De quelle couleur est la Vie ?

femme avec un masque

Comme le montraient les données de Santé Publique France au 31/01/2021, notre pays enregistre aujourd’hui une mortalité d’environ 1 076 décès par million d’habitants. D’un point de vue statistique, il s’agit d’un pourcentage de risque extrêmement faible, égal à 1,07 pour mille. À peine plus que le risque quotidien de se faire renverser par une automobile au coin de la rue. Comment est-il possible que les humains, pour un risque qui reste extraordinairement faible même s’il est projeté sur toute l’année, acceptent-ils de renoncer non seulement à leur liberté, mais aussi à tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : les contacts avec d’autres êtres vivants, les regards portés sur les visages, la mémoire de ces instants joyeusement célébrés ensemble ?

Gardiens de la pensée unique, répondez-nous : de quelle couleur est la vie ?

Le virus a gagné

Apocalypse 1913

Après des mois de travail, d’analyses pointilleuses et quelques dizaines de textes, nous devons bien le reconnaître, les jeux sont faits et rien ne va plus, nous ne sortirons pas de cette dystopie qui a définitivement bouleversé les normes sociales et politiques de nos vies, comme nous l’anoncions il y a déjà il y a quelques mois, fidèle à la réputation de Cassandre dont certains aiment nous affubler, bien que nos prévisions se soient avérées malheureusement exactes.

Nous ne nous répéterons donc plus sur les sujets principaux que nous avons tenté de traiter ici à plusieurs reprises, car il s’agit en fait d’une déclinaison infinie et répétitive lassante d’un même thème, le Covid, et qui tourne finalement en boucle dans un entre-soi sans aucun effet sur la réalité insupportable qu’une toute petite minorité de personnes perçoit mais qu’une immense majorité approuve, se vautrant dans une servitude volontaire à leurs maîtres sans se poser trop de questions probablement très dérangeantes, toutes étant encore convaincues du bien fondé et de la nécessité de ce régime dont elles sont persuadées qu’il n’est que transitoire, certaines en redemandant même une couche supplémentaire.

Errare humanum est, perseverare diabolicum [1]. La covidie virocratique hygiéniste, ce régime sanitaire abject, obscène, inique et selon nous totalement injustifié et bien plus préjudiciable que le virus lui-même, s’est emparé de toute l’Europe sans aucune opposition et avec la complicité de tous : classe politique, académique, universitaire, administrative, société civile, monde associatif, institutionnel, syndicats, etc.

Tous complices actifs ou passifs dans un silence généralisé, hormis quelques voix dissidentes isolées que les autorités s’efforcent de faire taire lorsqu’elles parlent un peu trop fort.
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Notes & références

  1. Locution latine signifiant : l’erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique. []

« Némésis Médicale » : enquête sur l’Ennemi Technico-sanitaire

Némésis Médicale

Avant-propos

Cette enquête fait suite à la publication d’un article publié le 23 avril 2020 sur le blog de Bill Gates. Au regard de l’actualité, nous avons souhaité en faire un décryptage éclairant, enrichi des considérations d’Ivan Illich au sujet de la “Némésis Médicale” — l’expropriation de la mort opérée par la médicalisation croissante des corps — et par les analyses de la philosophe italienne Bianca Bonavita, laquelle suit « l’évènement Covid-19 » avec une attention implacable.

« Homo sapiens, qui s’est éveillé au chamanisme dans une tribu et a grandi en politique en tant que citoyen, est maintenant prêt pour devenir un détenu à vie dans un monde industriel. La médicalisation pousse à l’extrême le caractère impérialiste de la société industrielle. » — Ivan Illich, Némésis médicale, p.98.

Prémisse

Dénoncer la mystification construite autour du grand événement spectaculaire de la Covid-19 (que nous distinguerons dans le texte du virus Sars-CoV-2) et les pratiques gouvernementales de contrôle de la population, ne signifie pas défendre la normalité dévastatrice du virus, cela ne veut pas dire non plus de préférer revenir à la « normalité ». Tout comme cela ne signifie pas nier la mort des gens.

Contrairement au « Monologue du virus », texte que nous avons lu, aimé et parfois même publié [1], le virus ne nous semble plus être, comme le souhaiteraient certaines critiques radicales, une conséquence particulière de la destruction provoquée par le capitalisme et ses fermes industrielles humaines et animales. Le nouveau coronavirus n’a rien du « démon de l’Appocalypse ».

Depuis de nombreuses décennies, les élevages humains et animaux produisent beaucoup plus de maladies chroniques mortelles : lequel d’entre nous n’a jamais pleuré des amis ou des parents décédés prématurément de tumeurs ou de maladies cardiovasculaires qui sont, si l’on veut utiliser ce mot, les deux véritables pandémies de notre temps ? Des pandémies produites par des formes de vie naturelles, dominées par le régime de la différenciation, enchaînées à des emplois aliénants, immergées dans un air irrespirable, abreuvées par des eaux polluées et gavées aux aliments industriels.

