Shut the power !

Shut the Power

La réglementation pour lutter contre la pandémie de COVID-19 entraîne de nombreux couvre-feux dans certaines villes, une interdiction de contact, la distanciation sociale imposée et d’autres mesures liberticides sans précédent tant par leur nature que par la rapidité de leur mise en œuvre.

Ces mesures politiques sont toujours accompagnées par un langage martial. Qu’on l’accepte ou qu’on le déplore, c’est la gestion de la crise par la Chine qui a dicté ces « règles » sanitaires. Mais faut-il rappeler que la Chine demeure une dictature qui surveille et contrôle la totalité de ses citoyen·ne·s, interdit toute contestation publique et punit sévèrement quiconque violerait les « règles » établies par l’élite communiste-capitaliste ? L’isolement de millions de citoyen·ne·s ne peut être réalisé que dans un système totalitaire efficace. Or le modèle de confinement chinois est devenu, à court terme, un modèle pour les gouvernements du reste du monde. Début janvier, de telles mesures liberticides étaient encore dénoncées comme totalitaires et violant les droits fondamentaux des êtres humains. Trois mois plus tard, ces mesures deviennent la norme et semblent s’enraciner désormais durablement dans les politiques d’autres régions du monde sous des formes modifiées.

Comment une pandémie peut-elle déclencher de tels programmes d’urgence et des mesures drastiques à l’échelle planétaire, là où l’effondrement climatique ne peut pas ? Cette question se doit d’être posée.

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La Peur : virus sécuritaire

carnivorous

À partir du constat largement partagé selon lequel « le monde est dangereux », les dispositifs de coercition se sont considérablement renforcés, et cela est d’autant plus vrai avec la crise sanitaire actuelle. Il est flagrant, à l’heure où nous écrivons ces mots, que l’« insécurité » contre laquelle l’État veut s’édifier est celle de nos corps, de notre santé physique, psychique et mentale, et beaucoup moins la précarité sociale, laquelle bien que déjà catastrophique ne cesse de s’accroître avec le confinement. Si l’on accorde à Zigmunt Bauman que la « vulnérabilité et l’incertitude humaines sont les fondements de tout pouvoir politique »1, il ne s’agit plus pour l’État de justifier son autorité par la protection qu’il accorde en regard des pénuries alimentaires ou des violences du marché engendrées par la crise, mais de légitimer, et d’accroître, son pouvoir par le recours théâtralisé à une « peur officielle » provoquée par le virus et transmise jusqu’aux recoins les plus éloignés des mondes « civilisés. »

Dramatisation de l’insécurité des corps

On dira qu’il s’agit de la même illusion qui consiste à croire dans la fonction protectrice de l’État, en lui conférant la charge invraisemblable de parer aux incertitudes de l’existence. Mais, là où l’État était confronté à la société comme à un interlocuteur qui interrogeait son autorité, l’État sécuritaire ne donne plus que deux directions possibles : la « menace » d’une crise sanitaire et économique sans précédent et celle des citoyen·ne·s recentré·e·s sur leurs peurs. D’un côté le modèle du conflit, de l’autre celui de la « guerre ». Cette dramatisation de l’insécurité des corps et l’exagération de l’insécurité économique n’a pas d’autre objectif : nous faire oublier l’autorité et restaurer la puissance.

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Sources & références


  1. Zigmunt Bauman, « Pouvoir et insécurité. Une généalogie de la “peur officielle“ », Esprit, novembre 2003. []

Ce que l’on ressent – Journaux des Invisibles

bouche de soleil

Pour nombre d’entre nous, le « confinement » n’est qu’un autre « emprisonnement ». Parce que sortir une fois pas semaine lorsqu’on vit au cœur d’un Pandémonium, dans un enfer à la figure de tombe où chaque centimètre carré compte, c’est une histoire que l’on préfère ne pas raconter aux autres… Cette histoire, — mais quelques belles aussi — iels la raconte ici, dans ce journal des invisibles…
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« Je suis irresponsable ! » : lettre aux bon·ne·s citoyen·ne·s si soudainement altruistes

Je suis irresponsable

[Reçu par mail – 20 mars 2020]

J’ai écrit cet article comme un geste d’autodéfense intellectuelle. Je voulais réagir à l’air ambiant présent sur les plateaux télé, sur les conversations Facebook et même dans les bavardages entre ami.e.s. Une petite musique s’est doucement installée dans ma tête, me convaincant de mon propre héroïsme à rester cloîtré chez moi comme si le virus allait se répandre au moindre pas que je poserais à l’extérieur. Je trouve qu’il y a un fond de doctrine néolibérale qui doucement se répand et qui vient nous persuader de notre responsabilité individuelle dans la crise.

