Psychose sécuritaire : Mythe, fantasme et réalité

psychose

La France est un des pays du monde où règne le plus la sécurité des personnes et des biens. Les données statistiques sont incontournables. Les homicides sont rares : 863 victimes en 2020 1, pour une population de 67 millions d’habitants. Les morts de policiers et de gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions sont plus rares encore : environ 20 par an de 2014 à 2018 2, 11 en 2020 3, pour un effectif total de près de 250 000 4. La délinquance est rare elle aussi. Ainsi, pour la période 2017-2019, 93% des ménages déclarent n’avoir subi aucun vandalisme sur leur voiture, 97% déclarent n’avoir subi aucune tentative de cambriolage, 97% déclarent n’avoir subi aucun acte de vandalisme, et 98,5% déclarent n’avoir subi aucun vol de voiture 5. Enfin, près de 90% des personnes interrogées dans les enquêtes de victimation de l’INSEE déclarent ne ressentir aucun sentiment d’insécurité dans leur quartier (ou leur village).

Alors que la France est donc un pays où la quasi-totalité de la population vit en sécurité, le thème de l’insécurité se classe pourtant quatrième préoccupation « tout à fait prioritaire » pour les Français 6. Comment expliquer un tel gouffre entre la réalité tangible et les représentations ?

La réponse est à chercher non pas dans ce que les Français vivent, mais dans ce que les journaux papiers et télévisés leur montrent. L’INA a ainsi constaté que le nombre de sujets qu’ils consacrent aux faits-divers (meurtres, cambriolages, rixes entre bandes, enlèvements d’enfants…) a doublé de 2003 à 2012. Or toutes les grandes chaînes et la quasi-totalité des grands médias français, privés comme publics, posent ce problème de « fait-diversion » de l’actualité, manipulant la réalité au profit d’un discours politique totalement faux (et très dangereux).

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  1. Interstats, Analyse n°32, janvier 2021.
  2. Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, Note n°39, 2019.
  3. https://www.sudouest.fr/politique/gerald-darmanin/onze-policiers-et-gendarmes-sont-morts-dans-l-exercice-de-leurs-fonctions-en-2020-selon-darmanin-1581713.php
  4. C’est-à-dire un peu moins de 250 000 ETP (équivalents temps plein).
  5. Insee Références, édition 2020, Fiches, Qualité de vie, page 269.
  6. IFOP, « Les enjeux saillants à un an de l’élection présidentielle », Avril 2021.

La ville, pandémonium ivre d’ombres et d’orgueil

Pandemonium

La ville. Urbaine auto-organisée. Planification, contrôle, mécanique des déplacements, gestion des populations, traçabilité, marcher dans les clous. Tracés figés dans l’espace et le temps, villes qui accueilleront la vie. Bien-être/Logique de bien-être. Dynamiques urbaines et maîtrise des territoires. Multiplication des espaces et des humains oubliés.

La ville. Lieu unique et uniformisé. Usines convertibles. Abrutissement des masses. Fabriques de consentement. Écœurement, lorsque la conscience et la possibilité d’un changement se font de plus en plus ténues.

Assemblage empirique d’acier et de ciment. Caméras. Surveillance. Équilibre fragile, maîtrise des forces en présence, entité abstraite. Inconsciente, la ville dort, repliée sur elle-même dans un amas de câbles électriques au fond d’une cave abstraite. La ville bâtie sur les ruines de la précédente, inexorablement.

Humain de papier, ambiance électronique, culture contemporaine, matières inertes, froideur du béton, géométrie pure. Conversion banalisée de cathédrales en galeries, d’entrepôts en discothèques, de logements en bureaux, de hangars à bananes en alcôves à pigeons, de squats vivants en tombeaux HLM.

La ville. Artères, bretelles, tunnels, parking sous-terrain, frénésie des voies rapides, ville d’ombres, villes bétonnées. Nature morte. Desseins grossiers. En un éclair, la ville ordinateur, la ville horloge, la ville machine, ville polymorphe et artificielle dévore nos dernières parcelles d’humanité.

« Ville folie. Ville mensonge. Ville fourmis. Ville de fer. Ville en flammes. »


Librement inspiré de « Ville de Mort », La Sinse #9 (avril 2021).

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Technocapitalisme et transition écologique : le piège du développement « durable » de la méga machine

Fractures

Dans le monde techno-capitaliste et policier souhaité par les sociétés occidentales, les économies d’énergies, les « transitions écologiques », les carburants dits « verts » et les « énergies renouvelables » font partie d’un jeu de langage très dangereux. Derrière des expressions — en apparence positives — comme « développement durable » se cachent des destructions sociales, éco-systémiques et climatiques. Cette volonté de décarbonation et d’économies d’énergie ne font que conforter le Système industriel dans son entreprise destructrice.

