Co-Errance

co errance

Pourquoi toute cette violence ? Pourquoi toute cette haine ? Tout cela n’a aucun sens. Évidemment… tout cela n’a aucun sens.

L’individu n’est pas compatible avec cette idée de société, parce que l’homme n’est pas un être rationnel et encore moins lorsqu’il fait partie d’un groupe. Est-ce que les civilisations humaines ont vraiment évoluées depuis ces 5 000 dernières années ? Pour être soi, entier, l’humain a conçu des empires paradoxalement invivables ; où l’on incite chacun à vivre ses pulsions primaires, tout en se conformant aux principes et aux lois de la société, dans le but de préserver « l’Ordre Social » et de ne pas nuire à son prochain. Des désirs saupoudrés d’un peu de raison. Pas grand-chose de plus. Quelques besoins fondamentaux, qu’il souhaite assouvir sans entraves. Paradoxe que nul ne sait résoudre.

Question(s) : notre monde peut-il vraiment fonctionner avec les humains ? Est-ce que chaque tentative n’est pas destinée à engendrer une société inégalitaire et violente ? Une grande part de l’humanité a fait le choix de s’enfermer dans un monde de désirs égoïstes, parce que nous sommes incapables de penser en tant qu’espèce. C’est pourquoi les écarts de richesses se creusent inexorablement et que la violence de l’État devient légitime. Au final, les personnes qui n’agissent qu’en fonction de leurs besoins ou de leurs pulsions sans se soucier des autres sont sans doute inadaptés à un modèle de société égalitaire, mais elles sont conformes à leur nature. Peut-être avons-nous simplement mis les humains sur un piédestal un peu trop haut ?

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Pour la Vie !

Fairy in Flames

Depuis plus d’un an, une majorité d’occidentaux, abreuvée à la doxa 1 capitaliste, parle de revenir à la « normale » ; de retrouver son quotidien serein, de traverser à nouveau les frontières, de reprendre l’avion, de recommencer, en somme, à profiter en toute insouciance des privilèges auxquels cette majorité s’était habituée. Ces folies sécuritaires et vaccinales devraient pourtant alerter davantage, car elles sont la juste continuité du processus en cours, tel qu’il a été pensé par ces puissances qui prétendent nous diriger.

En effet, nous savons que le vaccin n’est qu’un énième patch pour permettre au Système de « maintenir le cap » qu’il s’est lui-même fixé. Un pansement pour nous faire oublier l’essentiel : c’est notre société industrielle qui détruit ce monde. C’est notre mode de vie qui est à l’origine de ce virus, si petit et pourtant si tenace et fortement virulent lorsqu’il se combine à certains facteurs environnementaux, conséquents de cette « normalité » qui nous tient tant à cœur (pollutions, élevage intensif, maltraitance animale, aridification des sols et Paradis pas un radis destruction des écosystèmes, génocide des peuples, exploitation et spoliation, racisme et militarisme…). Un vaccin pour oublier que nous, humains, excellons dans l’art de détruire ce qui pourtant nous permet de vivre. À écouter journalistes aux ordres et politiques, cela devrait naturellement continuer, car ceux-là n’aspirent maintenant plus qu’à retrouver cette aliénante « normalité ».

Alors… pourquoi ? Pourquoi appliquer les mesures gouvernementales, pourquoi respecter les confinements et couvre-feux, pourquoi se vacciner, pourquoi vouloir continuer si c’est pour vivre dans un monde en flammes ? Faut-il être fou pour ne pas voir que nous allons tous devenir dingues ?! Notre bourreau est le Système, exploiteur, patriarcal, pyramidal, raciste, voleur et criminel : le capitalisme. Or il est impossible de réformer ce système, ni de le transformer, ni de l’adoucir et encore moins de l’humaniser. Nous n’avons pas d’alternative.

Nous devons combattre pour la Vie ! Nous devons démanteler et détruire, par tous les moyens, chacun·e là où nous sommes, ce système mortifère et toutes les structures technologiques, politiques, industrielles et militaires qui le supportent !