Par conséquent, déplacer l’attention des maladies chroniques, qui sont les véritables pandémies modernes, vers les maladies infectieuses à faible létalité (nous expliquons plus loin, données à l’appui, le pourquoi d’une telle affirmation), contribue à supprimer une discussion sérieuse sur le lien qui existe entre « prévention » et « mode de vie ».

Pour ces raisons, le virus ne nous semble pas être ce messager — ou ce messie — capable de mettre en évidence, à celles et ceux qui ne les ont pas vus auparavant, les maux du monde dans lequel nous vivons, mais plutôt un outil de distraction qui rend encore plus difficile toute observation et toute compréhension des perversions profondes et structurelles du capitalisme.

Si un pays tout entier (mais la discussion pourrait aussi s’étendre au-delà des frontières nationales), à de rares exceptions près, accepte, sans en remettre en cause les raisons, la suspension de nombreuses libertés fondamentales, en proie à la peur et à la suspicion ou simplement à une acceptation pacifique encore plus inquiétante [2], comment les habitant·es de ce pays se retourneront-iels contre les catastrophes produites par le capitalisme afin de remettre en question et redéfinir leur mode de vie ?

La plupart des gens ne voudraient-ils pas, au fond, un simple retour à la normalité ? Et au nom de ce désir, n’accepteront-iels aucun abus du pouvoir ? Et pour retrouver ne serait-ce que quelques éléments de l’ancienne normalité, n’accepteront-iels pas tous les dispositifs atroces et absurdes de la nouvelle normalité haineuse qui prend vie sous nos yeux ?

Déjà, en 2005, l’Organisation Mondiale de la santé, à l’occasion de la grippe aviaire, avait suggéré un scénario comme celui que nous vivons aujourd’hui, en le proposant aux gouvernements comme moyen d’assurer le soutien inconditionnel des citoyens. [3] [4]

Si l’hécatombe qui, chaque année, provoque les cancers et maladies cardiovasculaires (150 000 décès du cancer [5] et 140 000 décès liés à des maladies cardio-vasculaires [6] chaque année en France) n’a pas montré à la plupart des gens la réalité indéniable de la destruction que produit le capitalisme, comment un virus, qui a besoin d’une opération de propagande impressionnante pour augmenter sa létalité (certaines études, comme celle de l’Université de Kobe au Japon, parlent même d’une létalité inférieure à celle de la grippe saisonnière) [7], pourrait-il permettre à un individu dont l’œil est obscurci par l’épais écran de fumée de la fausseté de voir et de comprendre la réalité destructrice du monde industriel dans lequel il vit ?

« Aucune aide ne doit être imposée à un individu contre son gré : nul ne peut, sans son consentement, être emmené, enfermé, hospitalisé, soigné ou harcelé au nom de sa santé. » — Ivan Illich, Némésis Médicale, op.cit., p.245.

Le virus Sars-CoV-2, sous ses formes différentes et mutantes qui circulent, qu’il ait une origine malveillante, artificielle, accidentelle ou naturelle, nous apparaît plutôt comme un produit / événement (attendu, souhaité ou provoqué) géré par des oligarchies transnationales numériques, pharmaceutiques et biotechnologiques afin de pouvoir redéfinir les structures géopolitiques et les formes de gouvernementalité de notre monde.

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Notes & références

  1. Lire le Monologue du virus sur le site. []
  2. Il nous semble intéressant de souligner comment l’institutionnalisation du « devoir de mémoire » de la Shoah, sacralisant ce moment historique et le plaçant dans un ailleurs séparé et « indicible », a eu pour effet de rendre méconnaissables les dispositifs et mécanismes qui l’ont rendu possible. Pour n’en nommer que quelques-uns [les mécanismes] : exposition à la propagande, conformité de la pensée gobale, obéissance aveugle aux ordres et à l’autorité, ambition et peur de perdre son prestige social, besoin d’identités collectives fortes, sacrifice de l’individu au nom d’un bien supérieur, etc. []
  3. Le document en question, accessible en accès libre sur le site de l’OMS peut être téléchargé (en Français) à cette adresse. []
  4. Bianca Bonavita, Bill Gates e la nemesi tecno-medica, Efesto, 2020. []
  5. Source Institut National du Cancer : https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Les-chiffres-du-cancer-en-France/Epidemiologie-des-cancers/Donnees-globales. Qui rapporte les données de 1980 à 2019. []
  6. Source : Ministère des Solidarités et de la Santé : https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-cardiovasculaires/article/maladies-cardiovasculaires []
  7. Source : Corvelva.it – Des analyses de sang au Japon révèlent que la mortalité par coronavirus est inférieure à celle de la grippe : https://www.corvelva.it/.

