À propos des temps à venir

Ce qui se passe à l’échelle planétaire aujourd’hui est certainement la fin d’un Monde.

La Fin du Monde m’ennuie. C’est officiel ; ballades immondes, politiciennes, mirages pérennes. « Futur et progrès » crient des haut-parleurs paranoïaques. « Croissance » et après ? Comme un bonheur trompeur pour Travailleur maniaque. Pourtant, nous ne sommes ni esclaves du Passé, ni otages du Futur : un mensonge suranné ! Un mensonge… ça c’est sûr. Pourtant… c’est la fin d’un monde à chaque instant.
– Zeka, Nuits polychromes, 2016

Ce qui se passe aujourd’hui à l’échelle planétaire est certainement la fin d’un monde. Mais pas – comme le souhaiteraient ceux qui tentent de le gouverner selon leurs intérêts – dans le sens d’une transition vers un monde plus adapté aux nouveaux besoins du consortium humain. L’ère des démocraties bourgeoises est révolue, avec ses droits, ses constitutions et ses parlements. Au-delà de l’écorce juridique, certainement pas anodine, le monde qui a commencé avec la révolution industrielle et s’est développé jusqu’aux deux – ou trois – guerres mondiales et les totalitarismes – tyranniques ou démocratiques – qui les ont accompagnés se termine.

Si les puissances qui gouvernent le monde ont cru devoir recourir à des mesures et des dispositifs aussi extrêmes que la biosécurité et la terreur sanitaire, qu’ils ont instigué partout et sans réserve et menacent désormais de devenir incontrôlables, c’est parce qu’elles craignaient de ne pas avoir d’autre choix pour survivre, pour maintenir nos modes de vies aberrant au détriment de la souffrance des autres. Et si les gens ont accepté les mesures despotiques et les contraintes sans précédent auxquelles ils ont été soumis sans aucune garantie, ce n’est pas seulement à cause de la peur de la pandémie, mais probablement parce que, plus ou moins inconsciemment, ils savaient que le monde dans lequel ils avaient vécu jusque-là commençait à disparaître. Ce monde-là ne pouvait pas continuer, il était trop injuste et inhumain. Il va sans dire que les gouvernements nous préparent un monde encore plus inhumain, encore plus injuste et encore plus permissif/répressif ; mais en tout cas, des deux côtés, il semblait évident que l’ancien monde – c’est ainsi que l’on commence à l’appeler maintenant – ne pouvait pas continuer dans cette direction. Il y a certainement là, comme dans tout pressentiment sombre, un élément religieux. La santé a remplacé le salut, la vie biologique a remplacé la vie éternelle et l’Église, qui a longtemps été habituée à se compromettre avec les besoins du monde, a plus ou moins explicitement consenti à ce remplacement.

Conscients qu’il n’y a rien à reconstruire, nous ne regrettons pas ce monde qui s’achève. Nous n’avons aucune nostalgie pour l’humain ou le divin que les vagues incessantes du temps effacent comme un dessin sur le sable de l’histoire. Mais avec une égale détermination, nous rejetons la vie muette et sans vie-sage, et la sacro-sainte religion de la santé que les gouvernements nous proposent. Nous n’attendons ni un nouveau dieu ni un humain nouveau – nous cherchons plutôt ici et maintenant, parmi les ruines qui nous entourent, une forme de vie humble et plus simple, qui n’est pas un mirage, car nous en avons la mémoire et l’expérience, même si, en nous et en dehors de nous, les puissances adverses la rejettent à chaque fois vers l’oubli.

Reçu par mail, le 25/11/2020.