Il nous semble que c’est là l’unique moyen pour offrir un monde relativement plus apaisé à l’ensemble de l’humanité, et un avenir possible et vivant à nos enfants et à toutes celles et ceux qui viendront ensuite, qu’ils soient ou non humains.

Mort aux États, au capital et aux armées !
Feu au système et aux frontières !
Vive l’anarchie !

Perla VITA (7 maggio 2021)
Traduit de l’Italien par zeka

  1. À lire à ce sujet : La Doxa et le Complotisme, 24/11/2020.

La ville, pandémonium ivre d’ombres et d’orgueil

Pandemonium

La ville. Urbaine auto-organisée. Planification, contrôle, mécanique des déplacements, gestion des populations, traçabilité, marcher dans les clous. Tracés figés dans l’espace et le temps, villes qui accueilleront la vie. Bien-être/Logique de bien-être. Dynamiques urbaines et maîtrise des territoires. Multiplication des espaces et des humains oubliés.

La ville. Lieu unique et uniformisé. Usines convertibles. Abrutissement des masses. Fabriques de consentement. Écœurement, lorsque la conscience et la possibilité d’un changement se font de plus en plus ténues.

Assemblage empirique d’acier et de ciment. Caméras. Surveillance. Équilibre fragile, maîtrise des forces en présence, entité abstraite. Inconsciente, la ville dort, repliée sur elle-même dans un amas de câbles électriques au fond d’une cave abstraite. La ville bâtie sur les ruines de la précédente, inexorablement.

Humain de papier, ambiance électronique, culture contemporaine, matières inertes, froideur du béton, géométrie pure. Conversion banalisée de cathédrales en galeries, d’entrepôts en discothèques, de logements en bureaux, de hangars à bananes en alcôves à pigeons, de squats vivants en tombeaux HLM.

La ville. Artères, bretelles, tunnels, parking sous-terrain, frénésie des voies rapides, ville d’ombres, villes bétonnées. Nature morte. Desseins grossiers. En un éclair, la ville ordinateur, la ville horloge, la ville machine, ville polymorphe et artificielle dévore nos dernières parcelles d’humanité.

« Ville folie. Ville mensonge. Ville fourmis. Ville de fer. Ville en flammes. »


Librement inspiré de « Ville de Mort », La Sinse #9 (avril 2021).

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(PDF – 960 Ko)

We’ll go and wreak havoc in these dens of death!

(01/05/2021) – Un dessin, reçu d’un petit collectif anglo-saxon d’enfants assidus dans leurs activités nocturnes (« en Mai, je révise mes gestes barrières ») et le texte qui l’accompagnait… Pour la rémanence de notre héritage de prétroleuses et de pyromanes !

For the continuation of our heritage of petrolheads and seditious arsonists

« The System has a weak point: it doesn’t like hot weather. Heatwaves, it’s a known fact, are time-consuming and disruptive to the machines. However, the supreme irony is for the fibre optic networks: extremly sensitive to « highlights » and hot conditions. Ball of flames and plume of smoke… And you get chaos! »

And you get chaos

– By TACK, a time-consuming arsonists collective kids (and a tight-knit family).

Technocapitalisme et transition écologique : le piège du développement « durable » de la méga machine

Fractures

Dans le monde techno-capitaliste et policier souhaité par les sociétés occidentales, les économies d’énergies, les « transitions écologiques », les carburants dits « verts » et les « énergies renouvelables » font partie d’un jeu de langage très dangereux. Derrière des expressions — en apparence positives — comme « développement durable » se cachent des destructions sociales, éco-systémiques et climatiques. Cette volonté de décarbonation et d’économies d’énergie ne font que conforter le Système industriel dans son entreprise destructrice.

