« Des Lumières à la 5G »

homme qui escalade une antenne 5G

Lorsque vous accélérez, votre capacité d’accélération est limitée par des contraintes matérielles, mais il doit aussi y avoir une limite de vitesse transcendantale à un moment donné. La limite ultime […], c’est la mort, ou la schizophrénie cosmique. C’est l’horizon ultime. »
— Ray Brassier 1, « Mad Black Deleuzianism: On Nick Land (Accelerationism) », 2017

Michel Foucault, à son époque, exhortait à ne pas tomber dans le piège du chantage intellectuel et politique qui consistait à répondre à la question « pour ou contre les Lumières ». 2 A present que les lumières s’éteignent, la question n’est même plus « pour ou contre les Lumières », mais « pour ou contre l’innovation, aka la 5G ». Cette fausse question ou ce « chantage à l’innovation » auquel Macron – mais il n’est pas le seul – recourait récemment 3, fait partie de la stratégie d’oblitération de la matérialité des enjeux au profit d’un impératif d’accélération absolument creux. « There is an important sense in which the only thing that does not seem to matter any more is matter », écrit très justement Karen Barad. 4

La 5G ce n’est pas qu’une affaire de start-ups ou de licornes magiques: cette accélération des flux présente des coûts humains (a), climatiques et écologiques (b), psychiques (c) et politiques (d) exorbitants, et, pour tout dire, au dessus de nos moyens.

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  1. L’intervention de Ray Brassier : https://invidious.xyz/watch?v=3QSOuVnFhEw
  2. Michel Foucault (1984) « Qu’est-ce que les Lumières ? » in Rabinow (P.), éd., The Foucault Reader, New York: Pantheon Books, pp. 32-50, aussi dans Dits et écrits, texte n°339.
  3. « Évidemment on va passer à la 5G. Je vais être très clair. La France c’est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation et beaucoup des défis que nous avons sur tous les secteurs se relèveront par l’innovation. Et donc on va expliquer, débattre, lever les doutes, tordre le cou à toutes les fausses idées, mais oui, la France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation. Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas au modèle Amish. Et je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine. » (Emmanuel Macron, 14 septembre 2020).
  4. Karen Barad (2003) « Posthumanist Performativity: Toward an Understanding of How Matter Comes to Matter », Signs: Journal of Women in Culture and Society, vol.28, no.3.

La Peur : virus sécuritaire

carnivorous

À partir du constat largement partagé selon lequel « le monde est dangereux », les dispositifs de coercition se sont considérablement renforcés, et cela est d’autant plus vrai avec la crise sanitaire actuelle. Il est flagrant, à l’heure où nous écrivons ces mots, que l’« insécurité » contre laquelle l’État veut s’édifier est celle de nos corps, de notre santé physique, psychique et mentale, et beaucoup moins la précarité sociale, laquelle bien que déjà catastrophique ne cesse de s’accroître avec le confinement. Si l’on accorde à Zigmunt Bauman que la « vulnérabilité et l’incertitude humaines sont les fondements de tout pouvoir politique » 1, il ne s’agit plus pour l’État de justifier son autorité par la protection qu’il accorde en regard des pénuries alimentaires ou des violences du marché engendrées par la crise, mais de légitimer, et d’accroître, son pouvoir par le recours théâtralisé à une « peur officielle » provoquée par le virus et transmise jusqu’aux recoins les plus éloignés des mondes « civilisés. »

Dramatisation de l’insécurité des corps

On dira qu’il s’agit de la même illusion qui consiste à croire dans la fonction protectrice de l’État, en lui conférant la charge invraisemblable de parer aux incertitudes de l’existence. Mais, là où l’État était confronté à la société comme à un interlocuteur qui interrogeait son autorité, l’État sécuritaire ne donne plus que deux directions possibles : la « menace » d’une crise sanitaire et économique sans précédent et celle des citoyen·ne·s recentré·e·s sur leurs peurs. D’un côté le modèle du conflit, de l’autre celui de la « guerre ». Cette dramatisation de l’insécurité des corps et l’exagération de l’insécurité économique n’a pas d’autre objectif : nous faire oublier l’autorité et restaurer la puissance.