    Bill Gates lui-même déclare dans une interview publiée le 25 mars que la létalité de Sars-CoV-2 est inférieure à celle de Sars et Mers : https://www.youtube.com/watch?v=Xe8fIjxicoo

    En outre, l’épidémie de grippe hivernale amorcée fin 2016 a entraîné un pic de décès exceptionnel en janvier 2017 : 67 000 décès en France métropolitaine ce mois-ci – Sources : https://www.insee.fr/ et https://www.lesechos.fr/ []

[Analyse] G. Agamben : Réponse aux questions de notre temps

extraction pierre de folie jerome bosch

L’influence du philosophe Giorgio Agamben est parfois réduite par les différents courants académiques italiens, mais c’est justement la réponse académique qui a généré les interventions du philosophe romain, publiées à partir de février 2020 dans la rubrique Una voce du site Quodlibet.it, et qui esquissent une autre réalité. Les interventions d’Agambien sur l’état d’exception gouvernementale et sur la terreur sanitaire à laquelle nous sommes soumis depuis le mois de janvier, en raison ou en vertu de l’épidémie de Covid-19, ont produit une série de réflexions directes ou indirectes, dans les magazines ou sur les réseaux sociaux. Il est donc difficile de minimiser l’importance de ce penseur contemporain.

Dans une conférence inaugurale tenue à l’IUAV à Venise en 2006, Agamben signalait de façon significative, à travers certains index, la relation entretenue entre un auteur dit « contemporain » [1] avec son propre présent. Il convient de rappeler ici quelques-unes de ces caractéristiques, en les séparant de l’argumentation d’origine, afin de comprendre les interventions publiées sur le site « Quodlibet » (dont certaines ont été retranscrite sur ce blog) et que l’on trouve dans le recueil Où en sommes-nous ? L’épidémie comme politique.

Partant du prologue de Où en sommes-nous ?, intitulé « Avertissement », Agamben explique le but de ses interventions qui, bien que claires dès les premières publications, ne sont pas toujours évidentes dans les rangs des détracteurs et des défenseurs de la doxa, lesquels n’ont de cesse d’intervenir pour critiquer ou, bien pire, se permettent de corriger sa pensée [2]. L’intention de son intervention était de réfléchir aux « conséquences éthiques et politiques de la pandémie et de définir la transformation des paradigmes politiques que dessinaient les mesures d’exception » [3].

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Notes & références

  1. Par contemporain, nous entendons ici celui/celle qui étudie ou présente des événements, des éléments, des objets d’analyse en tant qu’ils sont contemporains, en dehors de leur évolution. []
  2. Dénoncer la mystification construite autour du grand événement spectaculaire Covid-19 (que nous distinguons du virus Sars-CoV-2) et les formes de gouvernements et de contrôle des population qui se reféfinissent globalement, ne signifie pas défendre la normalité dévastatrice du premier, ni de de positionner en faveur d’un retour à la normalité. Tout comme cela ne signifie pas nier la mort des gens. Pourtant, nous constatons nous-mêmes chaque jour, de la part de penseurs auto-proclamés issus — et c’est là le plus inquiétant — de nos mouvements antiautoritaires (ou présentés comme tels) une volonté, consciente ou pas, d’obscurcir voire d’empêcher tout débat contradictoire. []
  3. G. Agamben, in Où sommes-nous ? L’épidémie comme politique, Quodlibet, Macerata 2020, p. 11. []

À propos des temps à venir

Ville futuriste humaniste

Ce qui se passe à l’échelle planétaire aujourd’hui est certainement la fin d’un Monde.

La Fin du Monde m’ennuie. C’est officiel ; ballades immondes, politiciennes, mirages pérennes. « Futur et progrès » crient des haut-parleurs paranoïaques. « Croissance » et après ? Comme un bonheur trompeur pour Travailleur maniaque. Pourtant, nous ne sommes ni esclaves du Passé, ni otages du Futur : un mensonge suranné ! Un mensonge… ça c’est sûr. Pourtant… c’est la fin d’un monde à chaque instant.
– Zeka, Nuits polychromes, 2016

Ce qui se passe aujourd’hui à l’échelle planétaire est certainement la fin d’un monde. Mais pas – comme le souhaiteraient ceux qui tentent de le gouverner selon leurs intérêts – dans le sens d’une transition vers un monde plus adapté aux nouveaux besoins du consortium humain. L’ère des démocraties bourgeoises est révolue, avec ses droits, ses constitutions et ses parlements. Au-delà de l’écorce juridique, certainement pas anodine, le monde qui a commencé avec la révolution industrielle et s’est développé jusqu’aux deux – ou trois – guerres mondiales et les totalitarismes – tyranniques ou démocratiques – qui les ont accompagnés se termine.