« Développement durable », un oxymore prisé des industriels

Qu’elle soit « verte » ou fossile, le système en place a besoin d’une énergie colossale pour fonctionner. Il absorbe l’intégralité de l’énergie disponible. Toute l’énergie que nous produisons, qu’elle soit ou non carbonée, va alimenter les rouages du Système (Méga-machine). On imagine très bien pourquoi politiques et industriels rêvent de cette « neutralité carbone » et de « l’indépendance énergétique », dépensant des milliards et des milliards chaque année dans la recherche d’énergies à faible coût et inépuisables. Nombre d’entre eux souhaiteraient voir le développement devenir… « durable », mais tout développement entraîne, in fine — et par définition —, un appauvrissement environnemental, social et économique.

Juste des jolis mots pour cacher la merde

Ainsi, si le monde se recouvre de panneaux solaires, d’éoliennes ou d’usines marémotrices, cela proposera une énergie inépuisable et gratuite pour la Méga-machine Capitaliste. Le Système alors explosera, décuplant sa taille et sa voracité destructrice à l’infini, jusqu’à l’épuisement total des ressources planétaires voire l’annihilation de la vie elle-même. Que l’on survive dans une société industrielle carbonée ou dans une société industrielle décarbonée, le leitmotiv est le même : « Obéis. Travaille. Consomme. »

Les écologistes n’y voient qu’un unique problème écologique (carbonique), les fameuses émissions de carbone de la civilisation industrielle et le fait qu’elles précipitent un réchauffement climatique menaçant notre avenir. Dans ce combat réactionnaire, les idiots utiles de l’État-capitalisme s’inquiètent pour l’avenir de la méga-machine qui nous asservit, nous dépossède, nous aliène et nous exploite tous, plutôt que de se révolter contre cet asservissement ou de s’inquiéter de cette dépossession, de cette aliénation et de cette surexploitation généralisée. La « neutralité carbone » ne signifie pas « moins de carbone » ou l’utilisation à 100% d’énergies décarbonées. Cela devrait signifier, au contraire, le démantèlement de la civilisation industrielle, et par là même de l’État et du Capitalisme.

Il se trouve, en outre, qu’aucune technologie de production d’énergie dite propre, verte ou renouvelable n’a pas d’impact sur son environnement. Toutes impliquent différentes dégradations ou pollutions environnementales, sans compter que l’énergie produite servira toujours, immanquablement, à alimenter des machines ou des appareils eux-mêmes produits par le système techno-industriel, impliquant donc eux-mêmes diverses dégradations ou pollutions environnementales, etc. De même, si vous souhaitez conserver le dégré de production d’une société, tout en l’alimentant en énergies décarbonées, cela ne pourra jamais se faire sans l’État-capitalisme, sans la civilisation industrielle, sans les nombreuses hiérarchies qui la constitue et qu’elle requiert pour fonctionner. Avec, finalement, toujours autant d’inégalités, d’iniquités et de servitudes.

Les économies d’énergie ne servent à rien

Un exemple qui illustre bien la grande naïveté des politiques écologistes — et de ceux qui nous parlent de Earth Day et autres fantaisistes « heures pour la planète » —, ce sont toutes les ressources inutiles dépensées chaque jour dans les économies d’énergie par exemple, ou le simple tri sélectif des déchets industriels et ménagers. Il est vain d’essayer responsabiliser les gens sur les sujets écologiques, tandis que nous savons tous que c’est le monde industriel dans lequel nous vivons qui est le vrai problème.

Dans un système fondé sur des dynamiques de croissance, d’expansion et de consommation, les efforts visant à diminuer nos consommations personnelles, individuelles, n’ont en réalité aucun effet. L’énergie ou les ressources que nous n’utilisons ou n’utiliserons pas seront utilisées par d’autres (particuliers, États ou industriels.) En effet, dès que de l’énergie est libérée par des économies, le système-monde technologique l’engloutit puis en redemande. Peu importe la quantité d’énergie fournie, le système se propage toujours rapidement jusqu’à ce qu’il ait utilisé toute l’énergie disponible, puis il en redemande encore. La même chose est vraie des autres ressources. La Méga-machine s’étend immanquablement jusqu’à atteindre une limite imposée par un manque de ressources, puis elle essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les conséquences.

