Police raciste, Dérive fasciste : Ne nous laissons pas (anti)terroriser !

En prison pour des opinions

Ce texte revient sur l’Affaire du 8/12, ce coup de filet Qui Tombe à Pic témoigne des dérives fascistes qui nous concernent tou·te·s. Elle montre encore une fois qu’il est possible pour la police, grâce à l’outil antiterroriste, d’emprisonner des militant·es (et assimilé·es) pour de « vagues soupçons » d’intentions de « s’en prendre aux forces de l’ordre ». Nous pensons important de mettre en perspective cette affaire avec la remontée des fascismes — et du fascisme d’État — en France (articulés autours de l’islamophobie, le nationalisme et l’antiterrorisme) et les collaborations avec le régime turc, dont la répression des kurdes résidant en France.

Depuis plus de 24 semaines maintenant, 7 enfants, frangin·es, ami·es et camarades arraché·es à leurs proches, sont inculpé·es pour « association de malfaiteurs terroristes » (AMT). Trois d’entre elleux sont encore emprisonné·es sous régime « terroriste » (Détenus Particulièrement Signalés), et un à l’isolement. Il s’agit-là de ce que l’on appelle cyniquement la « torture blanche » : interrogatoires quotidiens, interdiction de boire, de manger, de dormir, éclairage sous des néons 24h/24 et 7j/7, une pression psychologique terrible et bien vénère. La Police les soupçonne d’avoir eu l’intention de planifier des « actions violentes » contre la Police. La boucle s’est bouclée sur les Inculpé·es du 8/12.

À propos des incarcérations du 8 décembre, avec le Comité de soutien aux inculpé-e-s du 8/12 de Rennes : https://hearthis.at/radiopikez/acentrale-060221-pikez/

Les Forces de quel Ordre ?

En quelques mois, nous avons vu l’État passer des lois sécuritaires et islamophobes au nom de la République, imposer un contrôle policier général au nom de la santé de la Nation, hurler contre l’islamogauchisme et emprisonner nos ami·es au nom de l’Antiterrorisme. Nous voyons aussi les avant-gardes néo-fascistes multiplier les attaques (Action Française, Loups Gris, Génération Identitaire, membres de la Police Nationale, anciens-militaires, etc.) contre des manifestations, des mosquées, des squats, des exiléEs, des universitaires, des librairies…

Un des inculpé·es du 8/12, en Quartier d’Isolement depuis bientôt 6 mois maintenant, était sous surveillance depuis son retour du Rojava en 2018. Tous les éléments « pro-kurde » trouvés lors des perquisitions ont été saisis (quelques affiches, livres ou brochures) et utilisés “à charge” par l’a-Justice, comme par exemple cette interview de Zehra Dogan publiée par la revue Ballast : « Un jour nous vaincrons ». 1

Criminaliser toute forme de contestation

De manière systématique et graduelle, la France organise une criminalisation violente de sa population. Qu’elle soit racisée, révoltée, et/ou appauvrie. Elle use de l’outil antiterroriste pour étendre le domaine du non-droit et soumettre le peuple à des désirs punitifs et des peurs. Enfin, elle psychiatrise la déviance, la marginalité et la révolte.

L’ « islamo-gauchisme », le « racisme anti-blancs », l’ « ultragauche », les « valeurs de la république », le « délit de solidarité » ou de « séparatisme » … sont autant d’indices logiques du désastre prévu que nous vivons en direct. La pénétration croissante des thèmes conçus par l’extrême-droite dans le débat public et dans la presse est un prémisse de mauvaise augure, maintes fois décrit comme étape préliminaire à l’avènement d’un régime fasciste.

La production médiatique méticuleuse de “menaces” (« ultragauche », « immigration », « islam politique”, « racialisateurs », etc.) fonctionne chez beaucoup de gens, les rendant complices inconscients de la nécrose républicaine. Et pour ce qui est des milieux de gôche, parlons-en ! Nous sommes bien loin des déclarations de François Hollande affirmant en 2008 au sujet de Tarnac :

Au nom d’une cause juste – lutter contre le terrorisme – on est en train de faire des amalgames et des confusions. Celui qui n’est plus dans la norme, qui peut avoir un comportement déviant, peut être assimilé à un terroriste, ce qui est une atteinte grave aux libertés. »

Comment se fait-il qu’un des plus grands traîtres de l’histoire du socialisme, tienne des propos bien plus critiques sur l’antiterrorisme que la plupart de la gauche radicale aujourd’hui ? Avons-nous oublié que le terme de “terrorisme” vient de la Terreur d’État, théorisée dans la philosophie politique au fondement même de la République française, et ayant servi de modèle dans le monde entier ?

