Monologue du Virus

Coronavirus Carnivorous

Faites taire, chers humains, tous vos ridicules appels à la guerre. Baissez les regards de vengeance que vous portez sur moi. Éteignez le halo de terreur dont vous entourez mon nom. Nous autres, virus, depuis le fond bactériel du monde, sommes le véritable continuum de la vie sur Terre. Sans nous, vous n’auriez jamais vu le jour, non plus que la première cellule.

« Je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence. »

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Discours des Puissants au reste du Monde

Discours des Puissants au reste du monde

Intermède Théât… râle

Ce texte est initialement paru — sous une forme un peu différente — dans un recueil de 13 lettres imaginaires, écrites en novembre 2015, suite aux attentats qui ont endeuillés la France à cette époque. Cynique, cruelle et sans espoir, cette tragédie en un acte puise en partie son inspiration du théâtre de l’absurde de Louis Calaferte et du « Discours à la Nation » du dramaturge militant italien Ascanio Celestini.

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« Le Maître & Marguerite », ou comment nos sociétés diaboliques tentent de nous empêcher de nous mettre en mouvement ?

Le Maître et Marguerite

Hier soir était un soir particulier. Nous avions rendez-vous au théâtre où l’on jouait Le Maître et Marguerite, une œuvre dissidente de Mikhaïl Boulgakov. Manuscrit commencé en 1928, brûlé, censuré, laissé inachevé jusqu’en 1940 à la mort de son auteur puis publié pour la première fois en 1973 : Le Maître et Marguerite est un véritable manifeste pour la liberté de penser, écrit en pleine dictature Stalinienne. À la fois conte fantastique, satire politique et histoire d’amour, ce chef-d’œuvre de la littérature russe du XXe siècle entrelace trois questions.

Premièrement, un appel à la dissidence, à l’excentricité, où l’on découvre le Diable, débarqué dans le Moscou des années 1930 sous le nom de Woland, personnage hypocrite et rusé, mais qui peut être aussi noble et généreux. Le nom Woland n’est pas russe. C’est une variante du nom du démon dans le Faust de Goethe : le chevalier Volant. Woland est venu bousculer le conformisme soviétique :

— Qui es-tu donc à la fin ?
— Je suis une partie de cette force qui, éternellement, veut le mal, et qui, éternellement, accomplit le bien. »
(Goethe, Faust).

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« Protozoaire sauce piquante » et autres noms d’oiseaux (non-discriminatoires) à l’attention des flics

This pussy grabs back

Exprimer sa colère — lorsqu’on vient de recevoir un coup de matraque — en débagoulant à l’argousin qui en est l’auteur une pléiade d’insultes est un mal nécessaire. Nous le savons bien.

Mais pour jurer, nul besoin de s’en prendre à nos amies péripatéticiennes, encore moins d’être homophobe ou sexiste. En plus d’être blessant à l’égard de nos camarades, cela nous vaudra à coup sûr une contredanse salée pour « rébellion » et « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. »

Une fois n’est pas coutume, on vous a préparé un joli florilège de noms d’oiseaux pittoresques à l’attention de nos antagonistes cafards en uniformes, histoire de sortir des sempiternelles injures salement connotées et d’insulter les flics sans discriminer.

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Toutes, tous… « Tout sur la grève »

Tout sur la grève

Puisque le mot revient à la mode, une mode sur laquelle se dépose un flot tumultueux de mécontentement, il est bon de repartir aux sources de son existence pour expliquer comment, Marmouset* qui rêve de nous voir échouer sur le sable au terme de nos vies professionnelles, nous jeter sur la grève pour mieux nous y abandonner tandis que le rafiot France ne vogue plus que pour les nantis de son clan.

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Joker : pourquoi est-ce toujours aux opprimés que l’on conseille la non-violence ?

Joker with red gas grenade

Avant même sa sortie en salles, Joker, le nouveau film de Todd Phillips avec Joaquin Phoenix, a suscité un déchaînement de réactions, de polémiques et de lectures diamétralement opposées. Qu’une telle superproduction hollywoodienne, primée par un Lion d’Or à la Mostra de Venise et battant des records au box-office, puisse provoquer des positionnements idéologiques aussi contradictoires, que le FBI lui-même s’inquiète des conséquences possibles de ce film au point de conduire le gouvernement américain à placer les militaires en état d’alerte, tout cela impose de considérer que Joker nous dit quelque chose de notre monde — et de son renversement possible. Nous avons donc décidé d’aller nous forger notre propre conviction.

