Analyse, astuces et tactiques – N’attendons pas qu’il soit trop tard !

Au cours des dernières années, nos manifs ont fait l’objet de nombreuses évaluations et analyses, ce qui a suffi pour que certaines tentatives fructueuses soient menées à bien afin de rompre avec des comportements bien ancrés et de retrouver un espace d’action.

Nous espérons généralement autre chose de nos manifs que d’être vus et entendus, ou de bloquer quelque chose. Bien sûr, il s’agit de créer des moments partagés, des moments où nous nous rassemblons dans les rues, des moments où nous pouvons briser la normalité et surmonter l’inertie de masse et nous libérer du joug sociétal. Des moments dans lesquels nous pouvons reconnaître et expérimenter notre force commune. Non pas comme un événement, mais dans le but de créer un moment qui nous relie à d’autres moments de pratique radicale et qui s’en inspire. Des moments à partir desquels une dynamique peut se développer, dans lesquels il est possible de s’inscrire spontanément, d’essayer et d’acquérir de l’expérience.

Afin de ne pas nous attirer dans notre propre piège, il est indispensable de repenser et d’adapter sans cesse nos approches et de sortir des approches et des comportements bien ancrés. En guise de base, nous avons résumé ici quelques analyses et suggestions.

Des groupes et non des rangs

Les manifs l’ont confirmé, les rangées rigides ne sont pas utiles dans un cortège dynamique. Pire, elles empêchent tout le monde de se rendre rapidement à l’avant ou à l’arrière, sauf les flics, car ils viennent des côtés. C’est pourquoi il est souvent plus judicieux d’installer une chaîne le long des côtés du cortège pour le protéger. De plus, les chaînes n’ont de sens que lorsqu’il y a une menace statique venant de l’extérieur. Sans bras libres, il est difficile de se protéger et de protéger son prochain et de changer de position. Enfin, l’intégralité de la rue peut être prise plus rapidement si nous pouvons circuler librement en groupe. Notre expérience a démontré qu’il était aussi plus sûr de se tenir au niveau de la taille plutôt que de s’accrocher par les bras.

La rue est à nous — toute la rue

Investir les trottoirs a également du sens dès lors qu’on est un groupe plus important. Si les policiers mettent en place un cordon de sécurité, celui-ci a plus de chances d’être brisé s’il y a autant de personnes « de l’autre côté » et qu’elles ont également un effet sur les policiers depuis l’extérieur. S’il n’y a pas de cordon, cela empêche les policiers de surveiller qui se déplace et ce qui se passe. Pour que nous puissions déterminer nous-mêmes la dynamique, il n’y aura que le haut-parleur au début et à la fin. Nous ne pensons pas que ce soit une bonne idée d’avoir des vélos dans un cortège, encore moins des poussettes. Veuillez considérer si la manif peut être un bon endroit pour les petits enfants qui n’ont ni le recul ni l’esprit critique pour choisir ce qu’ils font et dans quelle situation ils se mettent. En revanche, se déplacer en patins à roulettes est une expérience — vécue — intéressante et qui permet non seulement d’avoir une vision périphérique en hauteur, mais de se déplacer rapidement d’un point à un autre des cortèges (à condition de maîtriser vos trajectoires).

Veiller les uns sur les autres – Nous sommes plus fort·es ensemble

Si nous jouons sur notre force collective, nous pouvons au mieux empêcher les gens d’être arrêtés. Pour cela, il est important de laisser les personnes qui ont trop l’attention des flics disparaître dans la masse et de ne pas les bloquer à l’extérieur ou de les empêcher de fuir. Prenons en charge les personnes qui veulent se changer ou préparer quelque chose. Pour cela, il est également utile de garder un œil sur tout ce qui nous entoure. Si nous gardons les yeux ouverts sur les personnes qui sont autour de nous, nous pouvons leur relayer des informations importantes, leur éviter de recevoir un coup de matraque sur la tête, qu’elles se heurtent à une borne ou qu’lles se retrouvent isolées au moment où elles ont le plus besoin d’aide ou de soutien. Il y a toujours des moments où l’on veut s’écarter du chemin. Mais surtout, il est important de ne pas courir, de ne pas s’enfuir, il est presque toujours plus judicieux de rester ensemble et de garder son calme. Quand les choses deviennent un peu confuses, prendre une profonde respiration aide beaucoup plus que de paniquer. De même, au moment de la dispersion, il est bon de partir lentement, et surtout jamais seul. Bien sûr, il y a des situations où courir a du sens — mais même dans ce cas, il est important de ne pas laisser les autres derrière soi ou de ne pas piétiner un compas tombé à terre !

