Ne perds pas ta vie à la… Rêver !

La Sauvage - Genève (19 Décembre 2015)Il faut rêver ! Mais rester lucide, ça aide aussi. Contrairement à ce que rapportent les hoaxes sur Internet, il est certain que la police ne marche pas dans les mêmes pas que les manifestants. Certes, on peut se dire que sous l’uniforme il n’y a qu’un homme, mais c’est oublier les bottes à crampons et les coups de crosse dans les côtes, les cheveux arrachés, les dents cassées, les tympans perforés, les yeux énucléés et toutes celles et ceux qu’on à balancé du haut des ponts. S’il est avéré que nous ne sommes pas toujours d’accord sur ce que nous souhaitons pour demain, il est une chose pour laquelle nous sommes unanimes : c’est au sujet de ce que nous ne voulons plus. De là à fantasmer sur le jour où des flics abandonneront leur poste pour rejoindre les soulèvements du prolétariat… Si tu veux rêver l’ami-e, commence d’abord pas te réveiller. Après, t’aviseras.

Ce que nous ne voulons plus

Nous ne voulons plus d’un monde entièrement régi par des chiffres et des algorithmes, une société parfaitement individualisée dont les sujets sont les esclaves du capitalisme financier. Nous ne désirons plus ni la violence, ni la haine, ni la peur, comme en témoignent les réunions pacifistes qui depuis le 32 mars se réunissent un peu partout en Europe et même au-delà. Nous ne voulons plus vivre enchaînés comme des serfs dociles et perplexes, pendant que les banques et un patronat esclavagiste réduisent nos existences à néant. Nous ne voulons pas qu’une minorité dirigeante ait le pouvoir d’orienter nos existences misérables. Nous voulons reprendre le pouvoir sur nos vies, notre avenir et nos espérances. Nous ne voulons pas d’un état policier et répressif, mais une police aimée du peuple, comme ce fut le cas lors des attentats de novembre dernier. Nous ne voulons plus jamais entendre parler de privatisation, de mondialisme et de néo-libéralisme. Nous ne voulons plus d’un état qui nous interdit de bâtir nos maisons comme nous l’entendons, sans risquer de nous enchaîner aux bulldozers de Vinci et consorts pour protéger nos idéaux. Nous ne voulons plus d’un diktat qui nous empêche d’élever nos enfants dans la fraternité, la coopération et la sérénité au prétexte que nos existences doivent être rentables et nos qualités quantifiables. Nous ne voulons plus d’une technologie qui nous affirme que le progrès est source de bonheur, alors que c’est en réalité la cause de toutes les dissymétries de notre société consumériste. Nous ne voulons plus de la marchandisation de nos existences ni du bétonnage à outrance des quelques parcelles encore vertes de nos territoires. Nous ne voulons plus de ces politiques démagogues qui ruinent de jour en jour notre souveraineté citoyenne, tel qu’elle est inscrite sur les frontons des mairies et dans la constitution de notre cinquième République. Nous ne voulons plus de ces lois iniques qui nous enserrent et nous enclavent dans des structures sociales coercitives. Nous ne voulons plus nous incliner devant une autorité que nous n’avons jamais élue, ni respecter des préceptes votés en notre absence et sans aucune concertation. Nous ne croyons plus en cette démocratie qui n’en fut jamais une ni en ce phalanstère de chefs qui après avoir décapité les rois décidèrent unanimement de prendre leur place et d’imposer leurs règles. Nous ne voulons plus d’un pouvoir corrompu d’oligarques dont le seul objectif est de s’enrichir grâce au labeur d’un peuple soumis. Nous ne voulons plus des puissances médiatiques abêtissantes, lesquelles nous abreuvent chaque jour de messages révoltants et qui sont la source de maintes dissonances entre chacun de nous. Nous ne voulons plus des journalistes hypocrites à la solde du gouvernement, qui tentent de coller leurs mensonges éhontés sur nos manifestations autonomes, et qui pointent du doigt les casseurs en les appelant « ultra » afin de conjurer toute forme de résistance. Nous ne voulons plus de guerres, nous ne voulons plus de sang ni de centrales nucléaires. Nous ne voulons plus d’une Europe insensible et gouvernée par des voleurs, qui clouent au pilori ses propres partenaires dans le seul but de les humilier s’ils ne paient pas leurs dettes. Nous ne voulons plus d’un Fonds monétaire international qui écrase comme un rouleau compresseur nos rêves et nos aspirations. Nous ne souhaitons plus de ce monstre tentaculaire incapable de tirer les leçons de l’histoire et qui cherche des boucs émissaires, traque les mauvais payeurs comme s’ils étaient responsables des maux qu’il a lui-même créés. Nous ne voulons plus de ces instigateurs de la guerre froide qui s’inventent des ennemis dans bien d’autres pays. Nous ne voulons plus de ces entités cauchemardesques qui s’enrichissent dans l’ombre, en réduisant des peuples à l’esclavage, en pompant honteusement les richesses de la terre aux quatre coins du globe. Nous ne voulons plus des discours mielleux de nos politiciens, perfides parmi les perfides dont le seul objectif est de prendre le pouvoir ou de le conserver, quel qu’en soit le prix à payer pour les citoyens du monde. Nous ne voulons plus de la guerre sociale menée par nos élites contre les précaires, les migrants ou les simples citoyens. Nous ne voulons plus d’un Pouvoir qui n’aborde que les questions qu’il sait résoudre.

