La Fabrique du Consentement

Aimez-vous les tours de magie ? J’ai toujours aimé ces grands prestidigitateurs capable de manipuler l’esprit des gens; Robert Houdin, le plus célèbre illusionniste français du XIXe siècle, Georges Méliès, cinéaste de génie ou encore James Hodges pour ne citer que ces trois illustres personnages, célèbres pour leurs stratagèmes prestigieux.

Pour réussir un « tour de magie » il faut faire croire au public qu’on va faire une chose précise en dirigeant son attention sur cette chose. Cela permet au magicien d’en faire une autre que personne ne voit. À la fin, l’illusion est parfaite et le public n’y voit que du feu. Chacun peut croire à la magie et crier au scandale si on essaie de trouver le subterfuge. Mais s’il s’agit d’une manipulation à un niveau planétaire, d’une mise en cause de nos libertés fondamentales, doit-on alors réfléchir aux tours de passe-passe qui sont entrain de se jouer ou faut-il simplement y croire et accepter l’impensable ?

Le tour de passe-passe qui s’est joué avec PRISM n’est que le commencement de la Grande Illusion. C’est le début du tour de magie, de la grande manipulation mondiale. Les officiels américains ont tout avoué, ne cherchant même pas à atténuer le problème. La population mondiale est massivement outrée par ce qu’elle vient d’apprendre. Mais qui s’en soucie vraiment ? Aucun pays ne s’en offusque, ni en Europe ni ailleurs. Quelle a été la réponse des médias, des politiques, des états « libres » et des « démocraties » lorsqu’ils ont entendu parler de Snowden et des espions de la NSA ? Aucune. Pire, la France a même renforcé sa Loi de Programmation Militaire ! On nous propose un superbe scénario bien préparé, avec des acteurs talentueux et, le plus important, de grands orateurs. Car, dans toute série qui se respecte, les dialogues se doivent d’être bons. L’illusion est vraiment parfaite !

Je ne nie pas que Snowden apporte des révélations, mais ses aveux sont ceux d’un analyste de la NSA, une agence réputée pour ne jamais laisser fuiter ses données. Question : Soit Edward Snowden agissait de son plein gré, soit la NSA l’a délibérément transformé en délateur pour informer le monde de ses actions ? On se souviendra de l’affaire SAFARI qui, en 1974 avait fait grand bruit pour des raisons similaires. Qu’en est-il de la réaction populaire aujourd’hui et selon vous, pourquoi la société laisse-t-elle entendre aux citoyens qu’ils sont sous surveillance ? La réponse est peut-être plus simple qu’il n’y paraît : pour qu’ils s’autocensurent ! Quand on y réfléchit vraiment, on comprend mieux la nécessité d’un tel système de pensée si l’on souhaite conserver un minimum de stabilité sociale et politique. Car comme l’écrivait Walter Lippmann dans Public Opinion :

Seul notre consentement peut maintenir la stabilité de nos sociétés contemporaines.
Que la fabrication du consentement soit capable de grands raffinements, personne, je pense, ne le nie. Le processus par lequel les opinions publiques surgissent n’est certainement pas moins complexe […] et les possibilités de manipulation ouvertes à quiconque comprend le processus sont assez évidentes.
— Walter Lippmann, Public Opinion, Wading River, Long Island (1921).

Pourtant, la démocratie telle que nous la concevons aujourd’hui est impossible à gérer si elle ne s’appuie que sur le pouvoir politique des masses. Alors quoi ? Devons-nous accepter l’inacceptable et laisser des puissances administratives contrôler nos vies ? Devons-nous fermer les yeux sur les écoutes massives de la NSA et sur celles – prétendues inexistantes – de notre propre gouvernement ? Il n’existe aucun article de loi qui condamne des écoutes globales sur un territoire et c’est une aubaine pour nos politiques : car ce qui n’existe pas dans la Loi ne peut être dénoncé publiquement.

La liberté ou la délivrance ?

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Les phénomènes de fichage et de surveillance ne sont que le corollaire d’une organisation complète de l’existence. De notre existence. Dans un monde où les individus délèguent systématiquement leurs affaires à des administrations, les libertés politiques peuvent être garanties mais la liberté pratique — celle de conduire sa vie selon ses propres choix — cette liberté est étouffée à la racine.

Informez-vous et cogitez ensemble au sujet des enjeux politiques et sociaux. C’est la seule façon pour parvenir, par nous-même ou par la discussion, à concevoir des tendances politiques pour un demain meilleur. Et il est plus que temps de se mettre à l’œuvre !