Comment vivre entre Vérité et laïcité ?

Paris, in Lettres Dévoilées (2015)La République laïque et « ses » croyances ?

Deux grands thèmes agitent les débats dans le monde occidental actuellement : la religion, d’un côté et la laïcité, de l’autre. La question de l’État face aux divergences religieuses, est une énigme que nous n’aurons certainement pas résolue avant la fin de ce siècle et voire même dans les autres, même si chacun détient certainement dans son esprit un début de réponse.

Les débats soulèvent un certain nombre de questions. Si des réponses claires ne peuvent être apportées, le questionnement et les discussions auront le mérite de ne pas fermer les yeux sur une guerre invisible, non pas sans victimes, qui ronge la quiétude illusoire de la Nation.

Essayons de comprendre pourquoi les fondements laïcs et religieux sont désormais secoués. Il n’est certainement pas aisé de dissocier de manière tangible ces deux thématiques, qui, dans le passé, ne faisaient qu’un seul et même bloc et, par conséquent, faisaient partie des fondements de plusieurs nations. Pour exemple, n’en déplaise à certains (même en France), en n’acceptant pas le mariage homosexuel ou l’adultère (qui était un motif de divorce), l’État se conformait subtilement à la doctrine religieuse.

De manière plus évidente, dans les pays orientaux, la Loi et les croyances islamiques vont de pair et il en a été de même en occident, en Afrique et en Amérique, pendant des siècles.
Pour preuve, aux États-Unis d’Amérique, la Bible reste un pilier de serment dans les tribunaux et dans toute manifestation officielle.

En France, la loi de 1905 a institué la séparation de l’Église et de l’État. Il s’agissait alors d’un compromis, qui se révèle aujourd’hui bancal : l’État ne s’immisce pas dans les affaires religieuses et, de même, l’Église n’intervient pas dans les décisions de l’État.

Ce « bon » arrangement avait fonctionné pendant des décennies, car la croyance catholique restait dans la conscience de chacun, et même de l’État, comme la confession « de référence » en France. C’est uniquement pour cette raison et parce que jusque-là les lois allaient dans le sens de l’Église catholique que cette séparation ne posait aucune difficulté, à un peuple qui se pensait catholique, même s’il était non pratiquant.

Aujourd’hui, les fondements sont ébranlés pour deux raisons : les non pratiquants veulent faire reconnaître leur liberté (mariage pour tous, IVG, etc.), mais aussi, parce que la France doit faire cohabiter les multi confessions qui sont désormais les siennes, grâce notamment aux migrations des peuples.

C’est cette cohabitation qui vient soulever le voile illusoire d’un pays qui se croyait laïc.

Comment vivre son intégration entre vérités religieuses et laïcité ?

Les grands principes religieux ne sont pas incompatibles avec les lois de la nation ou plutôt ne l’étaient pas, tant que les lois s’y conformaient. En effet, les textes de Loi, qui ont tous pour vocation d’instaurer des règles de base pour la bonne marche de la Société, tel que « tu ne tueras point », « tu ne commettras point d’adultère » sont fondés sur un socle religieux, plus précisément sur les 10 commandements. Au-delà de la puissance spirituelle dont ils émanent, les écrits bibliques ont été rédigés pour réunir les esprits sur des bases communes. Pour les chrétiens par exemple, la Bible appelle le croyant à respecter les autorités terrestres, c’est-à-dire le Gouvernement, mais aussi à respecter les lois instituées (« Romains 13V1 »).

Cependant, le croyant fervent pourrait avoir le sentiment d’être poussé à la faute par les lois actuellement adoptées. Mais il n’en est rien. Tant que rien n’est imposé, le croyant devrait pouvoir faire ses choix en fonction de sa conviction et de ses directives théologiques, sans avoir l’impression de se trahir. En réalité, ce qui pose problème à l’Humain, c’est d’être jugé au regard ou discriminé en fonction de la manifestation de sa croyance ou de ses choix. En témoigne le célèbre verset 256 de la deuxième sourate du Coran, lequel suscite bien des controverses, puisqu’Il [Allah] recommande de ne point contraindre les croyants dans le seul but d’évaluer leur foi.