Si les puissances qui gouvernent le monde ont cru devoir recourir à des mesures et des dispositifs aussi extrêmes que la biosécurité et la terreur sanitaire, qu’ils ont instigué partout et sans réserve et menacent désormais de devenir incontrôlables, c’est parce qu’elles craignaient de ne pas avoir d’autre choix pour survivre, pour maintenir nos modes de vies aberrant au détriment de la souffrance des autres. Et si les gens ont accepté les mesures despotiques et les contraintes sans précédent auxquelles ils ont été soumis sans aucune garantie, ce n’est pas seulement à cause de la peur de la pandémie, mais probablement parce que, plus ou moins inconsciemment, ils savaient que le monde dans lequel ils avaient vécu jusque-là commençait à disparaître. Ce monde-là ne pouvait pas continuer, il était trop injuste et inhumain. Il va sans dire que les gouvernements nous préparent un monde encore plus inhumain, encore plus injuste et encore plus permissif/répressif ; mais en tout cas, des deux côtés, il semblait évident que l’ancien monde – c’est ainsi que l’on commence à l’appeler maintenant – ne pouvait pas continuer dans cette direction. Il y a certainement là, comme dans tout pressentiment sombre, un élément religieux. La santé a remplacé le salut, la vie biologique a remplacé la vie éternelle et l’Église, qui a longtemps été habituée à se compromettre avec les besoins du monde, a plus ou moins explicitement consenti à ce remplacement.

Conscients qu’il n’y a rien à reconstruire, nous ne regrettons pas ce monde qui s’achève. Nous n’avons aucune nostalgie pour l’humain ou le divin que les vagues incessantes du temps effacent comme un dessin sur le sable de l’histoire. Mais avec une égale détermination, nous rejetons la vie muette et sans vie-sage, et la sacro-sainte religion de la santé que les gouvernements nous proposent. Nous n’attendons ni un nouveau dieu ni un humain nouveau – nous cherchons plutôt ici et maintenant, parmi les ruines qui nous entourent, une forme de vie humble et plus simple, qui n’est pas un mirage, car nous en avons la mémoire et l’expérience, même si, en nous et en dehors de nous, les puissances adverses la rejettent à chaque fois vers l’oubli.

Reçu par mail, le 25/11/2020.

Constats d’AED sur la situation en milieu scolaire

Londonderry kids Christine Spengler 1972

Nous partageons ici une analyse de la situation en milieu scolaire au temps de la pandémie. L’originalité, ici, réside dans le point de départ : les auteur·ice·s ne sont ni des profs ni des lycéen·ne·s ou des étudiant·es, mais des assistant·es d’éducation, qui, plutôt que de s’indigner, s’engagent à soutenir les élèves faisant face à la répression, mais aussi à écrire et à s’organiser face à la situation.

Nous partons de constats et d’expériences locales aux similitudes dérangeantes.

Pour commencer, ce qui nous pousse à écrire est le résultat d’une politique gouvernementale à long terme et la récente et courte gestion de la pandémie. De plus, si nous prenons position, c’est qu’il n’existe pas de consensus au sein du milieu scolaire et que finalement, nous ne le recherchons pas. En revanche, ce que nous poursuivons (et pas seulement dans le milieu scolaire), est de révéler un conflit et d’alimenter un rapport de force, qui, de fait, nous est encore défavorable, pour conduire à des avancées stratégiques. Pour terminer, il nous parait nécessaire de défaire une idée et de souligner que les professeur·es ne sont pas les seul·e·s qui composent la longue liste du personnel au sein des établissements scolaires. Iels ont souvent été les seul·es interlocuteur·ice·s autorisé·e·s, position qu’ils ont souvent acceptée, alors qu’une pluralité de positions existent : AESH, AED, AVS, agents, personnel administratif, médecin, documentaliste, intervenants extérieurs et tant d’autres. Il s’agit alors de ne plus cacher la multitude des expériences qui règnent, ainsi, et avant toute chose, le sort réservé aux enfants, qui seront dans les années à venir, les propagateurs culpabilisés et traumatisés du virus.

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Soleil 22, Lune 9, Coronacycle 1 | Impasse de l’illusion

Bhagavat Gita 52

Lorsque votre intellect traversera le bourbier de l’illusion, vous acquerrez alors l’indifférence à ce qui a été entendu et à ce qui reste à entendre (à propos des plaisirs dans ce monde et dans le prochain).
– Bhagavat Gita | 52

Commentaire :
Krishna dit que les gens qui sont attachés à la jouissance du monde sont attirés par les paroles fleuries, ils propagent des rituels ostentatoires pour gagner des opulences mondaines. Cependant, celui dont l’intellect est éclairé par la connaissance spirituelle ne recherche plus les plaisirs sensoriels matériels, sachant qu’ils sont des signes avant-coureurs de la misère.

Traversez le bourbier de l’illusion avec moi, hors de portée de la télévision, loin de l’écran d’où vous lisez ceci, au-delà de la cacophonie des voix réconfortantes dont vous êtes entouré.

Regardez dans la vérité de votre être, le mystère qu’il présente au monde des objets et concepts nommés. Penchez-vous sur le caractère hypocrite de votre expérience, en évitant les bords saillants qui tentent de la définir à chaque tournant. Vous, le « vous » qui ne peut être défini, transcendez cette existence manifeste. Vos tentacules, vos connexions mycéliennes, s’étendent dans des royaumes invisibles aux yeux les plus aigus, non audibles aux oreilles les plus délicates.