La société industrielle décarbonée
Société industrielle carbonée = Société industrielle décarbonée (d’après https://ricochets.cc)

Tout détruire… et ne rien reconstruire

Le « développement » d’une société industrielle ne sera jamais « durable ». Que faire ? Détruire le Système de la Méga-machine ou, tout du moins, réduire ses systèmes industriels, abandonner les sites de productions les plus destructeurs et construire des sociétés vivables et soutenables à base de basses technologies, plutôt que de chercher à économiser l’énergie et à produire des énergies qui n’auront de « vertes » que le nom.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, qu’elle utilise des énergies plus ou moins décarbonées (ou pas du tout), la méga-machine continue ses désastres en avalant tout…

La fin du monde – Visions politiques et désertion populaire

the mud bath

Sur une carte imaginaire, sur les traces de Charlot et d’autres poètes, artistes, révolutionnaires, amoureux, des chemins sont tracés vers une possible désertion générale. »

I. Désert

« Les gens recommencent à être vus dans la rue, avec une certaine prudence au début, puis dans le sillage d’un sentiment de libération, tout le monde marche, se regarde, s’interroge, femmes et hommes, groupes d’adolescents au hasard, tous accompagnant les uns les autres alors qu’ils traversent l’insomnie massive de ce temps inouï. Et n’est-il pas étrange qu’ils semblent avoir accepté cette suspension, cette panne ? Peut-être que c’est quelque chose qu’ils ont toujours voulu au niveau subliminal, subatomique ? Certaines personnes, toujours et seulement quelques-uns, un petit nombre d’habitant·es humain·es de la planète Terre, la troisième planète la plus proche du soleil, royaume de l’existence mortelle » 1.

Huit, neuf, dix mois, c’est presque un an maintenant. Le décompte des mois est perdu : on savoure le privilège privé de tout ce qui n’est pas privé, de tout ce qui habituellement erre dangereusement dans les villes. Penser à retourner vivre sans répondre au commandement de la Loi, du virus, de la peur, est presque effrayant. Auto-certifications, zones rouges ou oranges, couvre-feux. Les commandes sont diversifiées : elles engourdissent ; oppriment. Elles sont contradictoires et ambigües. Nos contacts avec le monde sont furtifs, presque superflus. Nous sommes sans visage et masqué·es.

Que faire ? Certains veulent « faire », bouger, sortir de l’engourdissement, « admirer » : « faire » quelque chose pour ne pas rester immobile, avant de disparaître. Ouvrir écoles, cinémas, bars, gymnases, tout ouvrir, pour simplement vivre, au point, peut-être involontairement, de supprimer la brutalité d’une pandémie qui ne cesse de se renforcer car il n’est pas difficile de sous-estimer un virus à faible létalité mais très tenace. Il faut vivre, c’est indéniable ; secourez-nous de cette désolation. Mais, pour nous, il semble que tout reprendre comme avant fait partie de notre plus gros problème (politique). Recommencer, comme avant, n’est pas une alternative envisageable.

Que pourrait faire Léopold Bloom 2 dans la nature sauvage de la syndémie 3 de Covid-19 ? Que pouvons-nous faire aujourd’hui avec des rues abandonnées la nuit, des bars fermés, des villes perdues ? Que signifie écrire sur les rencontres et nos vies dans le vide ? Où les hommes et les femmes de Joyce se réfugieraient-ils, qui rencontreraient quelqu’un à chaque coin de rue, entreraient quelque part, laisseraient les choses se heurter à d’autres ? Nous avions l’habitude d’écrire, de réfléchir, de nous battre dans les rues grouillantes de monde, de Dublin le 16 juin 1904, jusqu’au Cosmopolis de DeLillo. Aujourd’hui, nous devons écrire, penser, lutter dans des espaces vides ; livré·es à une écriture de résidus comme si l’écriture elle-même dans le vide était devenue un résidu.