Mais l’on oublie ce qu’est notre Monde : la richesse de plusieurs milliers d’espèces, animales et végétales, qui se rencontrent et cohabitent au sein d’une même identité. Pour les chrétiens, Jésus lui-même le dit dans la Bible. Il ne prie pas pour enlever les hommes du Monde, mais parce qu’ils font partie du Monde, pour les préserver (Jean 17V15). Cette prière de Jésus laisse penser que le fervent croyant devrait trouver le moyen de vivre sans se corrompre de quelque façon que ce soit.

Dans la mesure où (pour le moment) la Loi n’exige aucune pratique amorale vis-à-vis des Religions. Par là il est entendu que si votre principe religieux vous interdit de faire un prêt à intérêts, aucune loi ne vous forcera à faire un prêt auprès d’une banque. De même, si vos fonctions d’élu politique ne sont pas compatibles avec la manifestation de votre foi (célébration d’un mariage homosexuel par exemple), vous avez le choix de renoncer à vos fonctions politiques, afin d’honorer votre certitude (sic).
Vivre ses croyances au sein dans un pays laïc revient à faire des choix en accord avec sa foi, quitte à être marginalisé.

S’agissant de la discrimination ou désocialisation, la Bible déclare que la foi serait difficilement supportable vers la « fin des temps ». Donc, être marginalisé, du moins pour un Chrétien, ne devrait pas être une surprise, mais l’accomplissement de la prophétie, n’est-ce pas ? Fort heureusement dans le meilleur des mondes, au nom de la Liberté, la Loi veillera toujours à ce que les choix de chacun soient respectés, sans que cela lui porte préjudice ou empiète sur les autres. Hum…

Par ailleurs, l’intégration dans la culture française doit se faire de différentes manières, sans pour autant renier ses valeurs. Elle passerait par l’apprentissage de la langue, de la gastronomie, de la pratique d’un loisir, par la célébration des coutumes et traditions ou encore par la part prise dans les manifestations politiques, etc. Enfin, la laïcité et la Liberté garderaient l’État à l’écart de la vie privée et religieuse des citoyens. Il est entendu par là que la croyance puisse entièrement se manifester dans une sphère privée ou dans un lieu de culte, de manière libre. De plus, la liberté attachée à chaque individu lui permettrait de pouvoir s’habiller à sa convenance, de penser par lui-même, de décider ou pas de s’intéresser à une doctrine ou de nourrir son esprit, selon son gré.

La République laïque qui divise par ses contradictions ?

La France peut-elle revendiquer une impartialité ferme quand un clocher a pris fièrement racine dans chaque village ? De même, dans ce cas, sommes-nous prêts, à entendre le Minaret retentir dans nos contrées, au nom de cette neutralité ? Elle peut en effet être vue dans les deux sens : disposer des mêmes lieux de culte dans toutes les villes ou tout démolir…

Peut-elle être laïque, sans renier son passé ou être en contradiction, quand des églises sont classées trophées de la République, telle que le Sacré-Cœur ? Arrive-t-on à différencier le monument culturel, de l’édifice cultuel ?

N’y a-t-il pas là une hypocrisie qui revient à rattacher systématiquement la France à une « forme » de théologie en particulier, où le catholicisme et ses traditions prévalent sur les autres ?

De même, l’église, de son côté, s’est-elle véritablement retirée de la vie politique, quand le chef de l’Église Catholique cherche constamment à attirer l’attention des différents pays sur les doctrines catholiques ?

Et, enfin, comment les « laïcs » interprètent-ils les visites de leurs représentants politiques au Vatican, devant le Mur des Lamentations, dans le bureau du Grand rabin ou du Grand imam de France ? Serait-ce sentiment de contradiction qui crée aujourd’hui un malaise et qui divise notre belle nation multiculturelle ?

Il reste à penser que l’insupportable pour le croyant et, d’ailleurs pour le non-croyant — lesquels pensent tous deux détenir la Vérité — est de voir ses propres exigences piétinées par l’un ou par l’autre. Or, dans le cas d’un pays laïc qui respecte les doctrines religieuses de tous, ce que l’on juge vrai ne peut l’être que dans l’intimité d’une prière.

De ce fait, si désaccord ou formatage d’esprit il y a, cela ne vient nullement de la Religion, mais des Hommes, qui ont une fâcheuse tendance à imposer un mode de pensée unique, oubliant que l’équilibre du Monde repose, littéralement, sur des valeurs de partage, de dignité et de respect.

Bibliothèque vigilante :

> Religion. Le retour ? Entre violence, marché et politique (Revue du M.A.U.S.S, 2017).