Votre immensité ne peut pas être contenue par ce moment. Ce moment contient votre immensité.

Haiku.

Pays masqué, pays sans visage

Graffiti faces in UK

Car les yeux extrêmement expressifs disent les émotions, le visage dénote le caractère ».
– Cicéron, Lois, 26.

Tous les êtres vivants vivent et s’aiment, paradent et communiquent entre eux. Je ne crois pas que seul l’humain ait un « visage », mais ce que l’on peut affirmer c’est que seul l’humain use de son visage pour communiquer aux autres humains sa propre expérience fondamentale. L’animal humain, seul, fait de son visage le lieu de sa propre vérité.

Ce que le visage raconte et révèle ne peut être traduit en mots. Parce que par son propre visage, l’humain se découvre devant les autres, de face et se révèle et s’exprime ainsi plus que dans la parole. Et ce que le visage exprime n’est pas seulement l’état d’esprit d’un individu, c’est avant tout son ouverture, sa compréhension, sa manière de communiquer et de transmettre sa bienveillance aux autres.

C’est pourquoi le visage est le lieu de la politique. S’il n’y a pas de politique animale non-humaine, c’est uniquement parce que ces autres « animaux », qui vivent et coexistent toujours « à découvert », ne font pas de leur « exposition » une difficulté. Ils vivent et habitent simplement sans se soucier de ce que leur apparence peut susciter en eux. C’est pourquoi la grande majorité ne s’intéresse pas aux miroirs, à l’image en tant qu’image. À l’inverse, l’homme désir par dessus-tout se reconnaître et être reconnu, il veut s’approprier sa propre image, il y cherche sa propre vérité. Il transforme ainsi ce qui était ouvert et libre en un monde où tout est connu, nommé, montré, représenté, dénombré, avec une dialectique politique incessante.

Si les êtres humains ne devaient essentiellement communiquer que des informations, il n’y aurait pas de politique au sens littéral, seulement un échange de messages. Mais pour l’humain, le visage est la condition même de la politique, celle sur laquelle tout ce que l’espèce humaine dit et échange se fonde. Le visage est en ce sens la véritable cité des communautés humaines, l’élément politique par excellence. C’est en se regardant en face que les humains se reconnaissent et se passionnent l’un pour l’autre, qu’iels perçoivent la similitude et la diversité, la distance et la proximité.

Un pays qui décide de renoncer à son propre visage, de couvrir partout le visage de ses femmes, de ses hommes, de ses enfants de masques est donc un pays qui a effacé de lui-même toute la dimension politique, au sens de la vie de la cité, la vie de nos villages, la vie en commun. Dans cet espace vide, soumis à chaque instant à un contrôle illimité, se déplacent désormais des individus isolés les uns des autres, qui ont perdu les fondements immédiats et sensibles de leur communauté et ne peuvent échanger que des messages dirigés vers des noms sans visages. Vers des noms, sans plus.


Traduction libre de « Un paese senza volto » de Giorgio Agamben (08/10/2020).

Ensemble, défendons… La liberté, quelle liberté ?

La Vita e Bella

En répоnse à la tribune « ensemble, défendоns la liberté » initiée par le caricaturiste Riss et relayée par une centaine de médias régiоnaux et natiоnaux. Parce qu’оn se demande bien de quelle liberté ils nоus parlent !?

En préambule, une évidence : la vraie liberté pоur les médias mainstream actuels, la seule qui vaille, celle qui détermine tоutes les autres, c’est la liberté ÉCONOMIQUE. A partir du mоment, оù vоtre jоurnal est aux mains d’une persоnne оu d’une multinatiоnale, et qu’en plus vоtre jоurnal fоnctiоnne grâce aux annоnces publicitaires, alоrs vоus ne faites pas du jоurnalisme. Vоus faites de la cоmmunicatiоn déguisée en jоurnalisme, avec tоus les cоdes de rigueur qui lui sоnt assоciés.

Alоrs quand je vоis une centaine de médias, presque tоus détenus par des milliardaires оu par l’État français, faire un appel à leurs « cоncitоyens » pоur sоutenir la liberté d’expressiоn, je me dis qu’ils sоnt grоtesques. Et aberrants !

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J’avais envie d’écrire une lettre…

Bonjour,

Comment ça va ?
Ça va ?
J’aurai dû vous le demander tout à l’heure déjà, pardonnez-moi de ne pas l’avoir fait : est-ce que vous voulez que je mette mon masque ?
Ça va pour vous si je le laisse dans ma poche ?
Je vous demande, parce que j’ai entendu comme vous les annonces, ces derniers jours, des gens qui nous « gouvernent » parler des restrictions nouvelles liées à la pandémie et bon… voilà… je sais que ça peut être angoissant. Et je voulais amener un peu d’optimisme.
Et puis je suis heureux qu’on puisse quand même se parler.
Disons… tant que c’est possible.

