#OpenEurope : Frontières des égoïsmes aveugles refermés sur eux-mêmes

Sic transit gloria mundiQuand on parle de frontières, on parle d’États, on parle de nations mais, surtout, on parle d’étrangers à ces nations. Dans toutes les doctrines politiques, dans tous les dogmes religieux les ennemis de l’unité de l’Homme ont toujours fermé les frontières entre les clans, entre les « races » et les groupes sociaux. Sic transit gloria Mundi…

Pourtant, à l’heure où l’Europe reste à court de solutions face à l’arrivée massive de migrants, l’ouverture de nos frontières serait la solution la plus avantageuse pour tous. Voici pourquoi. En quatorze ans, 40 000 hommes, femmes et enfants sont morts aux portes de nos frontières. Pour la seule année 2014, près de 3 500 personnes se sont noyées dans la Méditerranée, devenue le charnier de l’Europe, destination la plus dangereuse pour tous les migrants.

Comme l’affirment l’anthropologue Michel Agier (directeur de l’Institut de Recherche pour le Développement, directeur d’études à l’EHESS) et le politologue François Gemenne (enseignant aux universités de Liège et Versailles, directeur général du programme Politiques de la Terre à Sciences-Po) : « il est aujourd’hui plus juste et plus rationnel d’ouvrir nos frontières » plutôt que les maintenir scellées. Fermer les frontières ne sert à rien. C’est une question de bon sens et il est absurde de vouloir résister aux migrations, c’est un fait social de notre époque. Les humains ne choisissent pas de migrer ou de rester parce qu’une frontière est ouverte ou fermée. Or ces bouleversements n’ont rien de nouveau. De tout temps, les peuples ont connu de tels bouleversements, et à cette échelle.

Le droit de libre circulation est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est une question d’égalité et de liberté. C’est la fermeture des frontières qui créent les privilèges des uns et les inégalités entre les peuples. Le monde est devenu un village global, dans lequel chacun peut entrer en contact avec l’Autre. Il est inconcevable, aujourd’hui, qu’une région du Monde demeure « protégée » et fermée aux autres, cantonnés dans ses clivages et ses réflexes archaïques. Les dirigeants de nos États, comme ceux des grands courants spirituels doivent acquérir un langage neuf, un langage porteur des rêves et des espérances de chacun. De plus, aucune enquête n’a prouvé l’existence du fantasme de « l’invasion » tant annoncée. Cet argument, véhiculé par des instances politiques en proie à des passions dévorantes qu’ils se refusent d’analyser, est totalement faux et chimérique. L’opération de sauvetage Mare Nostrum en Italie ou la régularisation des clandestins en situation irrégulière n’a jamais provoqué d’augmentation soudaine de l’immigration. Cela a simplement permis de réconcilier les migrants entre leur pays de départ et de destination. Alors pourquoi les migrations dérangent-elles à ce point nos habitudes ? Parce que les frontières parlent de nations… mais surtout d’étrangers. Les nations sont égoïstes et l’État est l’instrument de cet individualisme, de cet ingrat amour de soi. L’étranger est accusé d’apporter l’égoïsme de sa patrie, et nous de lui opposer la vanité de la nôtre.

Tirer parti de notre diversité, de nos contradictions, de nos différences dans le but de s’enrichir suppose un certain équilibre, dynamique, vivant et un très important travail sur soi. On comprend alors la source de richesse que peut constituer le fait d’aimer l’autre comme soi-même. Ouvrir les frontières n’est pas seulement une nécessité, c’est la participation à ce mouvement universel qui, en apportant du beau, du bon et du juste à chacun d’entre nous, réaffirme l’unité de l’Humain.