Co-Errance

Pourquoi toute cette violence ? Pourquoi toute cette haine ? Tout cela n’a aucun sens. Évidemment… tout cela n’a aucun sens.

L’individu n’est pas compatible avec cette idée de société, parce que l’homme n’est pas un être rationnel et encore moins lorsqu’il fait partie d’un groupe. Est-ce que les civilisations humaines ont vraiment évoluées depuis ces 5 000 dernières années ? Pour être soi, entier, l’humain a conçu des empires paradoxalement invivables ; où l’on incite chacun à vivre ses pulsions primaires, tout en se conformant aux principes et aux lois de la société, dans le but de préserver « l’Ordre Social » et de ne pas nuire à son prochain. Des désirs saupoudrés d’un peu de raison. Pas grand-chose de plus. Quelques besoins fondamentaux, qu’il souhaite assouvir sans entraves. Paradoxe que nul ne sait résoudre.

Question(s) : notre monde peut-il vraiment fonctionner avec les humains ? Est-ce que chaque tentative n’est pas destinée à engendrer une société inégalitaire et violente ? Une grande part de l’humanité a fait le choix de s’enfermer dans un monde de désirs égoïstes, parce que nous sommes incapables de penser en tant qu’espèce. C’est pourquoi les écarts de richesses se creusent inexorablement et que la violence de l’État devient légitime. Au final, les personnes qui n’agissent qu’en fonction de leurs besoins ou de leurs pulsions sans se soucier des autres sont sans doute inadaptés à un modèle de société égalitaire, mais elles sont conformes à leur nature. Peut-être avons-nous simplement mis les humains sur un piédestal un peu trop haut ?

Sommes-nous donc réellement plus avancés que les civilisations passées et disparues ? Nous avons tout fait pour abandonner notre condition animale, sans jamais la dépasser… Nous sommes des individus isolés, maintenu ensemble selon un système hiérarchisé et inégalitaire. Il y a encore des guerres, des gens meurent de faim, des pauvres vivent dans les rues. Ce modèle est-il vraiment appelé à changer au cours des prochains siècles ou n’a-t-il pas plutôt fini de prouver son inefficacité ?

Le grand coupable, c’est l’ego. L’ego et l’impossibilité de penser en dehors de soi-même, l’incapacité d’agir en tant qu’espèce. Des individualités qui passent leur vie à essayer de se trouver et de se réaliser, à chaque instant, chaque mot proféré, chaque lettre écrite étant l’affirmation de leur volonté d’exister ; vivant par rapport aux autres, désirant par rapport aux autres, s’accomplissant par rapport aux autres. Qu’est vraiment l’individu dans tout ça ? Ce que les gens se vantent d’appeler leur « personnalité » est en réalité bien peu de choses…

Le vivre-ensemble ne peut fonctionner que par l’effort collectif. En œuvrant les uns avec les autres, en s’aidant les uns avec les autres. Une intelligence globale au service du groupe. La sagesse et l’intelligence ne peuvent être que collectives.

D-Génération

Nous souffrons secrètement de la beauté de notre espèce qui se détruit et de cette planète que l’on brûle. Mais que l’on répare, sans cesse. Le monde se reconstruit, doucement, inexorablement. La question qu’il faut se poser n’est pas : « quelle trace, quelle empreinte (carbone) allons-nous laisser ? » mais plutôt « quel est l’ensemble des réponses possibles à nos actions ? » Ce monde numérique cherche-t-il à nous lyophiliser dans le désert de nos technococons ? Sans doute. Et c’est pourquoi il est évident de se souvenir que nous sommes avant tout des corps ouverts et cabossés abritant des cœurs fluides, dont la lumière incandescente est tissée de liens sensoriels, affectifs ; une dynamique subjective qui fait de nous des vivants. Capable de transcender ce qui nous traverse plutôt que le subir.

Il faut croire au lien qui nous unit, le partager, le relayer, le faire vivre et l’estimer possible. C’est le premier pas vers un monde socialement fécond. Dans cette ère glaciale de bits et d’octets qui nous envahit et nous transforme, nous, Homo numericus, devrions nous souvenir d’une vérité essentielle :

« Nous appartenons à l’extérieur. Libérons-nous ! »