[Nantes] Après la manif, gare au guet-apens médiatique !

Mercredi 9 décembre 2020, Ouest-France se surpassait dans le parti pris et les clichés, grâce à la plume du rennais Christophe Jaunet, chroniqueur zélé des campagnes électorales de la République en Marche, qui s’acharne tel un chieur d’encre d’extrême droite à salir les luttes locales depuis 1999. L’objectif de son « papier » : créer une division artificielle pour anéantir le mouvement en cours pour la défense des libertés et, in fine, légitimer une répression encore plus forte.

S’appuyant sur les déclarations du préfet Didier Martin selon lequel « il se passe des choses pas banales sur ce territoire », le quotidien prend à témoin les syndicats pour que ces derniers dénoncent les « violences ». Et plutôt que de remettre au centre le véritable sujet : l’accélération autoritaire du Régime politique, le piège fonctionne à merveille. Pour faire bonne figure, Fabrice David (CGT) et Jean Brunacci (Solidaires), deux responsables syndicaux adeptes des services d’ordre affirment être « coincés entre deux feux » : d’un côté celui de la police et de l’autre celui du cortège de tête. Comme si les tirs de LBD, les grenades, les blessures et les charges contre les manifestants pouvaient être mis à égalité avec quelques tags, des fumigènes et une ou deux vitrines de banque étoilées !

Nos deux marionnettes répètent qu’il s’agirait là de débordements « en marge », de la part de « casseurs » infiltrés dans les cortèges et qu’il conviendrait de « chasser ». Alors même que des centaines de personnes remplissent les cortèges de tête depuis des années à Nantes, et animent les mobilisations au même titre que les autres composantes des luttes, les services d’ordre des syndicats continuent de préparer le terrain pour les flics et les patrons. Plus grave, ils déclarent : « nous n’avons plus les moyens d’installer un cordon sur plusieurs kilomètres de cortège » et « on aimerait discuter de stratégie avec les autorités ».

Mais de quelle « stratégie » est-il question ici ? Celle de réclamer une répression plus efficace contre une partie des manifestants ? En somme, cet article fallacieux atteint donc son but : séparer les « méchants » des « bons manifestants » en alimentant certains fantasmes. Mais le plus choquant ne se trouve pas dans la farce policière des services d’ordre de quelques syndicats qui viennent récupérer et étouffer les mouvements sociaux, à Nantes comme ailleurs, mais bien dans le suivisme et la soumission d’une bonne part des manifestants à ces services d’ordre ou aux voitures sono. Or, plutôt que de déjouer la propagande des chiens de garde médiatiques du Régime, de tels propos ne font que renforcer la division au sein de nos luttes.

Quelques piqûres de rappel s’imposent !

  • Rappelons à ces « représentants » syndicaux le climat particulièrement anxiogène qui règne à Nantes depuis 2016 ; avec pas moins de trois jeunes tués par la police (Abdou, Aboubacar et Steve), un nombre croissant de mutilé·e·s et des centaines de blessé·e·s.
  • Expliquons-leur que dans ce contexte, et étant donné l’impunité systémique qui entoure ces violences — tout aussi systémiques —, il n’est pas surprenant que la colère finisse par s’exprimer.
  • Ces candides syndicalistes auraient pu, au contraire, se féliciter qu’à Nantes, à trois reprises, des milliers de personnes se sont mobilisées pour nos libertés fondamentales, ce qui est historique dans la Cité des trouDucs.
  • Ils auraient pu aussi détailler la nature des armes utilisées contre la population, les mutilations qu’elles entraînent inexorablement, afin de rappeler d’où vient réellement la violence.
  • Syndicalistes à la mémoire courte — ou qui rêvent, comme nos préfets, de « manifestations pacifistes » —, rappelons-leur qu’il y a toujours eu des modes d’action différents dans nos luttes, quand bien même l’Histoire a la fâcheuse tendance de ne se souvenir que de « la grande sagesse politique et morale ». Même s’ils ne partagent pas nos divers modes d’action, cette pluralité ne doit jamais diviser nos mobilisations. Enfin, les syndicats n’ont pas de compte à rendre au préfet.
  • Finalement, informons-les que dans cette escalade graduelle vers le totalitarisme ; où des journalistes sont arrêtés, où les opposant·e·s sont tabassé·e·s, mutilé·e·s, torturé·e·s, où les minorités sont opprimées de façon quotidienne et systémique et où les libertés sont détruites les unes après les autres, il y a largement de raisons de ressentir une colère noire et que c’est le pouvoir qui, dans son propre intérêt, devrait rapidement retrouver la raison.

Hélas… rien de tout cela ! C’est le préfet qui impose son récit. Pourtant, c’est en refusant la désolidarisation et en évitant de donner raison à la propagande de l’ennemi que l’on remporte une lutte. Les mobilisations victorieuses, du Chili à Notre-Dame-des-Landes, sont là pour nous le rappeler.


D’après un communiqué de Nantes Révoltée.