La terrorisation démocratique (Guillon 2009) est au fondement même de la politique étatique. « L’antiterrorisme n’a pas vocation à anihiler un certain niveau de violence, mais un niveau de dissidence politique. »

Cette apathie des « progressistes » de tous bords pour la critique de l'(anti)terrorisme ; à l’heure du rebasculement de l’État dans ses racines fascistes; est la résultante de l’efficacité de l’antiterrorisme et d’une radicalisation de la République. Six années d’État d’Urgence, de lois sécuritaires et de défaites sociales auront réussi à faire de toutes les aspirations, – hors et au delà de la « république » – des aspirations « séparatistes » ou « extrémistes » : alors que l’État se radicalise, toutes les autres formes de radicalisations nécessaires (écologistes, féministes, antispécistes, anti-racistes, décoloniales, etc…) peuvent tomber sous le vaste joug de l’antiterrorisme. En témoignent les approbations nauséabondes de l’élite politicienne à la récente tribune des militaires, inspirés par le fasciste Renaud Camus (théoricien du « Grand Remplacement ») Ou encore les soutiens aux défilés de flics.

Qu’en sera-t-il bientôt chez nous ?

À l’heure où les masses statistiques jouissent déjà de l’écrasement des ZAD, s’indifèrent [ou se réjouissent] des milliers de meurtres aux frontières de l’Europe, mais pleurent la perte d’un flic, le pire est déjà-là. L’antiterrorisme est la même marionnette d’un pouvoir dissimulant ses propres horreurs. Et le gouvernement continue de doter l’a-Justice des outils pour terroriser les minorités culturelles et les dissidences politiques, ainsi que leurs soutiens.

Un de ses derniers outils, la loi séparatisme, prévoit une peine de 7 ans de prison et 100 000€ d’amende « le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes ». Nous vivons le moment de l’épuration vitale d’un pouvoir qui se doit d’être l’Unique quand prendre d’autres chemins n’a jamais été aussi désirable. Là où nos sens ne demandent qu’à s’en séparer ; tout savoir, toute critique, toute différence et toute liberté sont méticuleusement comprimé·es dans Un futur autoritaire. À l’heure où il est plus que nécessaire de rompre avec les racines marchandes et coloniales de notre société, l’État ne supporte plus aucune critique profonde, aucune dissidence, aucune pluralité radicale. Dans son délire autoritaire, il impose de choisir un camp : Charlie ou terroriste ? Patriote ou séparatiste ?

Brandir la « menace d’ultragauche » et ses « projets d’actions violentes » participe de cette stratégie. Tout comme la mémoire des victimes des attentats sont souillés par le gouvernement, empaillés pour servir ses intérêts. Être gouverné sera toujours être marionnette. Samuel Paty [paix à son âme] ne restera dans l’histoire qu’une malheureuse aubaine pour un gouvernement liberticide. L’article 18 de la loi Séparatisme (sensé empêcher qu’un meurtre identique ne se répète) prévoit de punir la « diffusion d’informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne permettant de l’identifier ou de la localiser ». Elle prévoit jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 € d’amende lorsque la personne visée est dépositaire de l’autorité publique. Nul doute qu’elle sera utilisée pour les personnes pratiquant le copwatching ou la vigilance antifasciste. Et nul doute que cela n’empêchera pas d’autres meurtres. Le terme « séparatisme » est d’ailleurs entré pour la première fois dans le droit français en 1937, sombre époque où la police fusillait syndicalistes et communistes lors de la contre-manif de Clichy qui voulait empêcher un rassemblement d’extrême-droite.

Autorisation d’un rassemblement fasciste et répression des contre-manifestant·es, ça ne vous rappelle rien ? À Rennes par exemple, c’étaient les néo-fascistes de l’action française, [les mêmes qui ont attaqué le centre culturel islamique de Villjean à deux reprises], qui tabaissaient des pro-PMA et des membres de la communauté LGBT lors de la contre-manif pour tous il y a quelques mois.

