Vos urnes sont trop petites pour nos Rêves

la servitude volontaire

À nouveau, l’heure de choisir les bergers va bientôt sonner…

Bien que troublés, les électeurs s’apprêtent à reprendre au refrain. Sous la baguette des chefs d’orchestre, tous les votards donneront de la voix. Tant pis, s’ils ne chantent pas juste. Candidats ! à vos trombones. Peuple souverain ! attention… Nous rénoverons le parlement. Une, deux ! une, deux ! Peuple ! aux urnes !… Gauche, droite ! c’est pour la République ! Une, deux ! gauche, droite ! En mesure…
— Vous n’êtes que des poires ! Zo d’Axa (1900).

« Une chose m’étonne prodigieusement – j’oserai dire qu’elle me stupéfie – c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ? Et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l’attendons. » 1

« Nous n’irons plus aux urnes »

Tel est le titre de l’essai du québécois Francis Dupuis-Déri, le tout assorti du sous-titre : Plaidoyer pour l’abstention. 2 L’auteur ne se contente pas de couper les lauriers de l’électoralisme mais il argumente avec force sur l’inutilité du suffragisme. Son apologie de l’abstention est bâtie d’une part sur un refus du « vote utile » et du voter pour le moins pire, ritournelle très utilisée en France depuis plusieurs années. D’autre part sur l’inefficacité du vote en matière de transformation sociale ; d’autant que pendant longtemps les « élites » se réservèrent ce « devoir civique » par crainte des pauvres, des femmes ou des esclaves qui auraient pu en faire mauvais usage. « Élites » qui d’ailleurs, quand cela les arrange, n’hésitent à jouer de l’abstention. Pour exemple, François de Rugy dépositaire d’une proposition de loi visant à rendre le vote obligatoire, s’est abstenu de voter 398 fois sur les 648 scrutins à l’Assemblée de 2012 à 2016. 3 Son cas n’est pas unique. Le 10 mai 2019, l’Assemblée nationale débattait sur la Loi de restauration de la cathédrale Notre-Dame, suite au discours solennel de Macron déclarant que l’État restaurerait le bâtiment en moins de cinq ans. Ce jour-là, sur les 577 députés [sensés « représenter » les françaises et français- N.d.Zeka], seuls 47 étaient présents. Le taux d’abstention des parlementaires a donc atteint 92 % !

Carte postale eugène petit 1909
Vive l’Anarchie ! Carte postale d’Eugène Petit (1909)

Voter ou ne pas voter, telle est la question qu’on n’ose pas poser dans nos régimes parlementaires, où les élections sont des rituels sacrés. En défendant la légitimité de l’abstention, cet essai attaque de front la conviction selon laquelle le vote serait un devoir, et le refus de voter une dangereuse hérésie. Bien plus qu’une simple apologie de l’abstention, cet ouvrage propose ainsi une critique radicale du système électoral.

Au-delà, l’auteur dénonce les rituels d’embrigadement et d’endoctrinement de la jeunesse mis en place un peu partout pour conditionner le futur électeur. Que ce soit, lors d’élections dans les établissements scolaires, les conseils municipaux de jeunesse, etc. De fait, la critique de l’auteur porte sur le système délégataire et parlementaire du vote. En effet, il prône comme dans les écoles alternatives l’utilisation du conseil comme lieu d’apprentissage de la démocratie réelle voire de l’autogestion. En bref, Dupuis-Déri défend globalement le principe de l’action directe politique et le refus de délégation.

Le vote de facto, même dans sa forme obligatoire ou pas, n’a d’autre fonction que d’entretenir l’illusion d’un pouvoir politique détenu par d’autres. Un tour de passe-passe habilement orchestrer par les libéraux. Alors, à quoi bon élire ceux qui sont « en grande partie responsable de la situation misérable » de beaucoup ? A quoi bon, par le vote délégataire « légitimer l’élite qui gouverne, commande, autorise et interdit » ? A quoi bon, « élire des parlementaires qui ne décident plus grand-chose » quand de fait le pouvoir est ailleurs ; au FMI, à l’OMC… Enfin, « les parlementaires prétendent servir le peuple mais n’est-ce pas plutôt la population qui travaille pour les parle-menteurs ?
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  1. Octave Mirbeau, La Grève des Électeurs. 1888.
  2. Nous n’irons plus aux urnes : Plaidoyer pour l’abstention (2019), par Francis Dupuis-Déri, Lux éditeur, A Publico, 192 p, 12 €.
  3. Soit environ 62% d’abstention à lui tout seul…

Pour la Vie !

