Discours des Puissants au reste du Monde

Intermède Théât… râle

Ce texte est initialement paru — sous une forme un peu différente — dans un recueil de 13 lettres imaginaires, écrites en novembre 2015, suite aux attentats qui ont endeuillés la France à cette époque. Cynique, cruelle et sans espoir, cette tragédie en un acte puise en partie son inspiration du théâtre de l’absurde de Louis Calaferte et du « Discours à la Nation » du dramaturge militant italien Ascanio Celestini.

Tragédie en un Acte

La scène représente un meeting politique. Sur une estrade il y a un pupitre, sur lequel est posé un drapeau ou une tenture, un verre d’eau ainsi qu’un micro. Face à l’estrade, des chaises sont disposées en rangées parfaitement quadrillées. Au fond, contre le mur on a entreposé des chaînes, des entraves ou des cordes. Le décor est simple, épuré, aseptisé. La lumière est blafarde, orientée uniquement vers le pupitre.

LES ACTEURS

Le Président : homme de grande stature, la quarantaine grisonnante, beau visage charismatique. En costume d’apparat de couleur sombre, chemise blanche, cravate. Sur sa veste, il arbore une boutonnière vermillon.

L‘auditoire : des hommes et femmes vêtus de beaux costumes, visages sombres, impassibles, effacés. Parmi eux, deux ou trois émirs et quelques militaires, bardés d’insignes et de décorations tricolores. Autour d‘eux, photographes et caméramans.

La Voix du peuple : derrière le public, une petite fille est à genoux. Vêtue sobrement, elle a des chaînes aux pieds et porte un écriteau autour du cou où l’on peut lire : VOX POPULI.

Le jeune bourgeois : de petite taille, jeune aristocrate en costume bleu marine, cocarde sur la poitrine. Traits pincés, peu souriant.


LE PRÉSIDENT

(Le président monte sur l’estrade sous les applaudissements de son auditoire. Il s’installe derrière le pupitre, boit une gorgée d’eau, repose le verre. Puis il regarde la foule du haut de son piédestal. Il sourit, salue de la main gauche l’assemblée réunie à ses pieds. Il s’éclaircit la voix et s’approche du micro).

— À Mlles et MM. les industriels argentés des pays développés. À ceux, moins argentés, des pays en voie de le devenir. Aux agences de renseignements occidentales et orientales, méridionales ou encore équatoriales. Aux corporations minières du Nord, du Sud, de l’Est et aussi de l’Ouest. À MM. les capitalistes financiers, et MM. les assoiffés de trésors, des mondes connus et inconnus. Aux gaz de schistiers, aux draineurs de ressources, aux empêcheurs de vivre en paix, à mes alliés politiques et aussi mes ennemis, aux vieilles rancœurs passées aujourd’hui oubliées. À MM. les émirs, les despotes que nous affectionnons, les tyranniques chefs militaires que nous adulons. Aux raffineurs de pétrole brut ici présents, à l’imagination des chefs de guerre, à nos amis, hélas absents, fabricants d’armes, propagandistes correcteurs de l’ombre, censeurs édulcorants, relecteurs et autres mystificateurs politiques. Aux médias télévisés, aux milliardaires industriels et aux nababs climatosceptiques. Aux maîtres de nos écoles politiques et à tous les acteurs de la pensée unique. Enfin, aux religions et à leurs guerres, sans lesquelles, mesdames et messieurs, nous ne serions pas là…

(Il marque une pause, puis reprend).

— Je vous souhaite le bonjour !

L‘AUDITOIRE

(D’une seule voix).

— Bonjour Monsieur le Président !

LE PRÉSIDENT

— En cette nouvelle année 1990, moi, Charles X et II font Douze de l’Oligarchie, Président unique des corporations d’hier et de celles de demain, suprême exécuteur testamentaire de la Fin du Monde, je me réjouis de vous voir ici !
— À tous, je dis : merci ! Merci d’avoir succombé à vos plus viles bassesses ! Merci d’avoir eu la sagesse de comprendre que nous allions, de nouveau, nous en mettre plein les poches !
Enfin, merci d’avoir répondu présent à l’appel du pouvoir, et d’être venu célébrer le 142e anniversaire de notre règne sans partage sur le Monde !
— Vous le savez très chers amis, la Terre doit continuer à prospérer et à porter ses fruits, ou devrait-on dire, à porter nos fruits. Voici donc nos ultimes recommandations pour continuer dans cette voie certaine et immuable, aussi immuable que dix et deux font douze. Puissiez-vous les faire vôtres et les appliquer à la lettre en vos royaumes respectifs !