« Développement durable », un oxymore prisé des industriels

Qu’elle soit « verte » ou fossile, le système en place a besoin d’une énergie colossale pour fonctionner. Il absorbe l’intégralité de l’énergie disponible. Toute l’énergie que nous produisons, qu’elle soit ou non carbonée, va alimenter les rouages du Système (Méga-machine). On imagine très bien pourquoi politiques et industriels rêvent de cette « neutralité carbone » et de « l’indépendance énergétique », dépensant des milliards et des milliards chaque année dans la recherche d’énergies à faible coût et inépuisables. Nombre d’entre eux souhaiteraient voir le développement devenir… « durable », mais tout développement entraîne, in fine — et par définition —, un appauvrissement environnemental, social et économique.

Juste des jolis mots pour cacher la merde

Ainsi, si le monde se recouvre de panneaux solaires, d’éoliennes ou d’usines marémotrices, cela proposera une énergie inépuisable et gratuite pour la Méga-machine Capitaliste. Le Système alors explosera, décuplant sa taille et sa voracité destructrice à l’infini, jusqu’à l’épuisement total des ressources planétaires voire l’annihilation de la vie elle-même. Que l’on survive dans une société industrielle carbonée ou dans une société industrielle décarbonée, le leitmotiv est le même : « Obéis. Travaille. Consomme. »

Les écologistes n’y voient qu’un unique problème écologique (carbonique), les fameuses émissions de carbone de la civilisation industrielle et le fait qu’elles précipitent un réchauffement climatique menaçant notre avenir. Dans ce combat réactionnaire, les idiots utiles de l’État-capitalisme s’inquiètent pour l’avenir de la méga-machine qui nous asservit, nous dépossède, nous aliène et nous exploite tous, plutôt que de se révolter contre cet asservissement ou de s’inquiéter de cette dépossession, de cette aliénation et de cette surexploitation généralisée. La « neutralité carbone » ne signifie pas « moins de carbone » ou l’utilisation à 100% d’énergies décarbonées. Cela devrait signifier, au contraire, le démantèlement de la civilisation industrielle, et par là même de l’État et du Capitalisme.

Il se trouve, en outre, qu’aucune technologie de production d’énergie dite propre, verte ou renouvelable n’a pas d’impact sur son environnement. Toutes impliquent différentes dégradations ou pollutions environnementales, sans compter que l’énergie produite servira toujours, immanquablement, à alimenter des machines ou des appareils eux-mêmes produits par le système techno-industriel, impliquant donc eux-mêmes diverses dégradations ou pollutions environnementales, etc. De même, si vous souhaitez conserver le dégré de production d’une société, tout en l’alimentant en énergies décarbonées, cela ne pourra jamais se faire sans l’État-capitalisme, sans la civilisation industrielle, sans les nombreuses hiérarchies qui la constitue et qu’elle requiert pour fonctionner. Avec, finalement, toujours autant d’inégalités, d’iniquités et de servitudes.

Les économies d’énergie ne servent à rien

Un exemple qui illustre bien la grande naïveté des politiques écologistes — et de ceux qui nous parlent de Earth Day et autres fantaisistes « heures pour la planète » —, ce sont toutes les ressources inutiles dépensées chaque jour dans les économies d’énergie par exemple, ou le simple tri sélectif des déchets industriels et ménagers. Il est vain d’essayer responsabiliser les gens sur les sujets écologiques, tandis que nous savons tous que c’est le monde industriel dans lequel nous vivons qui est le vrai problème.

Dans un système fondé sur des dynamiques de croissance, d’expansion et de consommation, les efforts visant à diminuer nos consommations personnelles, individuelles, n’ont en réalité aucun effet. L’énergie ou les ressources que nous n’utilisons ou n’utiliserons pas seront utilisées par d’autres (particuliers, États ou industriels.) En effet, dès que de l’énergie est libérée par des économies, le système-monde technologique l’engloutit puis en redemande. Peu importe la quantité d’énergie fournie, le système se propage toujours rapidement jusqu’à ce qu’il ait utilisé toute l’énergie disponible, puis il en redemande encore. La même chose est vraie des autres ressources. La Méga-machine s’étend immanquablement jusqu’à atteindre une limite imposée par un manque de ressources, puis elle essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les conséquences.

