Je crie tes noms Liberté !

Listen to the people

« L’écriture est comme un chiot qui mord le néant », écrivait à Ramallah en 2002 le poète Mahmoud Darwich. Tous les penseurs, tous les artistes, tou·te·s les humain·e·s dignes de ce nom, ont combattu pour le droit d’exprimer leurs pensées. Je n’ai pas l’intention de déclamer ici un éloge de la Liberté. Sur sa valeur, sa raison d’être et sa nature, je pense que nous sommes tou·te·s d’accord.

D’autant plus en ces temps dramatiques où le terrorisme d’État la prend quotidiennement pour cible. Je parle évidemment de nos ami·e·s Gilets Jaunes et des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants du Chili, du Vénezuela, d’Algérie, du Maroc, d’Afrique centrale, de Hong Kong, du Moyen-Orient, d’Irak, d’Afghanistan, de Libye ou de Syrie dont les vies sont volées pour avoir osé exprimer leur pensée. Car la liberté de pensée est indissociable de la liberté d’expression. Une pensée ne saurait rester secrète ou cachée. Toute pensée doit être partagée, sans quoi elle demeure une pensée mutilée, et par la même elle cesse de vivre et d’exister.

Par cet écrit, hommage aux victimes de la barbarie d’État, je voudrais faire part de cette inquiétude qui, je le sais, nous est commune : c’est qu’aujourd’hui, alors que nombre d’entre nous se battent pour défendre la Liberté et la liberté de penser, ces abominables actes de sauvagerie demeurent la preuve flagrante que l’intolérance est aujourd’hui plus farouche que jamais, ici comme ailleurs. Jamais les tyrannies et les violences faites aux défenseurs de la liberté d’expression n’ont été plus vives.

La Liberté, c’est la volonté d’un désir, un désir de vivre et de penser tel qu’on le souhaite. Ainsi, être libre d’écrire, de dessiner ou de penser ses opinions, qu’elles soient religieuses, politiques ou sociales, c’est pouvoir les exprimer tel qu’on le désire, sans que nul ne nous contraigne à les taire ou à les transmettre autrement ou de manière tronquée. Celles et ceux qui combattent, depuis des siècles, pour la liberté d’expression ont fait le choix de dire ce qu’elles, ce qu’ils tiennent pour vrai. Et cette vérité prend sa source dans l’amour, dans la paix, dans la compréhension et le respect de l’autre, dans l’égalité et la solidarité.

Au regard des violences policières actuelles, il est évident que le Pouvoir qui souhaite asservir la liberté et faire couler le sang de ses tutélaires ne le fait jamais en s’exprimant tel frère et sœur, il agit toujours par la violence et la force. Celui-là se sert de cette disposition qu’ont certains esprits égarés à se soumettre à une doctrine, à une pensée unique pour prétendre que cette vérité, lui la possède. C’est de là que naissent l’absurdité et l’horreur indicible dont nous sommes les témoins. Ceux qui osent penser autrement se voient, non seulement reprocher leurs erreurs, mais pire encore, nous les tabassons, nous les éborgnons, nous les massacrons tels des animaux de boucherie, violés à jamais dans leur liberté d’être et de vivre.

Au regard d’une telle horreur, l’indignation fait bientôt place à un abîme d’incompréhension. Notre esprit vacille devant l’épouvantable obscurité qui s’est emparée de ces criminels. Il convient alors de prendre du recul, de voir les choses autrement, d’échanger, de dialoguer et de partager entre nous, nous qui restons pour nous souvenir, pour honorer la mémoire et rendre hommage au courage de ces femmes et de ces hommes qui ont donné une main, un œil et, parfois, leur vie, afin que chacun d’entre nous puisse continuer à croire en cette liberté d’expression que nous chérissons tant.

Un philosophe a dit qu’il fallait ne tenir pour vrai que ce que l’on avait totalement compris, et qu’il est nécessaire de n’apporter que des principes vrais à celui qui veut comprendre. Comment comprendre l’indicible ? Pourquoi cette crise actuelle de la liberté de pensée ? Sans doute parce que cette liberté d’expression ne peut exister que si l’on accepte que notre pensée, quelle qu’elle soit, ne soit pas capable de juger toutes les autres. Car en réalité, rien de ce qui est affirmé par les hommes n’est complètement vrai. Vrai au point de persécuter des hommes et des femmes en son nom. Pouvons-nous nous taire devant une telle absence de respect de la dignité humaine ? Devons-nous nous résigner et accepter l’inacceptable ? Notre histoire de l’humanité repose sur sa victoire sur la peur, une victoire jamais achevée contre les certitudes, contre les idées préconçues et imposées.

Restons réveillés ! Car il existe désormais deux clans, deux idées qui prédominent sur toutes les autres : les uns qui luttent sans relâche pour la liberté, pour la liberté de vivre dans le partage et en commun, et les autres qui luttent pour accroître leur pouvoir. Nos unions internationales, parfois si soudaines, mais qui nous anime tou·te·s en ces temps de fureur, sont déjà de grands pas vers l’amour. Car solidaires, nous le restons et jamais ne nous abandonnerons aux préjugés ni à tout ce qui pourrait enténébrer notre liberté. De la France au Chili, Du Bahreïn au Rojava Syrien et à toutes les dictatures de la pensée, que vive à jamais dans nos cœurs et dans notre esprit la mémoire de ces femmes, de ces hommes, mutilés, torturés, tués pour leur soif de Liberté, pour leurs opinions, pour que continue de vivre l’espérance, pour que continue de vivre la liberté. Nos idées, nos opinions sont telles des ailes de Liberté qui se déploient dès que nous les faisons chanter en chœur.

Parce que nous sommes tous frères et sœurs, bien au-dessus du silence, sur les marches de la mort.

Liberté! Freedom! Libertad! Askatasuna! Liberdade! Kebebasan! Özgürlük! Azadî! Эрх чөлөө! Ελευθερία! Свобода! स्वतंत्रता! Freiheit! Sloboda! Llibertat! Libertà! Libereco! თავისუფლება! Saoirse! Эркиндик! Libertatem! Rangatiratanga! Vrijheid! Swoboda! Xornimo! Uhuru! Inkululeko!