(Tonnerre d’applaudissements. Le président lève les bras au-dessus de la tête, fait le beau devant les caméras et les photographes. Puis le calme revient, il réajuste son veston, observe l’assemblée, à droite, à gauche et se remet à parler.)

— Nous voici dans une nouvelle ère, une ère de progrès, une ère de conquêtes et une ère d’incommensurables richesses ! Soyez-en sûrs ! Certes, les temps sont difficiles, mais il faut regarder plus loin… L’énergie atomique sera bientôt révolue, l’hydrogène métallique inutile, l’agitation particulaire obsolète. Grâce à notre nouvelle source d’énergie inépuisable, nous venons de franchir le cap de l’Infini. Je vois vos mines pantoises et vos regards interrogateurs. Écoutez ma parole, car cette source d’énergie existe bel et bien ! Cette énergie… c’est le temps ! Le temps, mesdames et messieurs ! Vous me suivez ?

(Le président fait de grands gestes, on sent qu’il est passionné par ce qu’il dit).

— Le taylorisme en avait imaginé les prémices, tous les dictateurs du passé l’avaient rêvé. Nous avons enfin compris que la mécanisation du monde est la seule alternative au chaos qui nous guette. La seule qui continuera de nous procurer tous les plaisirs. C’est entendu… Vous me suivez ?

(Il prononce la dernière phrase en souriant, inclinant légèrement la tête, comme pour saluer son auditoire).

LA VOIX DU PEUPLE

(Cherche à s’exprimer, elle est rabrouée par le public).

— Et nous ? Qu’est-ce qu’il nous reste à nous ?

L‘AUDITOIRE

(En chœur, comme s’ils récitaient une comptine).

— Il vous reste les miettes ! Il vous reste les miettes !

LE PRÉSIDENT

(Il se penche sur ses notes puis reprend, toujours avec la même verve).

— Où en étais-je ? Ah, oui… Réjouissons-nous de faire du commerce ! Le temps qui coule ne coûte rien à l’achat. Vendons-le ! Toujours aux plus offrants. Et endettons-les ! Nos dividendes, nos crédits et les retards de paiement de nos joyeux intérêts nous combleront d’une joie immense, ne le croyez vous pas ? Nous savons depuis toujours que notre monde se divise en deux catégories : ceux qui n’ont aucun pouvoir et nous. Nous, qui aurons bientôt le pouvoir d’orienter la vie de tous !
Une seconde par ci, une minute par là, quelques heures à taux fluctuant pour les uns, quelques années à taux grimpant pour d’autres. Jusque-là, vous me suivez ?

(Dans la salle, une main tendue se lève. Éclairage sur la main. Le président, d’un air contrit d’avoir été coupé dans son élan, écarquille un sourcil).

— … Oui ? Qu’y a-t-il ? Si c’est encore cette satanée Voix du P… Ah non, ouf ! Une question… Je vous en prie, parlez sans crainte mon garçon. Nous sommes entre gens civilisés…

(Sourire narquois, le président tend la paume de sa main droite et regarde le jeune homme).

LE JEUNE BOURGEOIS

(Hésitant. La lumière est concentrée sur sa place et la tribune du président. Autour, le noir complet)

— Mer… Merci Monsieur le Président. Mais les pauvres nous maudiront sûrement, vous ne pensez pas ? Je veux dire… À terme, ils nous traiteront de voleurs, ils nous enverront aux Assises, à La Hague… Peut-être bien pire… Je ne tiens pas à voir ma tête au bout d’une pique !

(Dans la salle, on entend quelques approbations, de gros derrières remuent sur leurs chaises).

LA VOIX DU PEUPLE

(La voix chétive s’élève derrière le public).

