Nihilisme de genre : un anti-manifeste

Respect my existence or expect resistance

Les critiques d’Alyson Escalante  1 quant à la dépendance de la communauté trans à l’essentialisme de genre, suivies d’une proposition de négation radicale comme solution à l’aliénation et aux oppressions sexistes.

Nous sommes dans une impasse

Les politiques actuelles de translibération ont adhéré à une notion d’identité rédemptrice. Que ce soit à travers un diagnostic par un médecin et un psychologue ou par une affirmation personnelle sous la forme d’une déclaration sociale, nous avons commencé à croire qu’il y a une vérité intérieure sur le genre que nous devons découvrir.

Une gamme infinie de projets politiques existants a tracé le chemin que nous empruntons actuellement ; un nombre infini de pronoms, étiquettes et drapeaux lors de la Pride Parade. Le mouvement trans actuel cherche à élargir les catégories de genre dans l’espoir d’atténuer les dommages que ses politiques créent. Cette position est naïve.

Judith Butler  2 se réfère au genre comme étant « l’appareil par lequel sont produits et normalisés les ensembles masculin et féminin, avec les formes interpolées des formes hormonales, chromosomiques, psychiques et performatives. »  3 Si les politiques libérales actuelles de nos camarades, frères et sœurs trans sont enracinées dans des tentatives d’élargissement de la dimension sociale que crée cet appareil, notre travail exige que cela soit ramené à ses fondations.

Nous sommes des radicales et des radicaux fatigué·es d’essayer de sauver nos idées. Nous ne pensons pas que cela nous aidera. Nous voyons la transmisogynie  4 à laquelle nous sommes confrontés au quotidien, nous voyons la violence sexiste à laquelle sont confrontés nos camarades – à la fois trans et cis – et nous nous rendons compte que le système lui-même rend cette violence inévitable. Nous en avons assez.

Nous ne cherchons pas à créer un meilleur système, car nous ne sommes pas du tout intéressés par les politiques existantes. Nous ne demandons plus qu’une attaque implacable contre le genre et les modes de production sociale du sens et de l’intelligibilité qu’il crée.

Au cœur du nihilisme de genre se trouvent plusieurs principes que nous explorerons en détail ici : l’antihumanisme comme fondement et base, l’abolition du genre comme exigence et la négativité radicale comme méthode.

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  1. Alyson Escalante, Department of Philosophy, University of Oregon.
  2. Judith Butler, Défaire le genre. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Maxime Cervulle. Paris, Amsterdam, 2006, 311 p., bibl., index. https://doi.org/10.4000/lhomme.20562
  3. Judith Butler, Défaire le genre, Routledge, 2004, p. 42.
  4. Voir à ce sujet Les Guérillères, Lexique féministe matérialiste ou La Réalité de la transmysoginie

Quelques mots de l’Autre histoire… Celle qui jamais ne fut dite

Charles Sillem Lidderdale - The fern gatherer 1877En mobilisant toutes les ressources de l’imaginaire et à rebours d’un storytelling dominant qui glorifie le Héros, l’écrivaine féministe Ursula K. Le Guin explore, dans cette traduction inédite d’un texte de 1986, d’autres possibles narratifs pour cueilleur·se·s d’histoires et d’avoine sauvage.

Dans les régions tempérées et tropicales où les hominidés sont devenus des êtres humains, l’alimentation de ces espèces était principalement d’origine végétale. Au Paléolithique, au Néolithique et à l’époque préhistorique, entre 65 et 80 % de ce que mangeaient les êtres humains dans ces régions était cueilli ; la viande ne constituait l’alimentation de base que dans l’extrême Arctique. Les chasseurs de mammouth occupent certes de façon spectaculaire les grottes et les esprits, mais ce que nous devions réellement faire pour rester gras et vivant, c’était cueillir des graines, des racines, des bourgeons, des jeunes pousses, des feuilles, des noix, des baies, des fruits, et des céréales, auxquels s’ajoutaient la collecte d’insectes et de mollusques, ainsi que le piégeage d’oiseaux, de poissons, de rongeurs, de lapins et autre menu fretin sans défense afin d’augmenter les apports de protéines. Et nous n’avions même pas besoin d’y travailler dur – beaucoup moins durement en tout cas que des paysans asservis dans le champ d’un autre depuis l’invention de l’agriculture, beaucoup moins que des travailleurs salariés depuis l’invention de la civilisation. Un humain préhistorique moyen pouvait vivre bien en travaillant environ quinze heures par semaine.

