Crois ZAD : l’Autonomie est-elle une utopie ?

Est-ce une utopie de croire que l’on peut vivre autrement dans une société où tout est contrôlé, encadré, surveillé et qui ne cesse de resserrer son étau autour de chacun ? Nous sommes contraints de nous restreindre toujours plus étroitement dans une vie formatée et mécanique. Les lois actuelles sont communes et — probablement — nécessaires : tout individu, bien évidemment, doit les intégrer pour vivre en communauté ; est-ce pour autant que l’autonomie devrait s’en voir réduite au néant ?

La question est élusive : entre besoin sociétal et désir d’indépendance, l’équivoque est légion. Pourtant, partant de cette fameuse « insociable sociabilité » énoncée par Kant, nous devons nous rendre à l’évidence : la marginalisation, hélas, est plus étouffée qu’encouragée. Cependant, ou tout du moins de manière minime, chacun se dicte selon ses propres convictions et valeurs ; sans déclarer, comme Corneille, « je suis maître de moi comme de l’univers », nous pouvons tout de même prétendre, pour commencer, à une autonomie minime et légitime — qui concilie les règles de la société avec nos lois intérieures.

Bien sûr, chaque société donne du lest de manière variable, certains états s’enfermant même dans une autarcie, comme la Corée du Nord, et donc, dans un certain sens, dans une autonomie à grande échelle. Et puis, l’éventualité de l’ermitage est toujours envisageable : un homme ayant goûté au travers de la société préfère s’en éloigner librement. Mais, là encore, le socle commun reste essentiel ; nous ne pouvons naître et vivre entièrement autonomes, puisque les cultures nous sont vitales : elles nous procurent des acquis indispensables en terme de survie.

Ainsi, le plus souvent, ce ne sont pas des individus seuls, mais bien des groupuscules minoritaires qui se fraient un chemin : en matière politique par exemple, c’est le cas du mouvement Nuit Debout, un peu trop chauviniste sans nul doute, mais né lors des lutte sociales contre le remaniement du code du travail et qui prône une nouvelle démocratie participative dans la rue. Évoquons également les actions autonomes, les alternatives citoyennes ou les villages autogérés nés dans les Zones À Défendre (ZAD) ainsi que dans les différentes T.A.Z (zones d’autonomies temporaires) dont parlait Hakim Bey.

Pour finir, il est important de souligner que ces autonomies sont reçues très aléatoirement, et ce pour n’importe quel type de comportement : outre l’exigence du tronc commun de la justice, les hommes, partie intégrante des sociétés, acceptent ou réfutent parfois violemment ces indépendances. Les coups d’État, les révolutions ou même les dictatures sont des actions générées globalement par une personne autonome. Néanmoins, elles peuvent paradoxalement mener à des ordres sociétaires dans lesquels les individus sont excessivement surveillés, ce qui annihile inévitablement l’indépendance individuelle.

D’autre part, il existe de plus en plus des martyrs pointés du doigt : les parias, cibles d’autrui, totalement rejetés des entités. Ces dernières illustrations érodent considérablement l’autonomie au sens large. Car comment imaginer l’autonomie dans une société où tout et tout le monde doit être propre, lisse, rentable et où toute personne qui refuse ce modèle est considérée comme suspecte, voire illégale ?

Pour conclure, il est important de rappeler toute la relativité du thème. L’autonomie est changeante selon les échelles et les circonstances, une réponse impartiale ne peut pas être amenée ; pas plus qu’une réponse exhaustive : la question, large, ne saurait être discutée entièrement si brièvement. Chacun a le loisir de se dicter par sa propre autonomie de manière personnelle, tout en respectant la communauté, afin que les règles collectives cautionnent cette voie singulière.