Mais il reste des gentes, dans le monde entier, que cet Ordre du monde répugne, sensibles et hostiles face aux saccages et à l’immonde. C’est ce qu’on reproche aux inculpé·es du 8/12 qui ont cela en commun, et plus que jamais aujourd’hui — de voir au delà du mirage. C’est ce qu’o reproche aux militant·es en général, de tendre à faire sécession avec l’Ordre qui nous est imposé. C’est aussi ce que font les composantes de la révolution écologiste, féministe et communaliste en cours au Rojava, contre deux régimes fascistes : l’État Islamique et la Turquie. Et ce sont aujourd’hui des personnes qui militent pour ces rares « étincelles d’espoir » qui sont victimes de la terrorisation démocratique.

Pour que le monde ne devienne pas une prison : Abrogation des lois Antiterroristes, Abolition de la Police, de la Prison et du système Pénal !

Jin, Jiyan, Azadî !

Psychose sécuritaire : Mythe, fantasme et réalité

psychose

La France est un des pays du monde où règne le plus la sécurité des personnes et des biens. Les données statistiques sont incontournables. Les homicides sont rares : 863 victimes en 2020 1, pour une population de 67 millions d’habitants. Les morts de policiers et de gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions sont plus rares encore : environ 20 par an de 2014 à 2018 2, 11 en 2020 3, pour un effectif total de près de 250 000 4. La délinquance est rare elle aussi. Ainsi, pour la période 2017-2019, 93% des ménages déclarent n’avoir subi aucun vandalisme sur leur voiture, 97% déclarent n’avoir subi aucune tentative de cambriolage, 97% déclarent n’avoir subi aucun acte de vandalisme, et 98,5% déclarent n’avoir subi aucun vol de voiture 5. Enfin, près de 90% des personnes interrogées dans les enquêtes de victimation de l’INSEE déclarent ne ressentir aucun sentiment d’insécurité dans leur quartier (ou leur village).

Alors que la France est donc un pays où la quasi-totalité de la population vit en sécurité, le thème de l’insécurité se classe pourtant quatrième préoccupation « tout à fait prioritaire » pour les Français 6. Comment expliquer un tel gouffre entre la réalité tangible et les représentations ?

La réponse est à chercher non pas dans ce que les Français vivent, mais dans ce que les journaux papiers et télévisés leur montrent. L’INA a ainsi constaté que le nombre de sujets qu’ils consacrent aux faits-divers (meurtres, cambriolages, rixes entre bandes, enlèvements d’enfants…) a doublé de 2003 à 2012. Or toutes les grandes chaînes et la quasi-totalité des grands médias français, privés comme publics, posent ce problème de « fait-diversion » de l’actualité, manipulant la réalité au profit d’un discours politique totalement faux (et très dangereux).

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  1. Interstats, Analyse n°32, janvier 2021.
  2. Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, Note n°39, 2019.
  3. https://www.sudouest.fr/politique/gerald-darmanin/onze-policiers-et-gendarmes-sont-morts-dans-l-exercice-de-leurs-fonctions-en-2020-selon-darmanin-1581713.php
  4. C’est-à-dire un peu moins de 250 000 ETP (équivalents temps plein).
  5. Insee Références, édition 2020, Fiches, Qualité de vie, page 269.
  6. IFOP, « Les enjeux saillants à un an de l’élection présidentielle », Avril 2021.

TER 858253 Nantes-Quimper, comme un petit air de Vichy

Road to Oblivion Milena Kancheva

Le lieu : Lundi matin, 6h45. Dans le train TER 858253 au départ de Nantes et à destination de Quimper, un camarade est confronté au zèle et à des brimades humiliantes de la part d’un contrôleur.

Le flic/contrôleur : individu de forte stature, la cinquantaine, cheveux poivre et sel, calot et costume bleu marine, œil morne, regard semis-clos, joues pendantes. Teint écarlate. Postillonnant.

Les faits : notre ami grignote un biscuit sablé. L’agent commercial du train [comprendre : chef de bord & contrôleur – N.dZeka] lui impose de remonter son masque : « Monsieur, votre masque ! ». Avec respect, notre ami lui répond qu’il va le remettre mais qu’il finit sa bouchée avant. C’est le drame. Le contrôleur-flic éructe : « Qu’est-ce que vous dites Monsieur ? », « Vous vous révoltez ? », « C’est criminel ». À cet instant, un poto se lève avec l’intention de recadrer le type dont la chemise vient de virer du bleu au brun. Finalement, on se ravise, le spécimen menace désormais d’envoyer la « Pôoolice » à l’arrivée si on ne baisse pas d’un ton. En bon maniaque, il persiste dans sa folie : « Vous ne mangez pas ! Non messieurs, vous ne mangez pas ! Vous grignotez ». Pathétique. Nous lui répétons que ce n’est pas la fin du monde, que notre ami porte le masque dix-sept heures par jour et qu’il est plutôt respectueux. Ce qui est vrai. « Non, vous ne l’êtes pas » insiste-t-il. Il répète, en postillonnant violemment dans son masque, qu’il ne va pas « baisser son froc » devant nous ! Nous le rassurons en lui expliquant poliment qu’on ne lui en demandait pas tant… Le fonctionnaire s’enflamme et nous accuse carrément de mettre en danger la vie des autres passagers. Il répète à l’envi que des gens comme nous sont « une menace » pour les autres.