Fairy in Flames

Depuis plus d’un an, une majorité d’occidentaux, abreuvée au dogme capitaliste, parle de revenir à la « normale » ; de retrouver son quotidien serein, de traverser à nouveau les frontières, de reprendre l’avion, de recommencer, en somme, à profiter en toute insouciance des privilèges auxquels cette majorité s’était habituée. Ces folies sécuritaires et vaccinales devraient pourtant alerter davantage, car elles sont la juste continuité du processus en cours, tel qu’il a été pensé par ces puissances qui prétendent nous diriger.

En effet, nous savons que le vaccin n’est qu’un énième patch pour permettre au Système de « maintenir le cap » qu’il s’est lui-même fixé. Un pansement pour nous faire oublier l’essentiel : c’est notre société industrielle qui détruit ce monde. C’est notre mode de vie qui est à l’origine de ce virus, si petit et pourtant si tenace et fortement virulent lorsqu’il se combine à certains facteurs environnementaux, conséquents de cette « normalité » qui nous tient tant à cœur (pollutions, élevage intensif, maltraitance animale, aridification des sols et Paradis pas un radis destruction des écosystèmes, génocide des peuples, exploitation et spoliation, racisme et militarisme…). Un vaccin pour oublier que nous, humains, excellons dans l’art de détruire ce qui pourtant nous permet de vivre. À écouter journalistes aux ordres et politiques, cela devrait naturellement continuer, car ceux-là n’aspirent maintenant plus qu’à retrouver cette aliénante « normalité ».

Alors… pourquoi ? Pourquoi appliquer les mesures gouvernementales, pourquoi respecter les confinements et couvre-feux, pourquoi se vacciner, pourquoi vouloir continuer si c’est pour vivre dans un monde en flammes ? Faut-il être fou pour ne pas voir que nous allons tous devenir dingues ?! Notre bourreau est le Système, exploiteur, patriarcal, pyramidal, raciste, voleur et criminel : la Civilisation industrielle. Or il est impossible de réformer ce système, ni de le transformer, ni de l’adoucir et encore moins de l’humaniser. Nous n’avons pas d’alternative.

Nous devons combattre pour la Vie ! Nous devons démanteler et détruire, par tous les moyens, chacun·e là où nous sommes, ce système mortifère et toutes les structures technologiques, politiques, industrielles et militaires qui le supportent !

Il nous semble que c’est là l’unique moyen pour offrir un monde relativement plus apaisé à l’ensemble de l’humanité, et un avenir possible et vivant à nos enfants et à toutes celles et ceux qui viendront ensuite, qu’ils soient ou non humains.

Source : Perla VITA (7 mai 2021).
Traduit de l’Italien par la Rédaction.

Critique de la servitude volontaire & autres rituels d’obéissance

Masquées mais pas muselées

Fort de la théorie et de l’expérience, j’ai le droit de soupçonner le premier venu d’être un porteur de germes. Vous, par exemple, absolument rien ne me prouve que vous n’en êtes pas un. »
— Jules Romains, « Knock ou le triomphe de la médecine » (1924)

En mars 2020, nous nous sommes retrouvé·e·s confronté·e·s à la pandémie de covid-19 et à l’absence totale de toute forme de liberté. Dans ce monde (virtuel) toujours privé de sincérité et souvent de radicalité, nous avons pensé que c’était le bon moment pour manifester notre refus d’obéissance.

Même si les indicateurs ne l’ont pas encore démontrés, nous comprenons que l’usage massif du masque par la population est peut-être un des leviers essentiels pour freiner la remontée du virus. Cependant, plutôt que de nous positionner pour ou contre son utilisation — ce qui serait une bêtise — nous préférons prendre le temps de réagir aux traumatismes et aux difficultés des autres et de chacun·e·s.

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[D.i.Y.CULTURE #10] La révolution anarchiste : hier et aujourd’hui

Par : La Rédaction

DIY Culture #10Paru le 12 juillet dernier, le numéro 10 de D.i.Y.CULTURE 1, est un hommage aux guerriers de classe de la révolution anarchiste qui a commencé en Espagne en juillet 1936. Ce fut une insurrection qui a impliqué des millions d’anarchistes et, comme Orwell l’avait dit, « a mis la classe ouvrière fermement en selle ». Un événement qui a défié l’autorité de l’État, qui a combattu le fascisme bec et ongles, qui a effacé le pouvoir des flics, qui a banni le propriétaire et les gangs du crime organisé surpuissants, qui a littéralement brûlé les siècles d’oppression de l’église catholique, et qui a été le la plus grande expérience de démocratie radicale et directe de l’histoire du monde – un bouleversement social qui pouvait potentiellement être un tournant dans l’histoire de l’humanité.