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  1. Zigmunt Bauman, « Pouvoir et insécurité. Une généalogie de la “peur officielle“ », Esprit, novembre 2003.

[Contrôle Social] Parlez-vous « Macron » ?

Parlez-vous Macron

Nous publions cet article pour étudier une forme de contrôle social dont notre langage a fait l’objet à partir des années 1980. Il s’agit de la volonté, de la part du management et des politiques au pouvoir, de mettre en place un « langage commun » au sein de l’entreprise et, in fine, au sein même de la société civile. En conclusion de cet article, nous apporterons quelques idées pour lutter contre le capitalisme, et « créer » des cerveaux disponibles pour la Révolution en puisant dans les richesses de nos intelligences collectives.

La réalité est ce que nous tenons pour « vrai »

Ce que nous tenons pour « vrai » est ce que nous croyons. Or ce que nous croyons prend appui sur nos perceptions et sur notre langage. Lorsque nous pensons, nous n’inventons pas de mots, nous puisons dans notre langage les mots qui nous servent à penser. Mais lorsque ces mots n’existent plus, lorsqu’ils sont volés, transformés par le pouvoir ultralibéral, comment savoir si ce que nous pensons est « vrai » ?
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[Analyse] Contre toutes les guerres, contre tous les gouvernements : comprendre la « guerre » USA-Iran

Against All Wars, Against All Governments

Via CrimeThInc.

Après la frappe aérienne américaine qui a tué le général iranien Qasem Soleimani le 3 janvier 2020 et les frappes de missiles iraniens contre les positions américaines en Irak le 7 janvier 2020, il y a eu des inquiétudes considérable quant à l’escalade de conflits, provocations ou de guerre entre les États-Unis et l’Iran.

Dans un écosystème médiatique principalement alimenté par la peur et l’indignation, les mauvaises nouvelles se propagent rapidement et les pires interprétations des nouvelles se propagent le plus rapidement. Pour notre part, nous nous attendons à ce que la guerre s’intensifie, mais qu’elle prenne une forme plus diffuse que le type de guerre conventionnelle que la plupart des gens attendent.

En tant qu’ennemi·e·s déclaré·e·s de la guerre et de la tyrannie, nous pensons qu’il est important d’élaborer une stratégie en conséquence.

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Médias français, qui possède quoi ?

médias français qui possède quoi

Cette affiche prend le parti de la lisibilité plutôt que de l’exhaustivité. Y figurent des médias d’information qui « font l’opinion » et qui dépendent d’intérêts industriels ou financiers, de groupes de presse ou de l’État :

  • les titres de presse écrite papier à diffusion nationale de type généraliste, économique et politique ;
  • les titres de la presse quotidienne régionale ;
  • la télévision nationale (et quelques chaînes de télévision locales) ;
  • les canaux de radio à portée nationale ;
  • certains sites d’information en ligne.

Les titres indépendants (comme Le Canard enchaîné) ainsi que la presse dite alternative ne sont pas représentés 1. Enfin, on a limité les liens capitalistiques aux principaux actionnaires 2.

Médias français qui possède quoi Acrimed Le Monde Diplomatique

GitHub du projet : https://github.com/mdiplo/Medias_francais

Dernière mise à jour : décembre 2020.
  1. Lire « Quelques îlots résistent… » et Dominique Pinsolle, « Critique des médias, une histoire impétueuse », Le Monde diplomatique, avril 2016. Pour le cas particulier du Monde diplomatique, indépendant au sein du groupe Le Monde, voir « L’indépendance du “Monde diplomatique” » (janvier 2011), « “Le Monde” et nous » (juillet 2010) et « “Le Monde” et le “Diplo” » (avril 2003).
  2. Ces propriétaires n’ont cependant pas besoin de posséder une majorité d’actions au sein des groupes pour exercer leur pouvoir. Ainsi, grâce à des montages financiers complexes, Vincent Bolloré contrôle Vivendi avec 20 % des actions, Arnaud Lagardère contrôle Lagardère SCA avec 8 %, etc.