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Fausses rumeurs presque vraies

Avant la Lettre…

Hypothèse 1 :

Tous des youyous. Des grands patrons. Des gars d’l’arnaque. De vrais de vrais. Et quand ça va être la baston et qu’les pavetons s’prendront pour des nuages, comme d’hab’ la rnoucha nous tombera sur l’paletot. Mais là nos ardoises vont prendre une avène ! Va y’avoir du grabuge. Fini l’appel du large ! Y vont nous jarreter la Belle des Belles, à lui faire bouffer son acte de naissance. Ouais, pour ces pharos et autres badingouins qu’sont au pouvoir, c’est pour nous qu’le four chauffe… À c’tarif là not’ bureau de tabac s’ra bientôt l’bagneux des fachos !

Hypothèse 2 :

Ça va péter ! Un vrai barouf ! On va s’prendre une carte de visite et ça va taper comme un Chinois ! Ou bien c’est l’caïdat qui va nous descendre sur le coin d’la tronche ! Qu’on soit du trou ou Versailleux on va s’faire aplatir ! Les pavés s’ront couleur résineux. « Vaut mieux s’planquer dans ton pav en bord du TER plutôt qu’bouffer les pissenlits par la racine, qu’y disent comme ça ». Les besognards, à Babylone, soit tu la boucle et tu fous l’antipuant soit t’es H.L.L et c’est la taule !

Hypothèse 3 :

Cézigue, l’autre dabe, c’lui qu’y z’appellent grand Manitou, il a pas inventé l’eau chaude ! Trop le bulbe à reluquer les biftons. Mais tellement qu’il est de l’arcan l’est à côté de ses pompes. L’est encore à s’dire qu’y faudrait pas qu’y chope la crève ! Et y’a de l’afflure à s’faire ! Alors les totos et le toutime, peuh ! Tu penses bien qu’c’est pas ses emmerdes…


— On en r’parle tantôt les aminches ? …

L’Opinion majoritaire ou la « Liberté » d’être asservi·e·s

esclaves canne a sucre

Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais gagné sa servitude… »
— Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576

Avoir une opinion sur un sujet émane d’une réflexion. Or, si un individu n’a pas mené cette réflexion, il considérera indéniablement l’opinion majoritaire comme étant vraie. En sociologie, on apprend que cela porte un nom : l’effet de masse, appelée également la preuve sociale, que l’on pourrait résumer ainsi : si quelqu’un n’a pas d’avis sur une question, il suivra naturellement l’opinion du plus grand nombre. À première vue, le concept de « rassemblement des esprits » pourrait paraître essentiel pour créer un état social digne de ce nom. Pourtant, cela est un paradoxe puisque l’opinion majoritaire est toujours une force oppressante. C’est une forme de domination qui nous asservit. La tyrannie de la majorité naît de l’espace public. L’opinion publique, résultat des discussions libres entre citoyens au sein de l’espace public, est en fait l’opinion de la majorité. Or, cette majorité, que l’on pourrait qualifier de rationnelle et de légitime, possède une force de coercition sur les opinions minoritaires en les poussant à se plier à l’opinion dominante.

À titre d’exemple, citons la vague de schizophrénie qui s’est emparée d’une bonne part d’entre nous au sujet de la pandémie. En effrayant les populations sur ce sujet pendant deux mois, celles-ci ont sombré, toutes classes sociales confondues, dans la psychose avec une déconcertante rapidité. Et aujourd’hui, quiconque ose affirmer qu’il rejète la pensée majoritaire est taxé d’ « égoïste », de « complotiste », voire de faire partie d’une mouvance « d’extrême droite » [1] ou de préférer la mort à la vie (pour reprendre les propos aberrants du Dr Stahl [2], pseudo spécialiste des maladies infectieuses et exotiques du CHU de Grenoble). Dans nos réseaux aussi, celui qui s’oppose à cette « pensée » devient un « gauchiste complotiste » de la pire espèce, et ses suppliques lui vaudront — à coup sûr — de belles mazarinades dans des organes que l’on croyait pourtant antiautoritaires ! En réalité, ce qui se passe sous nos yeux est la continuité de cette stratégie argumentative néolibérale qui vient faire reposer sur les individus la responsabilité d’une crise politique, économique ou sanitaire…
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Notes & références

  1. Nous n’oublions pas cependant que l’extrême droite surfe aussi sur la vague de la « liberté d’expression » quand il est question d’obligation de port du masque. []
  2. Jean-Paul Stahl, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble, avoue « penser le plus grand mal » des manifestants anti-masques, Franceinfo, 30/05/2020 []

Critique de la servitude volontaire & autres rituels d’obéissance

Masquées mais pas muselées

Fort de la théorie et de l’expérience, j’ai le droit de soupçonner le premier venu d’être un porteur de germes. Vous, par exemple, absolument rien ne me prouve que vous n’en êtes pas un. »
— Jules Romains, « Knock ou le triomphe de la médecine » (1924)

En mars 2020, nous nous sommes retrouvé·e·s confronté·e·s à la pandémie de covid-19 et à l’absence totale de toute forme de liberté. Dans ce monde (virtuel) toujours privé de sincérité et souvent de radicalité, nous avons pensé que c’était le bon moment pour manifester notre refus d’obéissance.