Quinze heures par semaine consacrées à la subsistance, cela laisse beaucoup de temps pour d’autres choses. Tellement de temps, qu’il est possible que quelques agités, qui n’avaient pas un enfant dans les parages pour rendre leurs vies plus vivantes, ou pas de talent pour fabriquer, cuisiner ou chanter, ou rien de très intéressant à quoi penser, ceux-là ont pu décider un jour de filer chasser des mammouths. Dès lors, les chasseurs habiles pouvaient rentrer en titubant sous un fardeau de viande, les bras pleins d’ivoire, et avec une histoire. Mais ce n’est pas la viande qui faisait la différence. C’était l’histoire.
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[COVID-19] 9 Lignes directrices pour une politique féministe

Key Focus Areas for a Feminist Policy

Il est essentiel que les gouvernements utilisent une approche fondée sur les droits humains pour garantir que chaque femme a accès aux informations, aux systèmes de soutien et aux ressources nécessaires pendant la crise actuelle.

Nous avons reconnu neuf domaines prioritaires à considérer dans le contexte de la crise COVID-19. Ils sont énumérés ci-dessous avec une brève description des défis potentiels et des recommandations qui prennent en compte les expériences vécues des personnes en position vulnérable — en particulier les femmes et les filles qui subissent un impact disproportionné en raison de leur sexe, de leur genre et de leur orientation sexuelle — et orientent les décideurs politiques vers des solutions qui n’exarcerberont pas leurs vulnérabilités ou amplifieront les inégalités existantes et qui garantiront leurs droits fondamentaux.

Ces lignes directrices ne remplacent pas l’engagement des femmes et des filles et d’autres communautés marginalisées dans la prise de décisions, mais justifient la consultation et la diversité des dirigeant·e·s.

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“La Cafète”, ou le besoin de la compagnie de nos égales

couverture EDB 92 NantesIl était une fois, une histoire de femmes évoluant dans un monde d’hommes qui prennent leur envolée. Ces femmes-là agissent, elles font des choses ensemble, elles sont solidaires entre elles. Elles avancent, pas à pas, vers un monde où elles seront reconnues à leur juste valeur.

La Cafète est un lieu conçu par et pour les femmes des quartiers populaires Nantais. Situé 5 rue du Drac, à deux pas de la Place des Lauriers, c’est un espace de vie et de lutte féministe, en lien avec le collectif la Cité Côté Femmes, qui joue un rôle d’observatoire et regroupe plusieurs associations (les centres Accoord de Bellevue et des Bourderies, la Confédération syndicale des familles, Émulsion, Femmes solidaires, Arlène, Océan, Style Alpaga…) dont la finalité est de répondre aux difficultés vécues par les femmes des quartiers de Bellevue et des Bourderies.
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BAGELSTEIN : n’allez pas chez eux, leurs idées sont à vomir !

L’humour de Bagelstein n’est ni drôle, ni acceptable !

Publicité BagelsteinSous couvert de « blagues », l’enseigne véhicule des idées sexistes insultantes pour les femmes (et les hommes) et encourage les pires comportements : l’envers d’une blague de Bagelstein sur la disponibilité des femmes… c’est le harcèlement sexuel, dans la rue, au travail, à chaque instant de nos vies ! L’envers d’une blague de Bagelstein sur la versatilité des femmes « qui-ne-savent-pas-ce-qu’elles-veulent »… c’est le viol ! L’envers d’une blague de Bagelstein sur le déshonneur d’être trompé… c’est la surveillance maladive d’une femme par son conjoint, et parfois même le meurtre ! Nous affichons notre dégoût face à ce marketing sordide. Au regard de ce qui se cache derrière l’humour pourri de cette enseigne…

BOYCOTTONS BAGELSTEIN !

https://nantes.indymedia.org/articles/34882