En plus de 10 pages flamboyantes du collectif Gata Negra à Valence, nous avons des contributions de Stuart Christie (l’homme qui est allé tuer Franco), Ruth Kinna sur l’optimisme d’Emma Goldman, de Vipera (des anarchistes de Moscou) avec son point de vue sur l’oppression LGBT en Russie, et des nouvelles des anarcho-punks de URC (Uptight Rebels Collective) sur la répression militaire continue à Cebu City (Philippines). On y trouve aussi une lettre d’un anarchiste du Rojava que nous nous permettons de reproduire ici (en Français).

Parce que nous le fûmes, parce que nous le serons !
¡Porque Fueron Somos, Porque Somos Serán!
Because You Were, We Will Be !

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  1. D.i.Y.CULTURE #10 | The Anarchist Revolution – Then And Now – Lire l’article (en Anglais)

Ma vie valait-elle la peine d’être vécue ?

toile d araignee

« Il a circulé tant d’histoires incohérentes à vous glacer le sang sur mon compte qu’il ne faut pas s‘étonner si les gens ordinaires ont le cœur qui palpite à la seule mention du nom de Emma Goldman. C’est vraiment dommage que soit révolu le temps où on brûlait les sorcières et où on les torturait pour exorciser l’esprit du mal. Parce qu’en fait, Emma Goldman est une sorcière ! Certes, elle ne mange pas des petits enfants, mais elle fait bien pire. Elle fabrique des bombes et défie les têtes couronnées. B-r-r-r ! »
[Emma Goldman, « What I Believe », New York World, 19 juillet 1908.]

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LES BLACK BLOCS : La liberté et l’égalité se manifestent

Black Blocs Paris

Par : La Rédaction

Pour le politologue Francis Dupuis-Déri, les mouvements autonomes incarnent l’espoir concret d’une société plus juste autant que la rage face au réel.

Depuis les années 1990, Francis Dupuis-Déri observe et analyse les stratégies et modes d’action des mouvements sociaux en France et en Amérique du Nord. Lui-même membre de groupes comme la Convergence des luttes anticapitaliste (CLAC) ou le Village alternatif anticapitaliste et antiguerre (VAAAG), il a pu saisir la complexité des relations entre militants et faire l’expérience de mobilisations telles que le G8 d’Évian en 2003 ou le sommet du G7 tenu à Québec l’année dernière. Universitaire à Montréal, il déconstruit habilement, dans ses travaux, les préjugés sur les anarchistes, les Black Blocs et les zadistes. Dans son nouvel ouvrage, il montre les liens de filiation entre tous ces mouvements hautement politiques.

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Peut-on légitimer la violence ?

Acte VI des Gilets Jaunes - Champs-Élysées

Par : La Rédaction

Lorsque l’on parle de violence, la plupart d’entre nous pense de suite aux crimes ou aux délits qui choquent la plupart des citoyens. Cependant, la violence peut parfois prendre d’autres formes comme dans certains conflits économiques et sociaux. Ce texte n’est pas un appel à la violence. C’est un appel à moins de violence, plus de Justice, de Raison et de Paix. S’il faut condamner les violences, alors il faut toutes les condamner, à commencer par les violences étatiques et celles du capital.

Au fil des années, la lutte contre cette violence est d’ailleurs devenue un enjeu politique dans l’hexagone. La violence lors des manifestations, jugée comme inacceptable, devient un sujet tabou de criminalisation des mouvements sociaux et de récupération politique. Fidèle à une ligne éditoriale partisane, il n’y a pas une semaine sans que la presse mainstream ne stigmatise nos douces échauffourées avec les forces de l’ordre. Pourtant, si notre société condamne toute forme de violence, individuelle ou collective, elle s’autorise toujours celle contrôlée par la Loi.

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Rien n’est à nous…

Rien n'est à nous

Le monde est une vaste chose. Des milliards d’individus s’y meuvent. Et pourtant, les ressources et la centralité du pouvoir appartiennent à bien peu de gens. Le capitalisme est un système économique qui n’est pas en mesure de faire circuler quoi que ce soit d’autre que des capitaux, des marchandises, et tout un monde fondé autour d’eux pour les protéger et les valoriser. Un monde dans lequel on apprend à condamner moralement celui qui vole une orange et à admirer celui qui fonde une banque. Un monde qui n’offre pour perspectives de réussite que le cannibalisme social et la concurrence, dans lequel il n’y a plus, aujourd’hui, mieux à faire que d’y refuser de parvenir. Un monde de bureaucratie, de misère, de tristesse et de béton armé, dans lequel l’État, tour à tour paternaliste et répressif, ne semble rien chercher d’autre qu’à maintenir le statu quo dans lequel il pourra continuer de rester maître des cartes. Un monde dans lequel nous ne sommes plus capables de formuler autre chose que des revendications séparées dans les termes et les conditions du pouvoir.

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