Même si les indicateurs ne l’ont pas encore démontrés, nous comprenons que l’usage massif du masque par la population est peut-être un des leviers essentiels pour freiner la remontée du virus. Cependant, plutôt que de nous positionner pour ou contre son utilisation — ce qui serait une bêtise — nous préférons prendre le temps de réagir aux traumatismes et aux difficultés des autres et de chacun·e·s.

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Communication & empathie dans un contexte de santé publique

You'll never riot alone !

Il est plus que jamais nécessaire de débattre en profondeur de la question de la santé publique — d’autant plus qu’aujourd’hui, trouver le moyen de contourner l’énorme quantité d’informations disponibles semble très difficile. Quant aux origines du virus, aux traitements possibles, aux mesures drastiques et planétaires prises pendant la crise Covid-19, etc., on trouve des milliers de documents qui ont été publiés sur Internet pendant l’état d’urgence de CoVid-19 de mars à aujourd’hui. D’autres informations, théories et études sur les nouvelles thérapies, qui changent nos idées sur la pandémie, sont continuellement publiées, mais l’ambiguïté de la communication, que nous essayons de souligner dans cet article, demeure.

Cet article n’impose à personne une interprétation particulière. C’est juste une contribution pour nous inviter à approfondir la question de la communication dans un contexte de santé publique.

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Shut the power !

Shut the Power

La réglementation pour lutter contre la pandémie de COVID-19 entraîne de nombreux couvre-feux dans certaines villes, une interdiction de contact, la distanciation sociale physique imposée et d’autres mesures liberticides sans précédent tant par leur nature que par la rapidité de leur mise en œuvre.

Ces mesures politiques sont toujours accompagnées par un langage martial. Qu’on l’accepte ou qu’on le déplore, c’est la gestion de la crise par la Chine qui a dicté ces « règles » sanitaires. Mais faut-il rappeler que la Chine demeure une dictature qui surveille et contrôle la totalité de ses citoyen·ne·s, interdit toute contestation publique et punit sévèrement quiconque violerait les « règles » établies par l’élite communiste-capitaliste ? L’isolement de millions de citoyen·ne·s ne peut être réalisé que dans un système totalitaire efficace. Or le modèle de confinement chinois est devenu, à court terme, un modèle pour les gouvernements du reste du monde. Début janvier, de telles mesures liberticides étaient encore dénoncées comme totalitaires et violant les droits fondamentaux des êtres humains. Trois mois plus tard, ces mesures deviennent la norme et semblent s’enraciner désormais durablement dans les politiques d’autres régions du monde sous des formes modifiées.

Comment une pandémie peut-elle déclencher de tels programmes d’urgence et des mesures drastiques à l’échelle planétaire, là où l’effondrement climatique ne peut pas ? Cette question se doit d’être posée.

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La Peur : virus sécuritaire

carnivorous

À partir du constat largement partagé selon lequel « le monde est dangereux », les dispositifs de coercition se sont considérablement renforcés, et cela est d’autant plus vrai avec la crise sanitaire actuelle. Il est flagrant, à l’heure où nous écrivons ces mots, que l’« insécurité » contre laquelle l’État veut s’édifier est celle de nos corps, de notre santé physique, psychique et mentale, et beaucoup moins la précarité sociale, laquelle bien que déjà catastrophique ne cesse de s’accroître avec le confinement. Si l’on accorde à Zigmunt Bauman que la « vulnérabilité et l’incertitude humaines sont les fondements de tout pouvoir politique »[1], il ne s’agit plus pour l’État de justifier son autorité par la protection qu’il accorde en regard des pénuries alimentaires ou des violences du marché engendrées par la crise, mais de légitimer, et d’accroître, son pouvoir par le recours théâtralisé à une « peur officielle » provoquée par le virus et transmise jusqu’aux recoins les plus éloignés des mondes « civilisés. »

Dramatisation de l’insécurité des corps

On dira qu’il s’agit de la même illusion qui consiste à croire dans la fonction protectrice de l’État, en lui conférant la charge invraisemblable de parer aux incertitudes de l’existence. Mais, là où l’État était confronté à la société comme à un interlocuteur qui interrogeait son autorité, l’État sécuritaire ne donne plus que deux directions possibles : la « menace » d’une crise sanitaire et économique sans précédent et celle des citoyen·ne·s recentré·e·s sur leurs peurs. D’un côté le modèle du conflit, de l’autre celui de la « guerre ». Cette dramatisation de l’insécurité des corps et l’exagération de l’insécurité économique n’a pas d’autre objectif : nous faire oublier l’autorité et restaurer la puissance.