Traverser un désert, une période désertique, ce n’est pas une grande chose, ce n’est pas grave ; c’est terrible de naître, de grandir dans un désert. C’est effrayant. Je l’imagine, on doit avoir l’impression d’une grande solitude. »
— Gilles Deleuze

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  1. Si l’âge de « l’évènement Covid-19 » n’a pas encore son roman, fin 2020 a pourtant déjà eu son court-roman : Le silence, par Don DeLillo. Se déroulant dans une période post-pandémique, 2022, alors que la mémoire du virus est encore fraîche, l’auteur explore, à travers une scène anonyme, l’impossible retour à la normalité : un black-out général des technologies suspend le cours habituel des choses. Ordinateurs, téléphones portables, tous les appareils électroniques sont en panne ; Internet, les e-mails, etc., deviennent silencieux ; les écrans qui dominent habituellement notre paysage se noircissent. Il ne reste plus que l’obscurité : Max, l’hôte d’un petit rassemblement d’amis organisé pour officier le rite laïque américain par excellence (le Super-bowl), décide obstinément de « regarder l’écran noir » et scruter le vide « Dans un stupéfiant void ».
  2. Leopold Bloom est un antihéros du roman Ulysse de James Joyce. L’anniversaire de la journée du 16 juin 1904, décrite dans le roman, est célébrée en Irlande sous le nom de Bloomsday.
  3. Syndémie : une rencontre de plusieurs facteurs aggravants les effets d’un virus fondamentalement pas plus dangereux qu’un autre virus respiratoire de type grippal, mais qui fonctionne comme un accélérateur, un catalyseur d’effets toxiques chez certaines catégories de personnes à risques pour des raisons multifactorielles sur lesquelles il convient de sérieusement se pencher, plutôt que de condamner certains traitements ou de croire à l’univocité de la solution vaccinale désormais élevée au rang de totem ainsi qu’aux vertus supposées des confinements à répétition.

Acceptable

rangee de sieges vides

Nous nous sommes trompé·es, nous l’admettons. Mais c’était un réflexe conditionné qui a la peau dure. Ce matin, en lisant les nouvelles, nous n’avons pas pu contenir un élan de joie en apprenant que la nuit dernière, la porte d’entrée de l’Istituto Superiore di Sanità [équivalent de l‘Inserm] a été incendiée à Rome. Quelqu’un l’a aspergée de liquide inflammable et y a mis le feu, avant de disparaître. Les gardes sont aussitôt intervenus en donnant l’alerte et les dégâts sont limités, mais…

Mais ensuite, l’honorable ministre de la Santé Speranza a pensé à nous ramener les pieds sur terre, avec ses paroles admirables : « Les actes d’intimidation contre l’Institut Supérieur de la Santé sont inacceptables. L’ennemi est le virus. Pas ceux qui s’ingénient à le combattre ». Oui, c’est vrai, comment avons-nous pu l’oublier ? L’ennemi est le virus – et dire que nous le savions ! Nous faisons donc amende honorable en public et, en guise de pénitence, nous rappelons à nos lectrices et nos lecteurs que :

Est acceptable l’instauration d’un état d’urgence pour s’opposer à une pandémie un peu plus banale qu’à l’ordinaire ;
est acceptable la privation de toute bribe de liberté de mouvement ;
est acceptable l’interdiction de toucher ou serrer dans ses bras les proches qu’on désire toucher ou étreindre ;
est acceptable l’obligation d’endosser en permanence ce qui coupe le souffle sans apporter aucun avantage ;
est acceptable de ne pouvoir sortir de chez soi que si cela est justifié ;
est acceptable le confinement et le couvre-feu ;
est acceptable le massacre des prisonniers qui protestent contre leur propre isolement ;
est acceptable d’imposer un internement psychiatrique à ceux qui invitent publiquement les gens à sortir de chez eux ;
est acceptable la délation de masse ;
est acceptable de ne pas pouvoir assister ses proches sur le point de mourir ;
est acceptable le suicide de ceux qui se trouvent d’un coup sans aucun moyen de subsistance ;
est acceptable la répression étatique ou le lynchage privé de ceux qui prennent le soleil ou promènent leur chien ;
est acceptable de faire passer pour un vaccin salvateur une mixture pharmacologique dont les effets sont inconnus ;
est acceptable le terrorisme sanitaire-médiatique qui fait passer pour une victime du virus quiconque meurt… parce que positif au test anti-covid ;
est acceptable une vie privée de toute signification, de tout plaisir minimal, réduite dans le meilleur des cas à une simple survie biologique…