La société industrielle décarbonée
Société industrielle carbonée = Société industrielle décarbonée (d’après https://ricochets.cc)

Tout détruire… et ne rien reconstruire

Le « développement » d’une société industrielle ne sera jamais « durable ». Que faire ? Détruire le Système de la Méga-machine ou, tout du moins, réduire ses systèmes industriels, abandonner les sites de productions les plus destructeurs et construire des sociétés vivables et soutenables à base de basses technologies, plutôt que de chercher à économiser l’énergie et à produire des énergies qui n’auront de « vertes » que le nom.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, qu’elle utilise des énergies plus ou moins décarbonées (ou pas du tout), la méga-machine continue ses désastres en avalant tout…

La fin du monde – Visions politiques et désertion populaire

the mud bath

Sur une carte imaginaire, sur les traces de Charlot et d’autres poètes, artistes, révolutionnaires, amoureux, des chemins sont tracés vers une possible désertion générale. »

I. Désert

« Les gens recommencent à être vus dans la rue, avec une certaine prudence au début, puis dans le sillage d’un sentiment de libération, tout le monde marche, se regarde, s’interroge, femmes et hommes, groupes d’adolescents au hasard, tous accompagnant les uns les autres alors qu’ils traversent l’insomnie massive de ce temps inouï. Et n’est-il pas étrange qu’ils semblent avoir accepté cette suspension, cette panne ? Peut-être que c’est quelque chose qu’ils ont toujours voulu au niveau subliminal, subatomique ? Certaines personnes, toujours et seulement quelques-uns, un petit nombre d’habitant·es humain·es de la planète Terre, la troisième planète la plus proche du soleil, royaume de l’existence mortelle » 1.

Huit, neuf, dix mois, c’est presque un an maintenant. Le décompte des mois est perdu : on savoure le privilège privé de tout ce qui n’est pas privé, de tout ce qui habituellement erre dangereusement dans les villes. Penser à retourner vivre sans répondre au commandement de la Loi, du virus, de la peur, est presque effrayant. Auto-certifications, zones rouges ou oranges, couvre-feux. Les commandes sont diversifiées : elles engourdissent ; oppriment. Elles sont contradictoires et ambigües. Nos contacts avec le monde sont furtifs, presque superflus. Nous sommes sans visage et masqué·es.

Que faire ? Certains veulent « faire », bouger, sortir de l’engourdissement, « admirer » : « faire » quelque chose pour ne pas rester immobile, avant de disparaître. Ouvrir écoles, cinémas, bars, gymnases, tout ouvrir, pour simplement vivre, au point, peut-être involontairement, de supprimer la brutalité d’une pandémie qui ne cesse de se renforcer car il n’est pas difficile de sous-estimer un virus à faible létalité mais très tenace. Il faut vivre, c’est indéniable ; secourez-nous de cette désolation. Mais, pour nous, il semble que tout reprendre comme avant fait partie de notre plus gros problème (politique). Recommencer, comme avant, n’est pas une alternative envisageable.

Que pourrait faire Léopold Bloom 2 dans la nature sauvage de la syndémie 3 de Covid-19 ? Que pouvons-nous faire aujourd’hui avec des rues abandonnées la nuit, des bars fermés, des villes perdues ? Que signifie écrire sur les rencontres et nos vies dans le vide ? Où les hommes et les femmes de Joyce se réfugieraient-ils, qui rencontreraient quelqu’un à chaque coin de rue, entreraient quelque part, laisseraient les choses se heurter à d’autres ? Nous avions l’habitude d’écrire, de réfléchir, de nous battre dans les rues grouillantes de monde, de Dublin le 16 juin 1904, jusqu’au Cosmopolis de DeLillo. Aujourd’hui, nous devons écrire, penser, lutter dans des espaces vides ; livré·es à une écriture de résidus comme si l’écriture elle-même dans le vide était devenue un résidu.

