Lettre aux enfants sauvages

« Ceux qui ne peuvent ressentir la baraka ne peuvent connaître la caresse du monde. »
– Hakim Bey, in TAZ (1985).


Aux enfants sauvages,
aux radiCAux aBsolus du langage,
à celles et ceux qui pensent par des images.

Une cabane dans les arbres, vaisseau en équilibre
Ouverte sous les étoiles aux voiles de minuit
Réchauffée par la sueur épicurienne et libre
Par le souffle des pins ; secouée mais épanouie

Filles et garçons en fuite perchés dessus la hune
En dessous le désordre et l’extase vagabondent
Collection d’escargots et bains au clair de lune
Insurgés permanents, aux promenades sans but

Ici l’on reste enfants au rythme des saisons
À dessiner ensemble assis sous les soleils
En mangeant du raisin plus que de raison
L’essence des choses simples, des instants sans pareil

Séditieux poétiques au Caravansérail
« Nous n’aimons pas les lys, nous n’aimons pas les croix »
Déserteurs et prophètes du Zéro-Travail
Contrebandières de rhums, Pirates de surcroît

Libérées de nos chaînes, de la Loi, des frontières
Chaque poussière est une fleur, la conscience attentive
Comme les cultes d’antan des Orchidées-Lumière
Et nos jardins abondent de fruits et d’âmes qui vivent

Luttons pour l’indolence et partageons le pain
Dans nos baraques sans portes et nos enclos sereins
Nous faisons peur aux autres, faisons rêver les uns.

ZeK, février 2018,
La Chèvrerie (ZAD de Notre-Dame-des-Landes).


Ce poème est le premier d’un petit recueil (auto-édité) de calligrammes, presque jamais diffusé… L’ensemble est dédié aux Enfants Sauvages ;

Arz, Mimile, Floriane, Joseph et Pierrot, Lutin, Gaby, Antoine, Peuk, Léonard, Catherine, Claire, Kim Jiboun, Leen, Nain Rouge, Damien, Laura, Swan, Sacha, Ousmane, Stika, Max, Mike, Edouard, Violette, Pimprenelle, Aris, Ben, Xavier, Harmony, Lâân, Alice, Okhti, Valk, Romain, Anna, Fanfan, Padre, Gaël, Simon, Armand, Maxime, Sara, Benoît, Tichka, Billie, Zweï, Halifa, Cahuète…

Et pour toutes celles et tous ceux dont j’ai oublié les noms,
mais dont les souvenirs m’accompagnent chaque jour…

Les images proviennent du film « Demain s’entête ».