Quelques humiliation et intimidations publiques plus tard, ça sentait bon le totalitarisme dans la rame ce matin… Mais l’histoire se répèterait-elle ?! À une époque pas si lointaine, des agents des Chemins de Fer Français collaient des étoiles jaunes sur les gens dans les wagons. Quatre-vingt ans plus tard, il suffit de prendre le train (de son plein gré) pour tomber sur des agents de la SNCF qui s’autorisent à agir comme des kapos.

Note aux ami·es

Camarade voyageur, libre-fraudeuse ou resquilleur, si tu croises le rail de ce fanatique de l’autorité, arrondis les angles : met-lui la tête au carré !

Analyse, astuces et tactiques – N’attendons pas qu’il soit trop tard !

astuces tactiques manifs

Au cours des dernières années, nos manifs ont fait l’objet de nombreuses évaluations et analyses, ce qui a suffi pour que certaines tentatives fructueuses soient menées à bien afin de rompre avec des comportements bien ancrés et de retrouver un espace d’action.

Nous espérons généralement autre chose de nos manifs que d’être vus et entendus, ou de bloquer quelque chose. Bien sûr, il s’agit de créer des moments partagés, des moments où nous nous rassemblons dans les rues, des moments où nous pouvons briser la normalité et surmonter l’inertie de masse et nous libérer du joug sociétal. Des moments dans lesquels nous pouvons reconnaître et expérimenter notre force commune. Non pas comme un événement, mais dans le but de créer un moment qui nous relie à d’autres moments de pratique radicale et qui s’en inspire. Des moments à partir desquels une dynamique peut se développer, dans lesquels il est possible de s’inscrire spontanément, d’essayer et d’acquérir de l’expérience.

Afin de ne pas nous attirer dans notre propre piège, il est indispensable de repenser et d’adapter sans cesse nos approches et de sortir des approches et des comportements bien ancrés. En guise de base, nous avons résumé ici quelques analyses et suggestions.
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Acceptable

rangee de sieges vides

Nous nous sommes trompé·es, nous l’admettons. Mais c’était un réflexe conditionné qui a la peau dure. Ce matin, en lisant les nouvelles, nous n’avons pas pu contenir un élan de joie en apprenant que la nuit dernière, la porte d’entrée de l’Istituto Superiore di Sanità [équivalent de l‘Inserm] a été incendiée à Rome. Quelqu’un l’a aspergée de liquide inflammable et y a mis le feu, avant de disparaître. Les gardes sont aussitôt intervenus en donnant l’alerte et les dégâts sont limités, mais…

Mais ensuite, l’honorable ministre de la Santé Speranza a pensé à nous ramener les pieds sur terre, avec ses paroles admirables : « Les actes d’intimidation contre l’Institut Supérieur de la Santé sont inacceptables. L’ennemi est le virus. Pas ceux qui s’ingénient à le combattre ». Oui, c’est vrai, comment avons-nous pu l’oublier ? L’ennemi est le virus – et dire que nous le savions ! Nous faisons donc amende honorable en public et, en guise de pénitence, nous rappelons à nos lectrices et nos lecteurs que :

Est acceptable l’instauration d’un état d’urgence pour s’opposer à une pandémie un peu plus banale qu’à l’ordinaire ;
est acceptable la privation de toute bribe de liberté de mouvement ;
est acceptable l’interdiction de toucher ou serrer dans ses bras les proches qu’on désire toucher ou étreindre ;
est acceptable l’obligation d’endosser en permanence ce qui coupe le souffle sans apporter aucun avantage ;
est acceptable de ne pouvoir sortir de chez soi que si cela est justifié ;
est acceptable le confinement et le couvre-feu ;
est acceptable le massacre des prisonniers qui protestent contre leur propre isolement ;
est acceptable d’imposer un internement psychiatrique à ceux qui invitent publiquement les gens à sortir de chez eux ;
est acceptable la délation de masse ;
est acceptable de ne pas pouvoir assister ses proches sur le point de mourir ;
est acceptable le suicide de ceux qui se trouvent d’un coup sans aucun moyen de subsistance ;
est acceptable la répression étatique ou le lynchage privé de ceux qui prennent le soleil ou promènent leur chien ;
est acceptable de faire passer pour un vaccin salvateur une mixture pharmacologique dont les effets sont inconnus ;
est acceptable le terrorisme sanitaire-médiatique qui fait passer pour une victime du virus quiconque meurt… parce que positif au test anti-covid ;
est acceptable une vie privée de toute signification, de tout plaisir minimal, réduite dans le meilleur des cas à une simple survie biologique…