Traverser un désert, une période désertique, ce n’est pas une grande chose, ce n’est pas grave ; c’est terrible de naître, de grandir dans un désert. C’est effrayant. Je l’imagine, on doit avoir l’impression d’une grande solitude. »
— Gilles Deleuze

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  1. Si l’âge de « l’évènement Covid-19 » n’a pas encore son roman, fin 2020 a pourtant déjà eu son court-roman : Le silence, par Don DeLillo. Se déroulant dans une période post-pandémique, 2022, alors que la mémoire du virus est encore fraîche, l’auteur explore, à travers une scène anonyme, l’impossible retour à la normalité : un black-out général des technologies suspend le cours habituel des choses. Ordinateurs, téléphones portables, tous les appareils électroniques sont en panne ; Internet, les e-mails, etc., deviennent silencieux ; les écrans qui dominent habituellement notre paysage se noircissent. Il ne reste plus que l’obscurité : Max, l’hôte d’un petit rassemblement d’amis organisé pour officier le rite laïque américain par excellence (le Super-bowl), décide obstinément de « regarder l’écran noir » et scruter le vide « Dans un stupéfiant void ».
  2. Leopold Bloom est un antihéros du roman Ulysse de James Joyce. L’anniversaire de la journée du 16 juin 1904, décrite dans le roman, est célébrée en Irlande sous le nom de Bloomsday.
  3. Syndémie : une rencontre de plusieurs facteurs aggravants les effets d’un virus fondamentalement pas plus dangereux qu’un autre virus respiratoire de type grippal, mais qui fonctionne comme un accélérateur, un catalyseur d’effets toxiques chez certaines catégories de personnes à risques pour des raisons multifactorielles sur lesquelles il convient de sérieusement se pencher, plutôt que de condamner certains traitements ou de croire à l’univocité de la solution vaccinale désormais élevée au rang de totem ainsi qu’aux vertus supposées des confinements à répétition.

L’Opinion majoritaire ou la « Liberté » d’être asservi·e·s

esclaves canne a sucre

Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais gagné sa servitude… »
— Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576

Avoir une opinion sur un sujet émane d’une réflexion. Or, si un individu n’a pas mené cette réflexion, il considérera indéniablement l’opinion majoritaire comme étant vraie. En sociologie, on apprend que cela porte un nom : l’effet de masse, appelée également la preuve sociale, que l’on pourrait résumer ainsi : si quelqu’un n’a pas d’avis sur une question, il suivra naturellement l’opinion du plus grand nombre. À première vue, le concept de « rassemblement des esprits » pourrait paraître essentiel pour créer un état social digne de ce nom. Pourtant, cela est un paradoxe puisque l’opinion majoritaire est toujours une force oppressante. C’est une forme de domination qui nous asservit. La tyrannie de la majorité naît de l’espace public. L’opinion publique, résultat des discussions libres entre citoyens au sein de l’espace public, est en fait l’opinion de la majorité. Or, cette majorité, que l’on pourrait qualifier de rationnelle et de légitime, possède une force de coercition sur les opinions minoritaires en les poussant à se plier à l’opinion dominante.

À titre d’exemple, citons la vague de schizophrénie qui s’est emparée d’une bonne part d’entre nous au sujet de la pandémie. En effrayant les populations sur ce sujet pendant deux mois, celles-ci ont sombré, toutes classes sociales confondues, dans la psychose avec une déconcertante rapidité. Et aujourd’hui, quiconque ose affirmer qu’il rejète la pensée majoritaire est taxé d’ « égoïste », de « complotiste », voire de faire partie d’une mouvance « d’extrême droite »  1 ou de préférer la mort à la vie (pour reprendre les propos aberrants du Dr Stahl 2, pseudo spécialiste des maladies infectieuses et exotiques du CHU de Grenoble). Dans nos réseaux aussi, celui qui s’oppose à cette « pensée » devient un « gauchiste complotiste » de la pire espèce, et ses suppliques lui vaudront — à coup sûr — de belles mazarinades dans des organes que l’on croyait pourtant antiautoritaires ! En réalité, ce qui se passe sous nos yeux est la continuité de cette stratégie argumentative néolibérale qui vient faire reposer sur les individus la responsabilité d’une crise politique, économique ou sanitaire…
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  1. Nous n’oublions pas cependant que l’extrême droite surfe aussi sur la vague de la « liberté d’expression » quand il est question d’obligation de port du masque.
  2. Jean-Paul Stahl, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble, avoue « penser le plus grand mal » des manifestants anti-masques, Franceinfo, 30/05/2020

[Analyse] l’Anarchie en temps de pandémie

Alienation Daniel Loveday

Pour mener à bien la lutte, il faut s’approprier son temps. (Re) penser l’Anarchie à partir de notre historicité actuelle. Créer et développer nos conceptions en analysant la dimension historique. […] Cette tâche énorme nous oblige à re-poser les questions avant de donner des réponses. »

> D’après “COVID-19 : la Anarquía en tiempos de pandemia” de Gustavo Rodriguez (Juin 2020).