Ouvrez les frontières. Licenciez les flics !

Ouvrez les frontières. Licenciez les flics !
Ouvrez les frontières. Licenciez les flics © ZeK

« La police avec nous… » Moi aussi j’y ai cru. Avant. Avant de sentir leur violence et de comprendre que cette violence, les flics l’avaient choisie en connaissance de cause. On peut se réunir Place du Bouffay le soir, c’est beau, c’est magnifique même. Cela redonne du baume au cœur. Je suis enthousiaste de toutes ces luttes autogestionnaires, ces tentatives d’autonomie, ces groupes qui se croisent, agissent ensemble, essaient de bâtir quelque chose de nouveau. Mais que ce soit dans la rue ou le soir sous les étoiles, ça se finit toujours par quelques giclées de lacrymo. Les gens finissent pas se disperser et rentrer chez eux. Sans une réponse adaptée pour faire tomber les contre-révolutionnaires et mettre à bas les forces répressives, ces petites luttes ne permettront pas de réduire à néant le capitalisme financier, ni la grève générale de faire plier l’État. Il est essentiel qu’une insurrection de grande envergure voit le jour en France. Cet avis n’est pas partagé. Sans doute, certain-e-s ont-ils tendance a espérer le bonheur ou la liberté comme un état individuel ou une manière d’être propre à notre existence, alors qu’en fait c’est un rapport social à construire, à bâtir ensemble, à entretenir ensemble. Il faut agir ! Alors non, ne perds pas ta vie à la rêver ! Ne perds pas ton temps à espérer un avenir hypothétique où les flics jetteront leurs casques.

Parviendrons-nous à franchir ce cap ? Celui de l’intelligence, celui de progresser vers quelque chose de nouveau, un rapport social collectif qui s’inspirerait de toutes nos défaites et victoires passées. Arriverons-nous à promettre à nos enfants des demains meilleurs, tout en conservant la foi que ces demains puissent exister ? Saurons-nous transmettre aux générations futures une société durable et un monde plus humain, plus respectueux des différences, de ceux qui ne pensent pas comme nous, de l’étranger assis à tes côtés autour du feu ? Une société où les rapports de force dominants/dominés auront été abolis, où nul n’aura plus à souffrir de la moindre oppression.

Moi je crois que c’est possible. Parce que nous en avons les moyens, chacun d’entre nous. Ça tient dans trois mots :

Résistance ! Amour ! Sabotage !

ZeK.