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[NANTES] : Disparitions inquiétantes

OuEstSteve

#OùEstSteve ?

On signale de nombreux enlèvements, séquestrations et disparitions inexpliquées de chômeurs, SDF, précaires, manifestants, étudiants, éducateurs, etc. Notamment Place du Bouffay, en bords de Loire et près du Quai Wilson. Les équipes chargées de l’enquête sont sur la trace de plusieurs individus opérant avec une rare violence, aussi bien de nuit qu’en plein jour !

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Je crie tes noms Liberté !

Listen to the people

« L’écriture est comme un chiot qui mord le néant », écrivait à Ramallah en 2002 le poète Mahmoud Darwich. Tous les penseurs, tous les artistes, tou·te·s les humain·e·s dignes de ce nom, ont combattu pour le droit d’exprimer leurs pensées. Je n’ai pas l’intention de déclamer ici un éloge de la Liberté. Sur sa valeur, sa raison d’être et sa nature, je pense que nous sommes tou·te·s d’accord.

D’autant plus en ces temps dramatiques où le terrorisme d’État la prend quotidiennement pour cible. Je parle évidemment de nos ami·e·s Gilets Jaunes et des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants du Chili, du Vénezuela, d’Algérie, du Maroc, d’Afrique centrale, de Hong Kong, du Moyen-Orient, d’Irak, d’Afghanistan, de Libye ou de Syrie dont les vies sont volées pour avoir osé exprimer leur pensée. Car la liberté de pensée est indissociable de la liberté d’expression. Une pensée ne saurait rester secrète ou cachée. Toute pensée doit être partagée, sans quoi elle demeure une pensée mutilée, et par la même elle cesse de vivre et d’exister.

Par cet écrit, hommage aux victimes de la barbarie d’État, je voudrais faire part de cette inquiétude qui, je le sais, nous est commune : c’est qu’aujourd’hui, alors que nombre d’entre nous se battent pour défendre la Liberté et la liberté de penser, ces abominables actes de sauvagerie demeurent la preuve flagrante que l’intolérance est aujourd’hui plus farouche que jamais, ici comme ailleurs. Jamais les tyrannies et les violences faites aux défenseurs de la liberté d’expression n’ont été plus vives.
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« Si on ne peut pas changer le monde, on peut au moins le tenir éveillé »

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Cinq principes pour être en accord avec le Monde (et avec soi-même) :

  1. Ne respecter que ce qui est respectable (c’est-à-dire ni la richesse ni l’autorité) ;
  2. Toujours prendre la défense des plus faibles, des plus vulnérables et des plus fragiles, même lorsqu’ils ne sont pas sympathiques (ce qui signifie d’abord les êtres humains bien entendu, mais aussi les autres êtres vivants, la nature, les lieux et paysages, les choses de l’esprit, l’art et la poésie) ;
  3. Toujours tenter de se mettre à la place d’autrui, pour comprendre ses propres raisons culturelles ou psychologiques et pour coopérer avec sa part de sincérité, si précaire soit-elle ;
  4. Distribuer à tous sans compter bienveillance et bonne humeur ;
  5. Et pour finir, afin de rester complètement disponible à ces objectifs, savoir refuser à temps les positions de pouvoir et l’abus d’avantages personnels.

Citation : Ménis Koumandarèas, écrivain et poète grec.

« Deuxième Ciel »

marais salants Guérande
Marais salants, Guérande.

L’air est chaud, ville solitaire. Dans le vent de la Loire, berce les foules solidaires. Ardents, bruyants, conscients, les citoyens crient leur joie dans la rue. Sous le soleil, on s’émerveille. Vigilants, dans la clameur des luttes on se retrouve. Vivants, chaque nuit sous les étoiles on se découvre. Des différences, des ressemblances, des espérances et des croyances partagées. Loin des écrans, des périscopes et des prismes déformants, chacun célèbre à sa manière les premières lueurs d’une ère nouvelle, d’une ère de rien, ère comprimée qui se libère du joug des uns. La jeunesse est pleine de métamorphoses.

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