— Ouais ! Il a raison ! Les salauds, on ne se fera pas avoir deux fois ! Ah ça non alors, tous les mêmes ! Pourris, vendus !

LE PRÉSIDENT

(Le président lève un doigt, puis comme un bon élève l’assistance se tait. La Voix du Peuple devient un murmure puis s’éteint à son tour).

— C’est une question à laquelle je vais m’empresser de répondre. Quel est votre nom mon jeune ami ?

LE JEUNE BOURGEOIS

(Toujours hésitant, il bafouille d’une toute petite voix).

— Bour… Bourseplate, Monsieur. Grimachoin Bourseplate.

LE PRÉSIDENT

(Pleins feux sur l’estrade. Avec la prévenance d’un père à ses enfants, le président reprend sa diatribe).

— Alors, écoutez-moi bien, Monsieur Courgefat.
Moi président, je vous réponds que Non !
— Non, nous ne craindrons jamais le peuple, mais le peuple apprendra à nous craindre ! Par les joies de la consommation, par de jolis crédits en échange d’un confort consumériste adapté à leurs esprits, nous lui ferons oublier tous ses tracas ! Il achètera massivement notre temps, personnalisé aux couleurs de ses idoles et des marques qu’il affectionne. Les citoyens prendront des crédits, puis ils souscriront à d’autres pour rembourser les premiers… À terme, ils s’endetteront un maximum et n’auront, finalement, plus le temps de se plaindre… Ensuite, il conviendra de leur faire rembourser les dettes.
— Le jeu, c’est le jeu. Un crédit vous engage et doit être remboursé… Vous me suivez ?
— Et, de vous à moi Monsieur Crimapoint, le jeu sera beaucoup plus lucratif si c’est vous qui distribuez les cartes…

(Le point de lumière s’éteint sur le siège du spectateur, on entend quelques rires étouffés dans le public).

— Dans dix ans, grâce à l’Internet, nous serons en mesure de proposer aux hommes un monde magique, où il aura l’illusion d’exister et d’être autre chose qu’un mouton docile. Ce ne sera qu’un leurre, évidemment. Car, tout en lui parlant de liberté d’expression et de neutralité, on en profitera pour y étudier ses comportements, ses rêves et ses angoisses. Nous appliquerons le même remède pour chacun d’entre eux : un peu d’espoir de sorte qu’ils oublient la réalité. Donc, nous vanterons les mérites de notre système. Puisqu‘il n‘y a rien de mieux qu‘une démocratie, à quoi bon se révolter ? Vous me suivez ?

(Le public acquiesce).

LA VOIX DU PEUPLE

(La voix s’impatiente. Elle trépigne, elle se fait plus fort).

— Hé ! Ho ! Mais et nous ? C’est vrai quoi ! Nous, qu’est-ce qu’on a ?

L‘AUDITOIRE

(En chœur, à trois voix).

— De quoi vous plaignez-vous encore ?
— Il fallait venir avant !
— De toute façon on n’a pas prévu de partager !

LE PRÉSIDENT

(Le président semble s’impatienter. Il marmonne, tend les mains légèrement en avant, l’auditoire se calme puis il reprend son discours).

— Oui… Bien. Heu… Hem…

(Il toussote et s’éclaircit la gorge).

Nous dirons donc aux hommes… Ah ! Voilà, j’y suis… Nous leur dirons donc…
— Ceci est la Vérité ! Il n’y en a pas d’autres. Ils iront se ruer sur Internet, sur leurs téléphones et sur leurs écrans télévisés, ils chercheront inlassablement les réponses dans nos médias de propagande. Ainsi, à chaque fois, ils s’apercevront que nous n’avons pas menti. Vous les empoisonnerez d’une morale contraire à leur nature et, aux quatre coins du monde, vos agences de communication leur vanteront les mérites de la traçabilité, de la sécurité, des puces RFID et de l’efficacité de notre croyance. Nous les espionnerons, jour et nuit, pour tout apprendre de leur médiocre existence.
Et un jour, nous saurons tout ! Tout, vous dis-je ! Du nombre exact de corn flakes dans leur petit-déjeuner jusqu’à la couleur des lunettes de leurs W.-C. Vous me suivez ?

(Le président prend un air sombre, il observe attentivement l’assemblée).

