Écrire aux détenu·es

Vies confisquées entre clôtures & quadrillages

Le système pénitentiaire est une chose infernale, où survivre, chercher à conserver sa dignité, est un combat de tous les jours. Car ce n’est pas du temps que l’on nous prend, c’est de la vie ! La vie confisquée devient alors la propriété du code pénal et des juges. Quant au temps, celui du calendrier n’est pas le temps vécu en prison : faire son temps, tuer le temps, c’est survivre dans un temps perdu pour l’existence.

Et les personnes emprisonnées sont seul·es, face à des équipes qui se relaient jour après jour, pendant des mois… et des années. C’est une politique menée pour détruire la personne qui est entrée en prison, quel que soit son chef d’inculpation.

En détention, recevoir du courrier est important pour tenir moralement. C’est une marque de soutien et un lien avec l’extérieur.
— Paris Anarchist Black Cross

La politique menée en France au niveau carcéral est particulièrement infecte. Ce n’est pas qu’une privation de liberté. C’est tout un système, élaboré afin de déstructurer l’individu, pour lui faire perdre confiance en lui. Objet de l’emprise du pouvoir, le corps incarcéré devient l’enjeu d’une multitude de tractations et de procédures plus inhumaines les unes que les autres. Écrire aux prisonnier·es politiques devient donc un élément indispensable à leur moral et leur survie. C’est parfois pour elleux le seul lien avec le monde extérieur.

Quiconque lutte pour une nouvelle forme d’organisation sociale basée sur la solidarité, l’entraide et la coopération devrait viser l’abolition du Système carcéral et soutenir les personnes qui pour l’instant le subissent.

Écrire pour aider l’Autre à se confronter au Réel

Pourquoi écrire aux personnes emprisonnées ? Est-ce pour leur permettre de s’évader, même mentalement ? Pas exactement… Comme le dit Abdel Hafed Benotman (L’Envolée), « s’évader, c’est scier des barreaux et prendre le risque d’une balle dans la tête, sûrement pas ouvrir un livre ! »

ZEKA est-il un criminel ? A t’il du sang sur les mains ? Si nous répondons négativement alors nous sommes des menteurs, puisque nous faisons corps avec une humanité qui commet des crimes collectifs auxquels nous participons : le Rwanda, l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, le Mali, etc. Il est évidemment beaucoup plus facile d’accabler le voleur ou le criminel qui tue un enfant car cela permet de se dédouaner de ces crimes collectifs. On désigne le monstre… et les citoyens. Et ces derniers sont impuissants face aux crimes collectifs.

Si ZEKA écrit aux prisonnier·es, c’est pour nous confronter avec la réalité de notre monde atroce, c’est pour leur transmettre un peu de notre amour, c’est pour leur dire que nous ne rêvons plus, que nous ne dormons pas, que nous ne fermerons plus jamais les yeux devant l’injustice de leurs souffrances.

Certains enfants de notre entourage se sont naturellement associés à ce jeu d’écriture, parce qu’iels trouvaient important d’apporter une lueur d’espoir, si infime soit-elle, à une personne en prison.

Des adresses & un Atelier d’écriture

Anarchist Black CrossChaque mois, le collectif Anarchist Black Cross – Paris organise des ateliers d’écritures aux personnes incarcérées.

« L’ambiance y est chaleureuse et vivante. On valorise la diversité des pratiques pour permettre à chacun·e de s’exprimer selon ses envies : carte postale, écriture individuelle, mais aussi collective, dessin, découpage, etc. On propose notamment d’écrire collectivement aux dos d’affiches jolies et subversives. »

Anarchist Black Cross – Paris & Île-de-France
Centre social autogéré | Parole errante (Montreuil)