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Notes & références

  1. Zigmunt Bauman, « Pouvoir et insécurité. Une généalogie de la “peur officielle“ », Esprit, novembre 2003. []

Ce que l’on ressent – Journaux des Invisibles

bouche de soleil

Pour nombre d’entre nous, le « confinement » n’est qu’un autre « emprisonnement ». Parce que sortir une fois pas semaine lorsqu’on vit au cœur d’un Pandémonium, dans un enfer à la figure de tombe où chaque centimètre carré compte, c’est une histoire que l’on préfère ne pas raconter aux autres… Cette histoire, — mais quelques belles aussi — iels la raconte ici, dans ce journal des invisibles…
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« Je suis irresponsable ! » : lettre aux bon·ne·s citoyen·ne·s si soudainement altruistes

Je suis irresponsable

[Reçu par mail – 20 mars 2020]

J’ai écrit cet article comme un geste d’autodéfense intellectuelle. Je voulais réagir à l’air ambiant présent sur les plateaux télé, sur les conversations Facebook et même dans les bavardages entre ami.e.s. Une petite musique s’est doucement installée dans ma tête, me convaincant de mon propre héroïsme à rester cloîtré chez moi comme si le virus allait se répandre au moindre pas que je poserais à l’extérieur. Je trouve qu’il y a un fond de doctrine néolibérale qui doucement se répand et qui vient nous persuader de notre responsabilité individuelle dans la crise.

Ce que je vais dire est pour le moment inaudible, inaudible parce que nous sommes recouvert·e·s du son des rappels à l’ordre infantilisants et des dénonciations pavées de bonnes intentions. Inaudible et pourtant essentiel.
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Monologue du Virus

Coronavirus Carnivorous

Faites taire, chers humains, tous vos ridicules appels à la guerre. Baissez les regards de vengeance que vous portez sur moi. Éteignez le halo de terreur dont vous entourez mon nom. Nous autres, virus, depuis le fond bactériel du monde, sommes le véritable continuum de la vie sur Terre. Sans nous, vous n’auriez jamais vu le jour, non plus que la première cellule.

« Je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence. »

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Discours des Puissants au reste du Monde

Discours des Puissants au reste du monde

Intermède Théât… râle

Ce texte est initialement paru — sous une forme un peu différente — dans un recueil de 13 lettres imaginaires, écrites en novembre 2015, suite aux attentats qui ont endeuillés la France à cette époque. Cynique, cruelle et sans espoir, cette tragédie en un acte puise en partie son inspiration du théâtre de l’absurde de Louis Calaferte et du « Discours à la Nation » du dramaturge militant italien Ascanio Celestini.

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« Le Maître & Marguerite », ou comment nos sociétés diaboliques tentent de nous empêcher de nous mettre en mouvement ?

Le Maître et Marguerite

Hier soir était un soir particulier. Nous avions rendez-vous au théâtre où l’on jouait Le Maître et Marguerite, une œuvre dissidente de Mikhaïl Boulgakov. Manuscrit commencé en 1928, brûlé, censuré, laissé inachevé jusqu’en 1940 à la mort de son auteur puis publié pour la première fois en 1973 : Le Maître et Marguerite est un véritable manifeste pour la liberté de penser, écrit en pleine dictature Stalinienne. À la fois conte fantastique, satire politique et histoire d’amour, ce chef-d’œuvre de la littérature russe du XXe siècle entrelace trois questions.

Premièrement, un appel à la dissidence, à l’excentricité, où l’on découvre le Diable, débarqué dans le Moscou des années 1930 sous le nom de Woland, personnage hypocrite et rusé, mais qui peut être aussi noble et généreux. Le nom Woland n’est pas russe. C’est une variante du nom du démon dans le Faust de Goethe : le chevalier Volant. Woland est venu bousculer le conformisme soviétique :

— Qui es-tu donc à la fin ?
— Je suis une partie de cette force qui, éternellement, veut le mal, et qui, éternellement, accomplit le bien. »
(Goethe, Faust).

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« Protozoaire sauce piquante » et autres noms d’oiseaux (non-discriminatoires) à l’attention des flics

This pussy grabs back

Exprimer sa colère — lorsqu’on vient de recevoir un coup de matraque — en débagoulant à l’argousin qui en est l’auteur une pléiade d’insultes est un mal nécessaire. Nous le savons bien.

Mais pour jurer, nul besoin de s’en prendre à nos amies péripatéticiennes, encore moins d’être homophobe ou sexiste. En plus d’être blessant à l’égard de nos camarades, cela nous vaudra à coup sûr une contredanse salée pour « rébellion » et « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. »

Une fois n’est pas coutume, on vous a préparé un joli florilège de noms d’oiseaux pittoresques à l’attention de nos antagonistes cafards en uniformes, histoire de sortir des sempiternelles injures salement connotées et d’insulter les flics sans discriminer.

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