— L’heure n’est pas aux changements chers amis, mais dans notre capacité à vendre
du temps aux autres. Dans cette époque où nous contrôlons tout, notre grandiose civilisation ne peut que croître ou dépérir. Puisqu’il lui faut toujours plus de temps, il n’y a pas d’autre alternative. Si nous voulons continuer de nous enrichir jusqu’à la fin, il n’y a pas de demi-mesure ! Nous devons continuer de faire du commerce notre principe et de l’argent notre substance, nous devons vendre jusqu’à la dernière des nanosecondes !
— Au début ce ne sera pas simple, surtout avec cette clique d’écologistes et d’abonnés au changement. Mais la génération suivante sera plus malléable que son aînée. Dès le plus jeune âge, il conviendra de tous les évaluer, de jauger leur capacité, puis d’estimer leur valeur marchande. C’est de cette façon que toute aptitude, tout sujet d’intérêt qui pourraient mettre en péril notre système seront aisément éliminés avant qu’il n’infecte ses semblables. Vous me suivez ?

(On entend des approbations dans la salle).

— Vous vous demandez certainement : mais qui fournira ce temps, où allons-nous en trouver davantage ? Moi, je vous réponds qu’il y a le travail, la source de toutes les richesses ! Nous, nous ne savons pas vraiment ce que c’est… Mais le travail a toujours été l’unique moyen des pauvres pour acquérir des choses. Eux travailleront, ils feront tourner le grand mécanisme, pendant que nous encaisserons les secondes de leur labeur. Ils y sont habitués, alors pourquoi changer ces bonnes vieilles habitudes ? Vous me suivez ?

L‘AUDITOIRE

(Aux anges. Il approuve et acquiesce à l’unanimité).

— Hé, hé, effectivement vu comme ça…
— Ouais… À mort le changement !
— Gardons nos vieilles habitudes !

(D‘un regard, le président demande le calme, puis il continue son discours. Il fait un geste de la main comme pour cadencer ses paroles).

— Enfin, il est un point primordial sur lequel il me faut insister si nous souhaitons parvenir à nos fins. C’est celui du progrès. Les pauvres aiment le progrès ! Ils aiment les machines, ils n’aiment pas réfléchir. Ils préfèrent ce qui leur facilite la vie, ils refusent la complexité.
Par l’innovation technique et mécanique, nous bâtirons un monde asymétrique, un monde fait de lumières et d’impulsions électriques, un monde immatériel qu’ils ne pourront jamais vraiment atteindre. Mais par l’illusion de beaux discours et de rêves communs, vous les persuaderez du contraire, de sorte que règne l’équilibre entre nous, les puissants, et le reste de notre main-d’œuvre.

(Dans un élan passionné, le président jette quelques feuillets de son discours au-dessus de sa tête. Son regard est celui d’un fou, sa voix celle d’un forcené).

— S’il est un seul précepte que vous devez conserver à l’esprit tout au long de cette belle entreprise, c’est celui-ci : pillez ce qui vous plaît et vendez le reste ! Recouvrez vos pays de villes, de plus en plus grandes, encore et encore. Et faites travailler vos peuples jusqu’à l’épuisement. Ne leur laissez jamais de répit et soyez intolérant face à leurs révoltes. L’histoire le prouve : les hommes consentiront à toutes les injustices en échange de quelques morceaux de liberté bien surveillée.
— La solitude est leur ennemie ? Détruisez-la en les faisant participer dans le grand village global et lors de vos émissions TV. Ils veulent le bonheur ? Faites-les rêver en l’impossible qu’ils n’atteindront jamais et ils vous en remercieront.
— Croyez-moi sur parole, soyez absolu dans votre justice, récompensez les plus méritants et soyez impitoyables envers les révoltés. Ils vous suivront, sans se poser de questions.

LA VOIX DU PEUPLE

(Écarlate, on sent monter la colère. Des chaînes se brisent).

— Non, mais ça ne va pas ?! Vous êtes tous devenus fous ! Et nous dans cette histoire, qu’est-ce qu’on est ?

L‘AUDITOIRE et LA VOIX DU PEUPLE

(Plusieurs voix, un brouhaha, les mots sont prononcés dans des invectives violentes, certains en viennent aux mains).