Il existe tant d’aberrations que nous avons découvert être acceptables au cours de cette dernière année, sur la vague de la grande mutation de l’être humain qui, en défiant la mort afin de défendre ou conquérir la liberté en est arrivé à renoncer à toute liberté afin de ne pas courir le risque de mourir. Qu’il en soit ainsi, nous sommes désormais résigné·es. Mais les ministres, les préfets et les généraux, les enquêteurs et les guideurs de peuples devraient aussi se résigner. Ce qu’ils nomment  « actes d’intimidation » vont augmenter, sinon en quantité, au moins en qualité. Parce que rien ni personne ne pourra empêcher qu’au cours des prochaines années, parmi les rares êtres humains de chair et de sang restés en circulation, ne devienne littéralement irrésistible la tentation de tirer les conclusions pratiques d’une évidence décennale :

C’est un grand malheur que de vivre en des temps aussi abominables. Mais c’est un malheur encore pire de ne pas tenter, au moins une fois, pour la beauté du geste, de les prendre à la gorge. »


Source : Sans Nom, traduit de l’italien de finimondo (15 mars 2021).

Une atmosphère lourde, morne et suffocante…

Le règne du Feu

Une atmosphère lourde, morne et suffocante s’est installée dans le pays, les hommes sont déprimés et mécontents et, néanmoins, ils sont prêts à tout souffrir sans protester et sans être surpris. »

« Telle est la situation caractéristique des temps de tyrannie. Le mécontentement général, que les observateurs superficiels considèrent comme une indication de la fragilité du pouvoir, signifie en fait exactement le contraire. Un mécontentement terne et généralisé est compatible avec une soumission presque illimitée pendant des décennies ; lorsque le sentiment de désastre se conjugue, comme c’est le cas aujourd’hui, à l’absence d’espoir, les hommes obéissent jusqu’à ce qu’un contrecoup extérieur leur redonne espoir. »

« Le sentiment de sécurité est profondément altéré. Ce n’est pas forcément mauvais, car il ne peut y avoir de sécurité pour l’homme sur cette terre et le besoin de sécurité, au-delà d’une certaine limite, est une illusion dangereuse qui déforme tout et rend les esprits ennuyeux, superficiels et bêtement satisfaits; il était bien vu en période de prospérité, et on le voit encore dans les catégories sociales qui se croient en sécurité aujourd’hui. Mais l’absence totale de sécurité, surtout lorsque la catastrophe redoutée semble dépasser les ressources de l’intelligence et du courage, n’en est pas moins néfaste. Nous avons vu dans le passé les crises économiques priver les jeunes de tout espoir de pouvoir entrer pleinement dans les rangs de la société, gagner leur vie et nourrir une famille. Nous voyons maintenant toute une génération de jeunes dans la même impasse… Les moyens de communication modernes, la presse, la radio et le cinéma sont suffisamment puissants pour influencer l’humeur de tout un peuple. Bien sûr, la vie continue à se défendre, protégée par l’instinct et une certaine forme d’inconscience ; et pourtant la peur généralisée des grandes catastrophes collectives, attendues passivement comme une inondation ou un tremblement de terre, affecte de plus en plus le sentiment que chacun peut avoir sur son avenir. »

Simone Weil (1939)