Ce que je vais dire est pour le moment inaudible, inaudible parce que nous sommes recouvert·e·s du son des rappels à l’ordre infantilisants et des dénonciations pavées de bonnes intentions. Inaudible et pourtant essentiel.
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Monologue du Virus

Coronavirus Carnivorous

Faites taire, chers humains, tous vos ridicules appels à la guerre. Baissez les regards de vengeance que vous portez sur moi. Éteignez le halo de terreur dont vous entourez mon nom. Nous autres, virus, depuis le fond bactériel du monde, sommes le véritable continuum de la vie sur Terre. Sans nous, vous n’auriez jamais vu le jour, non plus que la première cellule.

« Je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence. »

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Discours des Puissants au reste du Monde

Discours des Puissants au reste du monde

Intermède Théât… râle

Ce texte est initialement paru — sous une forme un peu différente — dans un recueil de 13 lettres imaginaires, écrites en novembre 2015, suite aux attentats qui ont endeuillés la France à cette époque. Cynique, cruelle et sans espoir, cette tragédie en un acte puise en partie son inspiration du théâtre de l’absurde de Louis Calaferte et du « Discours à la Nation » du dramaturge militant italien Ascanio Celestini.

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« Le Maître & Marguerite », ou comment nos sociétés diaboliques tentent de nous empêcher de nous mettre en mouvement ?

Le Maître et Marguerite

Hier soir était un soir particulier. Nous avions rendez-vous au théâtre où l’on jouait Le Maître et Marguerite, une œuvre dissidente de Mikhaïl Boulgakov. Manuscrit commencé en 1928, brûlé, censuré, laissé inachevé jusqu’en 1940 à la mort de son auteur puis publié pour la première fois en 1973 : Le Maître et Marguerite est un véritable manifeste pour la liberté de penser, écrit en pleine dictature Stalinienne. À la fois conte fantastique, satire politique et histoire d’amour, ce chef-d’œuvre de la littérature russe du XXe siècle entrelace trois questions.

Premièrement, un appel à la dissidence, à l’excentricité, où l’on découvre le Diable, débarqué dans le Moscou des années 1930 sous le nom de Woland, personnage hypocrite et rusé, mais qui peut être aussi noble et généreux. Le nom Woland n’est pas russe. C’est une variante du nom du démon dans le Faust de Goethe : le chevalier Volant. Woland est venu bousculer le conformisme soviétique :

— Qui es-tu donc à la fin ?
— Je suis une partie de cette force qui, éternellement, veut le mal, et qui, éternellement, accomplit le bien. »
(Goethe, Faust).

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« Protozoaire sauce piquante » et autres noms d’oiseaux (non-discriminatoires) à l’attention des flics

This pussy grabs back

Exprimer sa colère — lorsqu’on vient de recevoir un coup de matraque — en débagoulant à l’argousin qui en est l’auteur une pléiade d’insultes est un mal nécessaire. Nous le savons bien.

Mais pour jurer, nul besoin de s’en prendre à nos amies péripatéticiennes, encore moins d’être homophobe ou sexiste. En plus d’être blessant à l’égard de nos camarades, cela nous vaudra à coup sûr une contredanse salée pour « rébellion » et « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. »

Une fois n’est pas coutume, on vous a préparé un joli florilège de noms d’oiseaux pittoresques à l’attention de nos antagonistes cafards en uniformes, histoire de sortir des sempiternelles injures salement connotées et d’insulter les flics sans discriminer.

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Toutes, tous… « Tout sur la grève »

Tout sur la grève

Puisque le mot revient à la mode, une mode sur laquelle se dépose un flot tumultueux de mécontentement, il est bon de repartir aux sources de son existence pour expliquer comment, Marmouset* qui rêve de nous voir échouer sur le sable au terme de nos vies professionnelles, nous jeter sur la grève pour mieux nous y abandonner tandis que le rafiot France ne vogue plus que pour les nantis de son clan.

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Joker : pourquoi est-ce toujours aux opprimés que l’on conseille la non-violence ?

Joker with red gas grenade

Avant même sa sortie en salles, Joker, le nouveau film de Todd Phillips avec Joaquin Phoenix, a suscité un déchaînement de réactions, de polémiques et de lectures diamétralement opposées. Qu’une telle superproduction hollywoodienne, primée par un Lion d’Or à la Mostra de Venise et battant des records au box-office, puisse provoquer des positionnements idéologiques aussi contradictoires, que le FBI lui-même s’inquiète des conséquences possibles de ce film au point de conduire le gouvernement américain à placer les militaires en état d’alerte, tout cela impose de considérer que Joker nous dit quelque chose de notre monde — et de son renversement possible. Nous avons donc décidé d’aller nous forger notre propre conviction.

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[NANTES] : Disparitions inquiétantes

OuEstSteve

#OùEstSteve ?