— Non ! C’est à moi !
— Chômeurs ! Ferme là ! Va-nu-pieds !
— Non ! Donne !
— Saltimbanques !
— Ça aussi c’est à moi !
— Sales poètes ! Utopistes !
— Raclures ! Casse-toi pauv’ con !
— C’est le mien ! Rends-le-moi, voleur !

LE PRÉSIDENT

(Il tape du poing sur son pupitre. Il hurle).

— Silence ! Silence ! Je vous demande de vous arrêter ! Je ne permettrai aucune insolence dans une heure si grave !

(Le silence se fait soudain, chacun retourne à sa place. La Voix du peuple est de nouveau enchaînée. Le président, d’une voix plus apaisée).

— Ne craignez pas les autres, ceux qui doutent. Ils sont une minorité. Ils finiront par accepter leur petite vie misérable en baissant les yeux, dans l’espoir inespéré de vous faire tomber un jour. Mais cela n’arrivera jamais. Car jamais vous n’hésiterez pour accélérer la course du Temps ! Année après année ils oublieront le principe d’autonomie et ce qu’était la Liberté. Ils finiront par se résigner, convaincus que leur monde a toujours été ainsi. Vous me suivez toujours ? Je sais que vous me suivez.

(L’auditoire est survolté. La salle approuve, on entend des bribes de discussions passionnées. Le président est souriant. La Voix du peuple baisse la tête).

LE PRÉSIDENT

(Le président lève les bras en l’air. De ses mains il serre de toutes ses forces une boule invisible. Il fulmine).

— Mes frères et sœurs je vous l’affirme, les clés du pouvoir sont entre nos mains ! Pour l’éternité, elles enfermeront l’esprit révolutionnaire de l’humanité et à aucun prix nous ne devrons la lui rendre ! Car nous avons le pouvoir sur le Temps et nous sommes les maîtres d’un Nouveau Monde : le nôtre !

(Le président s’adresse maintenant à la Voix du peuple).

— Quant à vous, piètres vermines, servants, malades et opprimés, tristes défenseurs du droit commun et de l’humanité… De votre plein gré ou de force, je vous assure que vous suivrez !

LA VOIX DU PEUPLE

(À cet instant elle éclate en sanglots, elle hurle, mais la voix s’étouffe dans les larmes).

— Non, mais hé ho !? Et nous on a quoi ? Il nous reste quoi bordel de merde !!!

LE PRÉSIDENT

(Fou de rage ! Le public se tait. Le président balaie du regard l’auditoire. Ses yeux fustigent la Voix du peuple qui disparaît à quatre pattes derrière le public).

— Il suffit ! Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire d’égalité ?
— Nous avons bâti ce monde à notre image, nous y avons placé nos idoles ! L’argent, la convoitise, la soif de pouvoir et la cupidité !
— Nous sommes les horlogers de notre Univers et vous un simple rouage qui fait tourner le mécanisme !

(En disant cela, le président fait de grands gestes, il crache et postillonne tout en continuant à crier).

— Vous n’êtes rien ! Vous n’existez pas ! Vous n’êtes même pas là ! Et pour cela…
— VOUS N’AUREZ RIEN !!!

(Très fier de sa trouvaille, le président retrouve tout à coup son calme. Un large sourire illumine son visage. Des larmes de joie coulent sur ses joues.)

La salle l’acclame ! On entend des « vivats » et des « hourras ! » Il descend de l’estrade. Il serre les mains de personnes dans le public, tous le congratulent chaleureusement. Pendant ce temps, la Voix du peuple est entraînée dans les coulisses, elle se débat, en vain. Le président se noie dans le public qui l’idolâtre, tandis que la lumière baisse d’intensité sur la scène. Noir complet. Rideau.


Auteur : ZeK, novembre 2015. Si vous souhaitez réutiliser ce texte, le copier, le transformer, le monter en pièce de théâtre, etc, vous êtes libre de le faire, à condition d’en mentionner la source. Merci ! Et si vous souhaitez lire les 12 autres lettres écrites par ZeK, n’hésitez pas à le contacter sur : zek44[at]riseup.net