Nantes écœure… toujours plus

#NantesacoeurAfin d’inviter les badauds alanguis de la grande nécropole à « redécouvrir le centre-ville après les débordements des récentes manifestations » (sic), la Ville de Nantes et la CCI organisaient ce 18 juin « Nantes à cœur », une journée de festivités en l’honneur des commerçants et des banquiers qui pâtissent de ces échauffourées. En somme, une après-midi placée sous le signe du commerce et du divertissement.

Alors, en bons artistes, voyous, zadistes, casseurs à corps et à cœur que nous sommes , nous avons décidé de rectifier certaines choses ! Non mais…

 

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(Merci C. pour le c.r et les photos.)

L’Art involontaire du nettoyage urbain

Stade suprematiste nettoyageLa fin des années 60 a vu émerger un nouveau type de graffiti, à la bombe de peinture. Cet usage détourné d’aérosols voués aux carrosseries automobiles a révolutionné les écritures murales à partir du printemps 68 et permis l’essor des tags et autres maxi-calligraphies tout au long des seventies jusqu’à aujourd’hui. À moins que l’inventivité n’ait entre-temps changé de bord. Car c’est désormais la lutte anti-graffiti qui, au nom de la salubrité publique et de la civilité urbaine, bénéficie d’une inventivité technologique sans temps mort ni entraves.

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La grande Banderolerie, une journée d’actions collectives et ludiques

Aéroport NON by ValK

Samedi 26 mars 2016, en marge de la grande Braderie et de son esprit un peu trop mercantile, la Ville de Nantes « accueillait » la Grande Banderolerie, un évènement ludique et créatif placé sous le signe de l’humour et de nos luttes partagées.

Journées d’actions décentralisées : la Grande Bandrôlerie de Nantes

Activistes (pas forcément zadistes), militants de tous âges ou simples Nantais curieux — il y avait même des enfants — s’étaient donc donné rendez-vous pour crapahuter dans les rues de Nantes et parer cette antique demoiselle de bien jolis atours : des banderoles peintes et décorées, des panneaux, des slogans pour rappeler le « NON » catégorique et inébranlable qui anime les opposants à l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Car ce samedi 26 mars 2016 préfigurait aussi la fin des recours, date fatidique pour ces 11 familles et ces 4 agriculteurs résidant dans le bocage, sur la ZAD (Zone d’Autonomie à Défendre) de Notre-Dame-des-Landes et menacés d’expulsion, ainsi que veaux, vaches et cochons…

L’erreur est urbaine

Pour nos politiques actuels, tous les moyens sont bons pour transformer notre petite cité de caractère en une grande nécropole pleine de poussière. Car Nantes est une grande métropole. Et cette grande métropole a vocation de s’agrandir encore et encore. Le CNCA rappelait en 2013 que « pour obtenir cette « identité culturelle européenne » si chère à ses dirigeants, la ville n’a pas d’autres solutions que de faire du commerce son principe et sa substance. » Certains médias nantais, virulents adeptes du Greenwashing nous le rappelle d’ailleurs régulièrement.

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Ce scandale inhumain, qui consiste en la marchandisation perpétuelle de nos vies, l’individualisation de notre société et la destruction de notre bien le plus précieux : la Nature, se doit d’être combattu avec force. Hier, veille du Dimanche de Pâques, c’est par petits groupes, avec humour et intrépidité que nous avons exprimé nos convictions et recouvert les murs de la cité des Ducs. L’évènement, très peu relayé dans la presse locale a tout de même permis de fédérer une cinquantaine de participants qui ont sillonné le centre-ville de Nantes avec de jolies banderoles multicolores.
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La dimension Sociale de l’art : Tactique d’Opposition Politique !

Graffiti Artiste encagé © ZeKDe récentes études sur la condition humaine attestent d’un malaise général, qui s’accroît avec le développement des sociétés contemporaines. Face à l’aliénation des temps présents, il reste l’espoir. Et l’Art peut être source d’espérance. Ce texte n’a pas pour vocation de réécrire l’histoire de l’Art, mais de présenter une théorie au sujet de la naissance de « résistances artistiques », face aux aberrations de notre monde contemporain.