Il est logique de se déplacer avec un groupe de référence, c’est-à-dire des personnes que je connais déjà, avec lesquelles j’ai au mieux déjà acquis de l’expérience, mais en tout cas avec lesquelles j’ai déjà discuté. Qu’est-ce que nous aimons faire, qu’est-ce qui nous pose problème, quels sont nos besoins, comment nous nous aidons les uns les autres – dans la manif mais aussi émotionnellement – qu’est-ce qu’il y a à faire et qui s’occupe de quoi quand une personne est arrêtée ou emmenée en garde à vue, etc. Si l’on vient seul·e, il est toujours utile de parler aux gens, de s’enquérir de leur état émotionnel, de prendre soin des autres et de tendre la main à quiconque en a besoin.

Le manif est ce que vous en faites

Pour que quelque chose se passe quelque part pendant la manif, il faut que quelqu’un le fasse. Chacun est invité à réfléchir à ce qu’il aimerait voir dans une manif et à se demander comment cela peut se faire. Jetez donc un coup d’œil à l’itinéraire au préalable et réfléchissez-y : Comment et où vous voulez vous rendre à la manif ? Le point de départ est assez grand et comporte beaucoup d’entrées, mais c’est aussi là qu’il y aura la plus grande densité de flics et de contrôles. Vous pourriez imaginer arpenter le parcours la veille (de nuit) et déposer tout ce dont vous avez besoin (rechange, petits marteaux, outillages divers, artifices, etc) dans des poubelles de ville, derrière des recoins de murs, sous des bouches dégouts de trottoirs, etc. Cela permet d’arriver à une manif sans risquer un contrôle de police qui tourne mal, de retrouver votre attirail pour vos actions directement sur place, voire de vous en débarasser de la même façon que vous l’avez planqué pour venir le récupérer plus tard (ou pas).

Identifiez les points stratégiques sur le parcours et à proximité

Un groupe, même une petite unité de 5 ou 6 personnes, qui sortent de la manif pour agir autour peut créer un élan collectif et rendre la situation incontrôlable pour les flics. Si quelque chose d’imprévu se produit à l’extérieur, cela stresse les flics et peut briser les cordons de sécurité, c’est au moins motivant. Quels sont les endroits qui pourraient nous poser problème et ce qui y serait utile, ce que nous pouvons y faire ? Par exemple, sur cette rue adjacente il y aura peu d’autres personnes, néanmoins il est logique de tracter du flyer, de coller des affiches, de tagguer, etc.

Quel est l’objectif (géographique) de votre manif/cortège ?

Enfin, il est important de ne pas attendre le dénouement sans préparation préalable. Vous avez besoin d’un plan dès le départ. Comme indiqué plus haut, il est préférable de ne pas y aller seul, tout du moins de ne pas s’élancer dans des actions solitaires si vous n’y êtes pas préparé ni d’attirer toute l’attention sur soi. À chaque instant de la manif, faites attention à l’endroit où vous allez, vous n’avez probablement pas envie de foncer sur les caméras les plus proches ou sur un groupe de flics en embuscade au détour d’une rue piétonne.

Répression

Chacun d’entre nous a déjà subi la répression pendant une manifestation. Vous devez garder à l’esprit que quelque soit votre niveau de préparation, vos aptitudes physiques, vos intuitions et les ami·es qui vous entourent, nul n’est à l’abri de ne pas se faire chopper par les flics. Vous devriez consulter notre rubrique Antirep et retenir les numéros d’avocats engagés auprès des personnes réprimées. À Nantes, le numéro de la Legal Team est le 06 75 30 95 45. Retenez-le par cœur. Les Legal Teams sont là pour vous soutenir et savoir ensuite comment cela s’est passé pour vous pendant la manif. Si vous êtes témoin d’une arrestation ou d’une détention prolongée, contactez la Légal Team en indiquant uniquement le lieu, l’heure et le contexte. Si un·e des tes proches a été interpellé·e, la Legal Team peut t’accompagner pour soutenir ton/ta proche. N’hésite pas à les appeler. Pas de noms au téléphone et rien qui pourrait incriminer la personne.

Les flics essaient généralement de rester au contact, en chargeant les cortèges pour frapper, gazer et attraper au passage des compas. La plupart du temps, quand il y a des interpellations en manif, il y a un rassemblement devant les commissariats. À Nantes, c’est à Waldeck Rousseau que l’on se rassemble pour soutenir les personnes. N’hésite pas à y aller et, si tu le peux, amène des trucs pour boire/manger/se réchauffer. Comme toujours, prenez soin de vos vêtements en manif et n’oubliez pas d’apporter des vêtements de rechange !

Vers la victoire !

Dans une manif dynamique, la responsabilité personnelle, la solidarité et l’attention restent nos atouts les plus féconds pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.


D’après un tract diffusé par KøpiBleibt (Berlin, Mai 2021).