La dimension Sociale de l’art : Tactique d’Opposition Politique !

Graffiti Artiste encagé © ZeKDe récentes études sur la condition humaine attestent d’un malaise général, qui s’accroît avec le développement des sociétés contemporaines. Face à l’aliénation des temps présents, il reste l’espoir. Et l’Art peut être source d’espérance. Ce texte n’a pas pour vocation de réécrire l’histoire de l’Art, mais de présenter une théorie au sujet de la naissance de « résistances artistiques », face aux aberrations de notre monde contemporain.

De la sombre époque de l’entre-deux-guerres où les extrémismes prirent une redoutable ascension (Bertolt Brecht), ne subsiste aujourd’hui que l’art. C’est dans notre société, aujourd’hui confrontée à de lourds problèmes économiques, politiques, éthiques, moraux ou à une alarmante montée de fondamentalisme, que l’artiste doit chercher à éveiller le public. Souvenons-nous de ces quelques mots du manifeste Dada : « l’art le plus élevé est celui qui expose dans ses manifestations les multiples problèmes de son époque. »
Car les artistes ont toujours su faire preuve de solidarité à l’égard des mouvements anarchistes et libertaires. Le développement d’une politique artistique et sociale engagée, au vaste champ d’expression, peut, s’il est utilisé à bon escient, « éveiller » les consciences d’un plus grand nombre. À travers toutes les époques, la dimension « sociale » des Arts (peinture, littérature, poésie, théâtre, cinéma) a joué un rôle important dans les leviers de la résistance. On se souvient de Freddie Baer, l’un des pionniers de cette forme de réflexion « underground », reconnu pour son œuvre en tant que designer de AK Press. Mais je repense également aux fanzines de la Free Press des années 70, au film Themroc qui, en 1973, s’attaquait à de féroces tabous, à Keith Haring, Hakim Bey ou Céline ou, plus récemment, aux nombreux graffeurs anonymes qui bombent les murs des villes de leurs libres messages. Dans le cinéma, Metropolis ou Alphaville dénonçaient déjà un monde déshumanisé par les prouesses techniques.

L’histoire des Arts nous rapporte de nombreux évènements lors desquels des artistes avant-gardistes se sont impliqués dans des politiques radicales. Dès 1923 par exemple, des surréalistes parvinrent à faire acquitter la militante Germaine Berton, accusée d’homicide envers un membre de l’action française. Citons aussi Robert Desnos, associé des milieux anarchistes individualistes de Victor Serge, Rirette Maitre-Jean ou le poète Benjamin Péret qui contribua au journal parisien Le Libertaire. Louis Aragon fut également un révolutionnaire actif, co-auteur du célèbre manifeste surréaliste Ouvrez les prisons. Licenciez l’armée. André Breton, Paul Eluard ou Pierre Unik militeront également sur le champ de l’action sociale.

Même si, trop souvent, les poètes ne sont que des poètes sans être des révolutionnaires, il est entendu qu’ils se fixent parfois sur les mouvements des masses par une spectaculaire subversion. Lors de l’édition du premier numéro du groupe Malik, dans l’Allemagne des années 1930, la couverture du magazine se moquait ouvertement des personnalités du gouvernement. Après qu’ils eurent goûté à la chaussure à crampons et aux crosses des fusils de la justice sociale-démocrate, le groupe continua de publier de nombreux autres travaux dépeignant les crimes de l’État.

Pour transformer l’Art en une arme de persuasion massive, une arme révolutionnaire, il convient d’abord d’abolir, de dissoudre, de détruire le paradigme marchand de l’Art actuel. L’Art, pour devenir une force utopique, doit se libérer de son caractère élitiste en le rendant accessible aux masses. Car notre société, cherchant par tous les moyens à pousser l’opinion à apprécier ses « concepts », capitalise sur le sens du « beau », ne favorisant qu’une seule forme d’art plastique. En résulte un amalgame où devient illisible tout engagement critique.

Les Nantais repenseront au Voyage à Nantes, lequel, censé éveiller la curiosité du public, vantait surtout les mérites de quelques illustres plasticiens hyperboliques, adoptés par le Frac (Fonds Régional d’Art Contemporain). C’est alors qu’en marge de ces officielles manifestations, des actions de collectifs artistiques engagés naquirent, comme celles du Virage à Nantes. Ces derniers proposèrent de nouvelles lignes, invitant les visiteurs à découvrir la ville loin des sentiers balisés et du marketing tapageur dont le territoire fut l’objet, allant jusqu’à peindre des œufs sur les toits des immeubles, jetant le doute parmi la population sur l’origine de ces curiosités urbaines !

Le caractère positif de ces cellules artistiques désireuses d’œuvrer dans des coalitions de militants ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais il s’avère encore davantage positif lorsque des artistes distribuent leurs compétences plus largement, en se joignant à des cellules d’activistes sur le terrain. En ces périodes de crise et de questionnements, l’engagement social devrait toujours être un thème caractéristique des mouvements artistiques, afin d’enrichir et de révolutionner la vie quotidienne. Ainsi, en trouvant les lignes de force des réformes sociales et culturelles, en parvenant à faire concorder leurs principes idéalistes ou révolutionnaires, les artistes et les collectifs autonomes donneront forcément naissance à des œuvres ou à des pensées libres et autonomes.