On signale de nombreux enlèvements, séquestrations et disparitions inexpliquées de chômeurs, SDF, précaires, manifestants, étudiants, éducateurs, etc. Notamment Place du Bouffay, en bords de Loire et près du Quai Wilson. Les équipes chargées de l’enquête sont sur la trace de plusieurs individus opérant avec une rare violence, aussi bien de nuit qu’en plein jour !

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Je crie tes noms Liberté !

Listen to the people

« L’écriture est comme un chiot qui mord le néant », écrivait à Ramallah en 2002 le poète Mahmoud Darwich. Tous les penseurs, tous les artistes, tou·te·s les humain·e·s dignes de ce nom, ont combattu pour le droit d’exprimer leurs pensées. Je n’ai pas l’intention de déclamer ici un éloge de la Liberté. Sur sa valeur, sa raison d’être et sa nature, je pense que nous sommes tou·te·s d’accord.

D’autant plus en ces temps dramatiques où le terrorisme d’État la prend quotidiennement pour cible. Je parle évidemment de nos ami·e·s Gilets Jaunes et des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants du Chili, du Vénezuela, d’Algérie, du Maroc, d’Afrique centrale, de Hong Kong, du Moyen-Orient, d’Irak, d’Afghanistan, de Libye ou de Syrie dont les vies sont volées pour avoir osé exprimer leur pensée. Car la liberté de pensée est indissociable de la liberté d’expression. Une pensée ne saurait rester secrète ou cachée. Toute pensée doit être partagée, sans quoi elle demeure une pensée mutilée, et par la même elle cesse de vivre et d’exister.

Par cet écrit, hommage aux victimes de la barbarie d’État, je voudrais faire part de cette inquiétude qui, je le sais, nous est commune : c’est qu’aujourd’hui, alors que nombre d’entre nous se battent pour défendre la Liberté et la liberté de penser, ces abominables actes de sauvagerie demeurent la preuve flagrante que l’intolérance est aujourd’hui plus farouche que jamais, ici comme ailleurs. Jamais les tyrannies et les violences faites aux défenseurs de la liberté d’expression n’ont été plus vives.
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« Si on ne peut pas changer le monde, on peut au moins le tenir éveillé »

alchimiste alchemist drawing lineart fineart

Cinq principes pour être en accord avec le Monde (et avec soi-même) :

  1. Ne respecter que ce qui est respectable (c’est-à-dire ni la richesse ni l’autorité) ;
  2. Toujours prendre la défense des plus faibles, des plus vulnérables et des plus fragiles, même lorsqu’ils ne sont pas sympathiques (ce qui signifie d’abord les êtres humains bien entendu, mais aussi les autres êtres vivants, la nature, les lieux et paysages, les choses de l’esprit, l’art et la poésie) ;
  3. Toujours tenter de se mettre à la place d’autrui, pour comprendre ses propres raisons culturelles ou psychologiques et pour coopérer avec sa part de sincérité, si précaire soit-elle ;
  4. Distribuer à tous sans compter bienveillance et bonne humeur ;
  5. Et pour finir, afin de rester complètement disponible à ces objectifs, savoir refuser à temps les positions de pouvoir et l’abus d’avantages personnels.

Citation : Ménis Koumandarèas, écrivain et poète grec.

« Deuxième Ciel »

marais salants Guérande
Marais salants, Guérande.

L’air est chaud, ville solitaire. Dans le vent de la Loire, berce les foules solidaires. Ardents, bruyants, conscients, les citoyens crient leur joie dans la rue. Sous le soleil, on s’émerveille. Vigilants, dans la clameur des luttes on se retrouve. Vivants, chaque nuit sous les étoiles on se découvre. Des différences, des ressemblances, des espérances et des croyances partagées. Loin des écrans, des périscopes et des prismes déformants, chacun célèbre à sa manière les premières lueurs d’une ère nouvelle, d’une ère de rien, ère comprimée qui se libère du joug des uns. La jeunesse est pleine de métamorphoses.

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À la recherche du bonheur…

Manif contre la Loi travail
Désolé pour le dérangement… (ValK).

C’est la recherche du bonheur qui meut l’humanité. Alors qu’au fil des âges, tout n’était que mystère, l’Homme a cherché à comprendre le monde qui l’entourait et à améliorer sa condition mortelle. C’était encore le monde des dieux et des oracles. Et c’est de ce monde qu’est née la notion de bonheur : un bienfait, une amélioration de l’existence accordée par les divinités. Mais l’humain veut tout, mais en ayant tout, il finit par se lasser. Pour avancer et trouver le bonheur, faut-il s’en remettre au hasard du destin ou au destin du hasard ? Continue reading « À la recherche du bonheur… »