[Chili] – El Baile De Los Que Sobran

Pour l’État, il n’y a qu’une loi unique et inviolable : la survie de l’État.
— Karl Marx.

Ce qui se passe actuellement en Amérique latine n’est pas sans précédent. Dans les années 1960 et 1970, les Latino-Américains ont été les protagonistes de révoltes et de manifestations contre les modèles économiques qui maintenaient la population dans une situation de pauvreté et d’inégalités.

Depuis le grand soulèvement du 18 octobre, l’État a montré son vrai visage, le terrorisme, qui est toujours en dessous de sa légalité supposée et de sa légitimité démocratique.

La domination capitaliste utilise des formes démocratiques pour imposer sa dictature sociale et l’étendre à tout le corps social en tant que système productif de marchandises. Cela n’est pas du tout incompatible avec le recours à des formes ouvertes de terrorisme d’État : en 1973 et 2019, dans la dictature ou la « démocratie », l’État reste un terroriste, et la continuité de ses moyens de prévention et de contrôle de la révolte le prouvent : enlèvements, torture, viol, agression et emprisonnement collectif.

L’État est terroriste par définition, et le seul moyen d’écraser le terrorisme d’État est de mettre fin à l’État lui-même ! Nous ne devons pas laisser seuls nos compatriotes qui sont enfermés indéfiniment dans les oubliettes de la dictature démocratique du capitalisme ! Nos mouvements beaux et multiformes régleront tous les comptes avec le passé et ne laisseront plus jamais personne seul ! Sans perdre un millimètre de ce que nous avons conquis jusqu’à présent ! Vive le retour de la révolution sociale !

Nous relayons ici un communiqué de nos camarades de lutte du Chili, diffusé par Proletarixs en revuelta le 25 octobre 2019 lors de la manifestation sauvage de Santiago du Chili qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues de la capitale.

vivir sin capitalismo es possible

La révolution est possible.
Vivre sans capitalisme est possible !
Prenons tout !

Ils voulaient nous faire craindre la révolte et ils ont inventé, sans preuves, de façon éhontée, des incendies et des pillages d’hôpitaux par des prolétaires.

Ils voulaient écraser le mouvement de toutes les manières : d’abord, avec le terrorisme d’État, en envoyant l’armée et en déclarant le couvre-feu ; ensuite, avec le terrorisme de propagande, en nous attaquant et en nous diffamant. D’abord en nous qualifiant de pillards à l’affût, puis en nous séparant en bons et mauvais manifestants.

Ils nous incitent à défendre leur « paix », nous infestant de leur paranoïa médiatique, parce que leur paix et leur sécurité sont la seule et simple sécurité de leurs entreprises qui nous exploitent. Ils veulent nous faire croire que la révolte nous nuit alors qu’elle n’a fait que nuire aux entreprises des grands capitalistes.

Ils parlent et font la guerre, mais cette guerre est contre les pauvres.

Pourtant, les cacerolazos (concerts de casseroles), les barricades et les fêtes de la révolte s’imposent à leur mensonge et au terrorisme d’État le plus brutal. La solidarité dans la rue, le pillage communautaire et notre communauté de lutte, qui s’est emparée des rues et a réussi à faire face au couvre-feu et à l’état d’urgence, montrent comment cela dépasse tout pronostic et toute mesure et n’exprime qu’une classe qui n’accepte plus son rôle d’esclavage salarié, réalise sa propre force et est prête à en assumer les conséquences finales.

Nous nous sommes reconnus dans la rue et nous savons que demain tout est possible.

Nous exigeons :

  • Que la milice ne soit plus dans la rue : nous n’endurerons plus de couvre-feu.
  • La clarification de tous les meurtres commis par des militaires et des policiers.
  • La Libération de tous les prisonniers de la révolte

Nous avons appelé à :

  • Poursuivre la lutte par tous les types de mobilisation et d’activités.
  • Étendre et coordonner les assemblées territoriales en tant que centres d’information et d’approvisionnement.
  • L’occupation généralisée des établissements d’enseignement et des instituts publics en tant qu’espaces d’extension de la lutte.
  • Préserver avant tout l’autonomie de classe par rapport à tout parti, à toute bourgeoisie ou institution étatique : le pire ennemi est celui qui prétend être de notre côté.

La revolución es posible.
Vivir sin capitalismo es posible ¡
A tomarnos todo ¡


Vamos hacia la vida !

À l’heure où la liberté est en crise, il est nécessaire que nous sauvions tous les documents que nous avons. La censure fasciste ne sera pas en mesure de traiter avec nous. Accéder à la base de données de la répression policière au Chili : https://archive.org/details/represionchile/


Notes :

Le titre de l’article fait référence à « El baile de los que sobran » (La danse des laissés-pour-compte) de Los Prisioneros, groupe populaire chilien des années 1980 qui a articulé toute sa production musicale autour de la protestation, de la dénonciation du terrorisme d’État et de la critique sociale. La chanson est aussi devenue un des hymnes des manifestations chiliennes de 2019. Elle fut d’ailleurs écrite dans les mêmes conditions qu’elle est chantée aujourd’hui : pendant un couvre-feu et sous les balles tirées par la police.