Il existe tant d’aberrations que nous avons découvert être acceptables au cours de cette dernière année, sur la vague de la grande mutation de l’être humain qui, en défiant la mort afin de défendre ou conquérir la liberté en est arrivé à renoncer à toute liberté afin de ne pas courir le risque de mourir. Qu’il en soit ainsi, nous sommes désormais résigné·es. Mais les ministres, les préfets et les généraux, les enquêteurs et les guideurs de peuples devraient aussi se résigner. Ce qu’ils nomment  « actes d’intimidation » vont augmenter, sinon en quantité, au moins en qualité. Parce que rien ni personne ne pourra empêcher qu’au cours des prochaines années, parmi les rares êtres humains de chair et de sang restés en circulation, ne devienne littéralement irrésistible la tentation de tirer les conclusions pratiques d’une évidence décennale :

C’est un grand malheur que de vivre en des temps aussi abominables. Mais c’est un malheur encore pire de ne pas tenter, au moins une fois, pour la beauté du geste, de les prendre à la gorge. »


Source : Sans Nom, traduit de l’italien de finimondo (15 mars 2021).

Manifs du 12 décembre : le carnage répressif en Marche

Que fait la police ? Ça crève les yeux !

Une soixantaine de mobilisations contre la proposition de loi « Sécurité globale »  1 ont rythmé cette fin de semaine dans tout l’Hexagone. Au moins 60 000 personnes ont marché ce samedi 12 décembre. Plus de 150 villes, des métropoles jusqu’aux localités plus modestes, ont déjà connu au moins un rassemblement depuis le 28 novembre. Nous nous en félicitons.

Toutefois, comme nous le redoutions, la manifestation parisienne, bien que dûment déclarée par un collectif d’organisations et autorisée par la préfecture de police, s’est transformée en un véritable carnage répressif.
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  1. Lien vers un décryptage de cette loi par l’association de défenses des droits et libertés sur internet La Quadrature du net

[Droit de réponse] Pourquoi on casse ?

Black Bloc Matter

Il est habituel de criminaliser la « casse »  1 lors des manifestations, mais nous  2 voulons ici proposer une analyse qui se tiendrait à l’écart du moralisme ou de la répression venant des discours dominants. Il ne s’agit de valoriser l’action directe violente tout en dénigrant la pluralité des formes de luttes, mais plutôt d’expliquer cette stratégie politique, qui peut se combiner à des actions pacifistes. Étant donné la complexité des problématiques sociales que l’on rencontre, une seule et unique façon de lutter a peu de chance d’être victorieuse.

Revenons un peu sur le mouvement…

Ce mouvement social que nous vivons actuellement, né en réaction aux mesures liberticides de la loi « sécurité globale » et des politiques en général du gouvernement Macron, s’élargit au fur et à mesure qu’il se heurte au durcissement totalitaire de l’État, à la répression et au déploiement de la Technopolice3 Bien sûr, tout cela a commencé bien avant et n’est que la juste continuité de nos réponses aux multiples oppressions de 2016  4 ou de celles à l’encontre des Gilets Jaunes en 2018 et 2019. Si des personnes n’y voient pas toutes le même sens — les revendications s’ajoutant les unes aux autres — il s’agit bien d’une réponse commune contre le système capitaliste tel que nous le connaissons, générateur de violences, d’oppressions et à l’origine de la destruction de notre monde et de nos vies.

Or le virus du capitalisme ne bénéficie qu’à une petite catégorie de privilégié·es, il serait difficile de le nier. Pour peu que l’on s’intéresse aux dynamiques économiques, on comprend que l’argent influence les pouvoirs, les régimes politiques et les lois, mais aussi nos relations et l’ensemble des rapports de domination existants au sein de notre société (en créant ou en maintenant des systèmes d’oppression liés à la classe, à la « race », au genre, à l’âge, à la validité physique, mentale ou émotionnelle, etc.)