Guerre et paix

« […] Les puissances qui veulent gouverner le monde doivent tôt ou tard recourir à une guerre, qu’elle soit réelle ou soigneusement simulée. Et comme dans l’état de paix la vie des hommes tend à sortir de toutes les dimensions historiques, il n’est pas étonnant que les gouvernements d’aujourd’hui ne se lassent pas de nous rappeler que la guerre contre le virus marque le début d’une nouvelle époque historique, dans laquelle rien ne sera plus comme avant. Même si cette ère sera un âge de servitude et de sacrifice, où tout ce qui vaut la peine d’être vécu devra subir la mortification et les restrictions, ils [les humains] s’y soumettent volontiers, car ils croient fermement avoir trouvé dans cette « guerre » un sens à leur vie, qu’ils avaient – sans s’en rendre compte – perdu en temps de paix. »

« On peut supposer, cependant, que la guerre contre le virus, qui semblait être un dispositif idéal, finisse, comme toute guerre, par devenir incontrôlable. Et peut-être qu’à ce moment-là, s’il n’est pas trop tard, l’humanité cherchera à nouveau cette paix ingouvernable qu’elle avait si imprudemment abandonnée. »

Giorgio Agamben (2021)

La Nuit d’après, et autres nocturnes interdictions

Urbs Milena Kancheva

Pendant des années, on a rappelé que la première liberté supprimée par les autorités en cas de crise était celle de circuler la nuit. On citait les coups d’État, les guerres ou les mesures d’exception accompagnant certaines manifestations altermondialistes comme le sommet de Seattle. C’était toujours loin, dans un autre contexte ou avant. Jamais ici et maintenant, en France, en 2020-2021. Le diktat sanitaire aura eu raison de ces fragiles certitudes. Dans un premier temps, les mesures prises par les autorités ont beaucoup concerné la nuit, ses acteurs et ses pratiquants, impactant fortement l’économie du secteur, la culture nocturne, nos modes de vie et la fonction même de la ville comme lieu de maximisation des interactions. Dans un second temps, le couvre-feu s’est imposé sans grande résistance afin de permettre de freiner la propagation du virus.

Dans notre pays, le décret du 14 décembre 2020 mettant fin au re-confinement a instauré un couvre-feu entre 20 heures et 6 heures du matin. À partir de mardi 15 décembre, à 20h, les déplacements en journée et entre régions ont été à nouveau autorisés. En revanche, ils ont été interdits de 20 h à 6h du matin, sauf exceptions pour motifs professionnels, familiaux, de santé, pour des missions d’intérêt général et la sortie d’un animal de compagnie, sur présentation d’une attestation de déplacement. La raison invoquée est de gagner du temps pour éviter la saturation des hôpitaux tout en évitant le confinement. Mieux, depuis début janvier 2021, le couvre-feu a été instauré à 18 heures pour 15 millions de Français de vingt-cinq départements d’un Grand Est se prolongeant vers le Massif Central et de la région Sud (plus la Drôme), là où l’épidémie est la plus virulente ; cette mesure a été étendue le 15 janvier à toute la France. Déjà lors du premier confinement certaines villes du sud de la France avaient publié des arrêtés de couvre-feu visant à renforcer les interdictions. Des plages bondées en journée s’étaient trouvées interdites la nuit. Cette fois, tout le pays est concerné. Pourquoi cet acharnement sur la nuit ?
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De quelle couleur est la Vie ?

Black hole fluid art

Comme le montraient les données de Santé Publique France au 31/01/2021, notre pays enregistre aujourd’hui une mortalité d’environ 1 076 décès par million d’habitants. D’un point de vue statistique, il s’agit d’un pourcentage de risque extrêmement faible, égal à 1,07 pour mille. À peine plus que le risque quotidien de se faire renverser par une automobile au coin de la rue. Comment est-il possible que les humains, pour un risque qui reste extraordinairement faible même s’il est projeté sur toute l’année, acceptent-ils de renoncer non seulement à leur liberté, mais aussi à tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : les contacts avec d’autres êtres vivants, les regards portés sur les visages, la mémoire de ces instants joyeusement célébrés ensemble ?

Gardiens de la pensée unique, répondez-nous : de quelle couleur est la vie ?