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La subversion subventionnée

graffiti carrière misery à Nantes
Graffiti, carrière Miséry à Nantes (ZEKA, 2013).

Lorsque je me promène dans les rues de ma ville, j’aime apprécier les graffitis sauvages qui naissent sous les « bombes » de graffeurs solitaires. Mon propos n’est pas ici esthétique, je ne suis pas là pour déterminer si le tag est beau ou non. Il y a des critiques d’Art pour ça. À ceux qui pensent que ce n’en est pas, rappelons que ce qui se fait appeler « Art » aujourd’hui n’a peut-être pas de leçons à donner en la matière.

Des villes et des quartiers populaires où il est né, le tag envahit l’espace urbain, pour se réapproprier la ville, cette métropole qui nous entasse, nous surveille et nous contrôle. Elle est le meilleur lieu d’expérimentation, de création artistique et le tag est un art vivant, pigmenté et turbulent qui bouscule les paysages de béton et d’acier. Nantes est la ville qui m’a vu naître et ce sont encore ses rues que je parcours cette nuit, stencils en main à la recherche d’un beau mur immaculé pour y apposer ma griffe. Selon ses propres mots, Nantes se veut « une ville emblématique du graffiti et plus globalement de la culture street art ». Pourtant, en ce qui concerne le graffiti, elle préfère de loin la création encadrée plutôt que les graffeurs indomptés.

La Grande BanderolerieIncontestablement, les tags subversifs, politiques ou contestataires n’ont pas bonne presse à Nantes. La ville y consacre d’ailleurs un budget annuel de 1,2 millions d’euros pour les effacer ! Pourtant, c’est là l’esprit même du graffiti : peindre ses rêves, ses utopies, ses réflexions sur la société, exprimer ses idées même si elles ne plaisent pas à tout le monde, sur un support destiné à autre chose, dans l’espace public et pour un maximum de personnes.

D’un côté, la communication tapageuse dont la municipalité est friande nous vante un « Art » ludique, festif et culturel où sont représentés quelques artistes street-art talentueux et passionnés, à condition que les fondamentaux du mouvement street-art soient impérativement oubliés au profit d’une création moins impopulaire et surtout non politique. Les « murs légaux » fleurissent, sur lesquels on encense quelques artistes. Mais si la Mairie accepte que les citoyens expriment sur des murs ce qu’ils éprouvent, ces derniers devront impérativement montrer patte blanche, en commençant par faire une demande d’autorisation à Pick-up Productions, la société qui gère ces espaces « libres ».

Chaque artiste est donc enregistré et doit signer une charte où sont rappelées les lois réprimant la pratique illégale du graffiti. On y précise aussi que les graffeurs doivent « bannir les propos ou signe injurieux, partisans, religieux, racistes ou incitant à la haine ». La municipalité se réservant l’interprétation du mot « partisan ». Pour les graffeurs qui souhaitent pouvoir exercer sans contraintes ou exprimer leurs idées sans passer par l’approbation des instances politiques locales, la pratique est considérée comme illégale et la répression sévère. Les peines encourues vont des travaux d’intérêt généraux jusqu’à 3750 euros d’amende.

Où sont les gens du voyage à NantesPar exemple lorsque le mur — légal — de Vincent Gâche avait affiché « où sont les gens du Voyage à Nantes ? » Le jeu de mots fut effacé 48h plus tard par la métropole Nantaise, ludique et festive, qui avait alors estimé que « le message ne correspond en rien à la démarche artistique pour laquelle ce mur était réservé ».1

Ainsi, plutôt que de demeurer une valeur de partage, d’échange, l’Art est-il devenu une démarche marchande ? Une démarche entièrement contrôlée et orientée, dont l’unique objectif est d’obtenir une société où les gens sont réduits à l’état de simples consommateurs ? Une société « attractive », pour les entreprises et les badauds, où tout est encadré, orienté et aligné, à la façon de l’itinéraire balisé qui jalonne chaque été notre belle cité…

Sources & références


  1. Lire l’article de Kalzadud à ce propos : Collectif Nantais Rom Europe []