technologiques qu’il a mentionnées (tests, thérapies, vaccins, suivi des contacts, déconfinement) sont actuellement suivies par tous les gouvernements et sont présents dans les discours médiatiques du monde entier !

En France comme en Italie, l’adhésion des activités gouvernementales au programme Gates, ou à l’oligarchie numérique, biotechnologique et pharmaceutique, dont il semble être le porte-parole, atteignent un paroxysme inquiétant.

Dans un beau passage de Némésis Médicale, Ivan Illich suggère que pour empêcher la suprématie technico-sanitaire, la société devrait développer des programmes pour faire face aux désirs irrationnels de ses élites.

« Pour rester dans des conditions vitales, l’humain doit survivre aux rêves, qui jusqu’à présent étaient façonnés et maintenus ensemble par la foi, par le mythe. La société d’aujourd’hui doit développer des programmes pour répondre aux désirs irrationnels de ses élites. Avant, c’était la foi qui remplissait la fonction de fixer des limites à la matérialisation des rêves avides, envieux, meurtriers. La foi promettait à l’homme ordinaire la sécurité tant qu’il demeurait en son sein. Au lieu de cela, la foi garantissait surtout la ruine de ceux qui essayaient de déjouer les dieux. L’homme ordinaire mourrait de maladie ou de violence ; seuls ceux qui se rebéllèrent contre la condition humaine devinrent la proie de Nemesis, la juste colère (des dieux). » ((Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit, p.274))

Ce sont des mots appropriés pour commenter le texte de Gates, des mots qui, en évoquant la notion de « limite », nous ramènent au monde froid et numérique du cyberespace dans lequel nous avons été jetés, de manière de plus en plus accélérée, ces cinquante dernières années.

Aujourd’hui, la Némésis qui semble toucher l’humanité tout entière n’est pas seulement la némésis médicale dont Illich parle, avec son iatrogénèse, son diagnostic épidémique, sa prévention totalitaire et sa médicalisation de la vie et de la mort, mais c’est aussi l’ennemi technologique qui, depuis le blog du fondateur de Microsoft, annonce avec fureur sa venue certaine. Gates nous résume trente ans d’informatisation de nos vies : la machine est prête à « sauter » dans l’espèce humaine, pour mieux la guider dans son comportement, pour mieux la gouverner.

Que faire alors ?

Que faire pour contrer les « désirs irrationnels » de ces « élites » qui semblent vouloir redéfinir non seulement les formes de gouvernance mais aussi celle de l’humain ?

Dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, les intellectuels sont éliminés sur dénonciation de leurs voisins dans le but d’assurer la sécurité nationale (une seule parole, donc pas de naissance de mouvements de contestation) et le « bonheur commun ». Pour les plus hostiles au régime, il s’agissait de sauver la mémoire de la connaissance, par la formation de petites communautés dans lesquelles chaque individu devenait un livre vivant. ((Écrit entre 1947 et 1951, Fahrenheit 451 est une dystopie. Il s’agit d’une contre-utopie, un récit qui déroule la vision pessimiste d’un futur sombre et totalitaire. Le livre est sans doute une critique du maccarthysme, cette chasse aux sorcières déclenchée par le sénateur Joseph MacCarthy qui visait des personnalités du monde du spectacle et des lettres suspectées de sympathies communistes.))

Notre rôle et celui de celles et ceux qui viendront ensuite

Telle l’intrigue de cette œuvre visionnaire, nous supposons que notre rôle, aujourd’hui, et celui des générations futures sera, justement, de cultiver et de transmettre — même clandestinement — ces formes de vies humaines réunies avec la terre et libérées du joug des machines (et de ceux qui les gouvernent) que l’on déguise en sécurité sanitaire. Et donc de conspirer, dans son sens le plus original, pour unir les esprits et apprendre aux autres à « voir ». ((« Vous, apprenez à voir plutôt que de rester les yeux ronds. » Bertolt Brecht, La Résistible Ascension d’Arturo Ui, 1941.))

Afin d’ouvrir cette conclusion à de nouvelles possibilités de Liberté, citons une dernière fois les écrits prophétiques d’Illich : « Résistons à la distanciation et à la diabolique séparation des corps et des esprits, par l’échange de nos souffles vitaux et divins qui se produisent à travers le baiser. » ((Ivan Illich, Les rivières au nord du futur, Quodlibet, Macerata, 2009, p. 215.))


icon pdfTélécharger l’article
(PDF – 480 Ko)