Nos mouvements sociaux s’élèvent ainsi contre tout un monde, représenté par l’État, la police et les structures de l’économie capitaliste.
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  1. On entendra par là toutes les actions dites « violentes » et/ou de dégradations qui ont lieu lors de mouvements sociaux, qu’eles soient organisées ou spontanées.
  2. Ce texte, s’il est issu de discussions, de réflexions partagées et de rencontres, a été rédigé par une seule personne : ce « nous » est donc informel et ne saurait représenter l’ensemble des casseur·euses.
  3. Lire à ce sujet le manifeste de la Technopolice : la « Smart City » révèle son vrai visage, celui d’une mise sous surveillance totale de l’espace urbain à des fins policières – https://technopolice.fr/
  4. Avec le passage en force de la loi El Khomri par le biais du 49.3, les innombrables grèves, blocages et manifestations, le maintien de l’état d’urgence pour contrer la révolte populaire, etc.

Les 3 F de Macron : Floutage, Filoutage, Flicage

Violences ACABlantes

Un commissariat est bombardé à coups de feu d’artifice pour venger un copain blessé suite au pare-chocage de son scooter par les flics, d’autres flics jouant aux cowboys sont piteusement dépouillés de leurs armes. Ce contexte est pris comme prétexte par le pouvoir pour satisfaire les exigences du FN/RN et de ses alliés de la droite, retransmises par les syndicats policiers.

Désormais, obligation de floutage des vidéos filmant les actions des forces de l’ordre qui circulent sur les réseaux, éloignement des journalistes et des observateurs humanitaires, peine planchers pour ceux qui sont qualifiés d’« agresseurs » de policiers.

Il ne reste que le droit de tirer à vue sur la foule. À ce rythme là, ça ne va pas tarder. Jusqu’ici les actes de barbarie de la police, yeux crevés, mains arrachées, morts par asphyxie, étranglements ou encore pare-chocages… sont restés pratiquement impunis. Mais une partie des ces crimes pouvaient au moins être démasqués grâce aux vidéos et témoignages. Avec les nouvelles mesures décidées et celles dans les cartons, la police peut maintenant les camoufler encore plus.

Cette logique de floutage/flicage est dans l’ADN du pouvoir. C’est elle qui est à l’œuvre dans la gestion de l’épidémie de coronavirus. Toutes les données statistiques de la 1ère vague ont été floutées ; le pouvoir n’a pas cessé de filouter concernant les masques puis les tests et le suivi des contaminations ; plutôt que d’ouvrir des lits d’hôpitaux le pouvoir en a supprimé (comme au CHU de Nantes où 100 lits ont été fermés), la seule réponse a été répressive et liberticide : le couvre feu qui assure le flicage de la population.

Floutage, filoutage, flicage, les 3 F de Macron agissent comme une logique aveugle et cynique même dans le cas de la tragédie de l’assassinat du professeur du collège de Conflans, Samuel Paty. Floutage des circonstances exactes qui ont conduit à ce meurtre ignoble ; filoutage du discours sur l’unité nationale qui conduit directement à la stigmatisation des musulmans ; flicage avec la chasse aux sorcières lancée contre toutes celleux qui oseraient dénoncer l’islamophobie ambiante.

Gardons les yeux ouverts malgré l’obscurité de l’époque, la logique des 3F continuera d’agir. Ne baissons pas la garde.

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[COVID-19] 9 Lignes directrices pour une politique féministe

Key Focus Areas for a Feminist Policy

Il est essentiel que les gouvernements utilisent une approche fondée sur les droits humains pour garantir que chaque femme a accès aux informations, aux systèmes de soutien et aux ressources nécessaires pendant la crise actuelle.

Nous avons reconnu neuf domaines prioritaires à considérer dans le contexte de la crise COVID-19. Ils sont énumérés ci-dessous avec une brève description des défis potentiels et des recommandations qui prennent en compte les expériences vécues des personnes en position vulnérable — en particulier les femmes et les filles qui subissent un impact disproportionné en raison de leur sexe, de leur genre et de leur orientation sexuelle — et orientent les décideurs politiques vers des solutions qui n’exarcerberont pas leurs vulnérabilités ou amplifieront les inégalités existantes et qui garantiront leurs droits fondamentaux.

Ces lignes directrices ne remplacent pas l’engagement des femmes et des filles et d’autres communautés marginalisées dans la prise de décisions, mais justifient la consultation et la diversité des dirigeant·e·s.

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