Le peuple défile, l’état réprime

Mort à crédit © Val KDes heurts dans toutes les grandes villes de France, des blessés, parfois graves, dans les rangs des policiers comme des manifestants, des jets de pavés contre des grenades lacrymogènes… La tension est palpable aujourd’hui dans notre pays, à la suite de ces nombreuses manifestations mêlant étudiants, personnes en recherche d’emploi ou travailleurs de tous secteurs, à la suite également de ces mouvements sociaux de grande ampleur à l’image de la foire citoyenne Nuit Debout. Mais quand cette tension n’arrive plus à se faire discrète, les pires errances peuvent survenir. Et c’est malheureusement souvent le cas depuis quelques semaines. La violence policière atteint aujourd’hui un paroxysme que nous n’aurions jamais pensé pouvoir connaître un jour…

« Quand les hirondelles volent bas, les pavés se prennent pour des nuages. »
— Proverbe populaire.

La violence par la violence

Photo Y.Monteil manif Nantes
Place au cirque – © Y.Monteil

Les images ont été visionnées par tout le pays et relayées par les chaînes d’information pendant plusieurs jours : celles de ce jeune homme tenu et frappé par des CRS, en marge d’une manifestation de grande ampleur dans les rues de la capitale. Mais cette horreur est loin d’être un cas isolé : menaces, coups, insultes, etc. Et l’escalade de la violence ne fait que commencer : encore hier, un policier a été gravement blessé par le jet d’une brique l’ayant heurté en pleine tête. Comas, pronostic vital engagé pendant plusieurs heures. En toute évidence, il peut sembler normal que les policiers, les CRS et autres gendarmes soient présents pour faire régner l’ordre. Mais ce déchaînement de violence n’a pas sa place, quel que soit le contexte, quel que soit le lieu, quels que soient les revendications et les volontés des manifestants. Il est nécessaire qu’une véritable réflexion soit menée aujourd’hui dans notre pays pour que ces agissements cessent, pour qu’on arrête enfin de cautionner les débordements violents et dangereux de ceux qui devraient plutôt nous mettre en sécurité.

Répression, contrôle, gestion

Mardi 26 au matin, nous étions une cinquantaine au TGI de Nantes pour apporter notre soutien à onze personnes accusées « d’entrave à la circulation » lors de l’opération escargot du 11 janvier 2016 sur le périphérique Nantais. Bien qu’elle le nie, la préfecture de police était au courant de l’organisation de cette manifestation, puisque des témoins ont constaté de nombreux CRS présents sur site avant ladite opération. Finalement, après l’invective envenimée et acerbe de la Proc, et malgré les plaidoiries des avocats, la « justice » les reconnaît coupable et condamne les prévenus à des peines allant de quatre-cent à six-cent euros d’amende, dont une part avec sursis. Pour chacun-e d’entre elles-eux, six points seront également supprimés de leur permis de conduire. Les accusé-e-s ont fait appel de cette décision.

© Y.Monteil
L’Attente – © Y.Monteil

Les actes de violence réalisés par des policiers en civil (ou non) ont définitivement mis le feu aux poudres. Il s’agit à coup sûr de démotiver toute forme de fraternité avec les opposants. À travers la répression d’une action sympathique et bienveillante, telle que le ralentissement temporaire de la circulation, ou la liberté de déambuler dans les rues, la justice essaie d’enrayer les germes des mouvements solidaires qui fleurissent un peu partout sur le territoire et au-delà. Inexorablement, la réponse qui en découle prend des allures de guérilla. Abribus et aubettes qui volent en éclat, vitres de banques cassées, symboles publicitaires, conformistes et consuméristes du capitalisme financier. Devrait-on s’en étonner ?

Les manifestants, initialement engagés dans une démonstration pacifique pour revendiquer sur des aspects sociaux actuels, entrent désormais dans la spirale du « coup pour coup », une escalade de la violence qui risque fort de nuire à toutes les personnes en présence, du côté des forces de l’ordre comme du côté des manifestants, des étudiants, des jeunes et des moins jeunes qui se rendent dans les cortèges pour crier leur colère et leur mécontentement. La lutte n’est pas terminée, mais tout doit être engagé pour qu’elle ne cesse pas dans les larmes, le sang ou l’horreur.

A lire (sur Médiapart) : Le rapport entre violence légitime et illégitime