Nous assistons à la disparition du monde : le monde tel que nous le connaissons. Décidément, la pandémie causée par le nouveau coronavirus (SRAS-CoV-2) a accéléré son déclin, consolidant une « crise » multifactorielle aux « proportions terrifiantes », provoquée par l’altération brutale de la continuité des flux de marchandises et des humains qui les produisent et les consomment ; déclenchant une tempête au sein de l’économie mondiale avec des effets immédiats sur la dynamique de l’expansion et de l’accumulation de capital. Face à ce secret de polichinelle, se renforce un environnement de panique mondiale qui s’accroît grâce au rétrécissement quotidien du monde, de pair avec la rapidité et la complexité et l’intensité de l’interconnexion planétaire.

Dans ce contexte, la pandémie de l’information (beaucoup plus virale que le SRAS-CoV-2), qui oscille toujours entre la désinformation et l’induction de la peur collective, a également fait son œuvre, provoquant une servitude volontaire — régie par la panique et l’incertitudes — et donnant naissance à cette foule de « citoyens consciencieux », idolâtres du bonheur et de l’espoir, prodiges de la positivité et de la performance, capables de s’imposer une peine d’assignation à résidence indéfinie au nom du « commun », en se sacrifiant pour « raisons de sécurité », abandonnant finalement le peu d’autonomie individuelle qui leur restaient…

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« Le Maître & Marguerite », ou comment nos sociétés diaboliques tentent de nous empêcher de nous mettre en mouvement ?

Le Maître et Marguerite

Hier soir était un soir particulier. Nous avions rendez-vous au théâtre où l’on jouait Le Maître et Marguerite, une œuvre dissidente de Mikhaïl Boulgakov. Manuscrit commencé en 1928, brûlé, censuré, laissé inachevé jusqu’en 1940 à la mort de son auteur puis publié pour la première fois en 1973 : Le Maître et Marguerite est un véritable manifeste pour la liberté de penser, écrit en pleine dictature Stalinienne. À la fois conte fantastique, satire politique et histoire d’amour, ce chef-d’œuvre de la littérature russe du XXe siècle entrelace trois questions.

Premièrement, un appel à la dissidence, à l’excentricité, où l’on découvre le Diable, débarqué dans le Moscou des années 1930 sous le nom de Woland, personnage hypocrite et rusé, mais qui peut être aussi noble et généreux. Le nom Woland n’est pas russe. C’est une variante du nom du démon dans le Faust de Goethe : le chevalier Volant. Woland est venu bousculer le conformisme soviétique :

— Qui es-tu donc à la fin ?
— Je suis une partie de cette force qui, éternellement, veut le mal, et qui, éternellement, accomplit le bien. »
(Goethe, Faust).

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Plongée dans un état d’excitation et de terreur

La Chute de la Necropole

La Ville. Comme dans une aventure de Lemmy Caution, nos vies se mêlent aux faisceaux des autos qui passent, nos rêves s’habillent des grésillements des antennes, sous le regard bienveillant de la cité panoptique. La ville. Artères, bretelles, tunnels, parking sous-terrain, frénésie des voies rapides, ville d’ombres, villes bétonnées. Nature morte. Desseins grossiers. En un éclair, la ville ordinateur, la ville horloge, polymorphe et artificielle dévore nos dernières parcelles d’humanité.

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Que penser de l’inexorable effondrement de notre société ?

résilience exister ValK
Exister, coûte que coûte… par ValK

Il y a des prophètes et il y a des catastrophistes. Être catastrophiste, ça ne veut pas dire croire que « tout est foutu », c’est être lucide quant aux mystères de l’avenir. Quand un évènement se produit qui contredit notre vision du monde, nous préférons déformer les faits pour les faire entrer dans nos mensonges… Continuer la lecture de « Que penser de l’inexorable effondrement de notre société ? »

Idéal qui germe sous nos pas, sous nos voix

Pancarte Révolution - ZeKa

L’État d’urgence en France a été prolongé jusqu’au 26 mai prochain. Incivilités, fraude ou acte terroriste, on y retrouve toutes sortes de délits dans un imbroglio chaotique. Les amalgames sont grossiers et révélateurs de la politique socialiste de notre époque, laquelle joue aujourd’hui le jeu de la droite et des extrêmes. Les multiples lois votées sous prétexte d’« antiterrorisme » n’ont abouti qu’à plus de fichages ADN, plus de surveillance, de prison pour les fraudeurs, de répression pour les mineurs, etc. Ces lois iniques sont promulguées avec un objectif unique, celui de criminaliser les quartiers populaires, les pauvres ou les mouvements sociaux et d’empêcher ainsi toute forme de contestation.
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