5G : menace pour la santé publique et l’environnement

Selon la Loi n° 2015-136 du 9 février 2015 relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques, la première mesure était : « l’instauration d’une procédure d’information des maires et des habitants en amont de l’implantation d’antennes-relais et la création d’une instance de concertation le cas échéant. »

Or dans le cadre de la Loi d’État d’urgence sanitaire, le Gouvernement a pris, par ordonnance n°2020-320 du 25 mars 2020, des dispositions dérogatoires concernant les antennes-relais et émetteurs radioélectriques, pour faire face à l’accroissement de l’usage du numérique. Concrètement, l’article 1 permet de déroger aux règles habituelles imposées par le code de l’urbanisme, de ne pas informer les maires de l’installation d’antennes-relais, et donc, in fine, le reste de la population. L’article 2 permet également aux opérateurs de se passer de l’accord de l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR).

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« Sous prétexte de se prémunir contre la montée en charge des réseaux, il s’agit d’une véritable aubaine pour les opérateurs qui pourront, en toute discrétion, augmenter la puissance d’antennes, couvrir à peu de frais les zones blanches ou grises, voire anticiper le déploiement de la 5G », s’alarment, dans un communiqué commun, les associations PRIARTEM (Pour une réglementation des antennes relais de téléphonie mobile), France Nature Environnement (FNE), le CNAFAL (Conseil National des Associations Familiales laïques) et Agir pour l’Environnement.

479 stations 5G en fonctionnement depuis Mars

Au 1er avril 2020, 51 756 sites 4G étaient autorisés par l’ANFR, dont 45 748 en service, tous opérateurs confondus. Au mois de mars, les autorisations et mises en service de sites 4G ont poursuivi leur progression, en augmentation de 1 %. Trois nouvelles stations 5G expérimentales ont, par ailleurs, été autorisées dans la bande 3,5 GHz, pour un total de 479 stations autorisées en France.

Récemment, le régulateur des télécoms annonçait que Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free Mobile avaient chacun déposé un dossier de candidature pour des fréquences 5G. C’est au printemps 2019 que l’opérateur Free Mobile avait reçu l’autorisation de procéder à des tests sur la 5G. Cette phase expérimentale a eu lieu à Paris, plus précisément au niveau de la station F. Il faut savoir que Free Mobile ne fut pas le premier opérateur à prendre cette initiative en France. En réalité, ses trois concurrents Orange, Bouygues et SFR l’avaient déjà devancé.

Après la phase expérimentale, les installations des systèmes mobiles de cinquième génération, appelées 5G, prévoient le positionnement de nouvelles infrastructures technologiques de plusieurs centaines de groupes de nouvelles mini-antennes, lesquelles seront déployées sur les maisons, les écoles, les centres de loisirs, les lampadaires et plus encore. Ensuite, il y a aussi le projet de satellites Wi-Fi et de drones sans fil qui, à terme, devraient couvrir 98% du territoire national de radiofréquences et desservir 99% de la population, les smart cities et les objets connectés. L’Internet des Objets, c’est une montée exponentielle ubuesque des ondes électromagnétiques à laquelle la population sera exposée 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an.

pylone electrique

Gardez à l’esprit que le rayonnement 5G s’ajoute à celui des systèmes de téléphonie mobile (2G, 3G, 4G), à ceux du Wi-Fi, des puces RFID et du Wi-Max actuels et qu’il est nécessaire d’évaluer son impact sur la santé publique, sur la flore et la faune et le cumul de ces expositions prolongées sur le long terme. À l’heure actuelle, toutes les études « officielles » des industriels de la téléphonie concernant les effets biologiques provoqués par une exposition prolongée aux radiofréquences ont été opacifiées voire abandonnées, notamment compte tenu du fait que de nombreuses recherches indépendantes semblent démontrer des effets biologiques potentiellement néfastes et responsables de maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer, de troubles hormonaux, d’une nocivité accrue pour la fertilité, ainsi que de risques notables pour la flore et la faune, même en dessous des limites légales actuelles.

La raison pour laquelle l’industrie a décidé de passer aux fréquences extrêmement élevées de la 5G est qu’avec de telles fréquences, il est possible de transporter beaucoup plus d’informations, plus vite, plus loin, plus longtemps. Nous pouvons donc être sûrs que la 5G impliquera un nombre de pulsations beaucoup plus important que les champs électromagnétiques auxquels nous sommes actuellement exposés.

Ondes radio : un agent probablement cancérogène

Notons que depuis 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé a classé les ondes radioélectriques non ionisantes comme « cancérogènes possibles » (catégorie 2B). De plus, d’ici 2 à 3 ans et suite aux « Recommandations du groupe consultatif sur les priorités de la monographie du CIRC » pour la période 2020-2024 (publiées sur le site de référence The Lancet Oncology), la classification sera réévaluée pour atteindre la catégorie 2A : « agent probablement cancérogène », voire la catégorie 1 : « cancérogène avéré ». Dans le rapport final du National Toxicology Program, les nouvelles données épidémiologiques permettent aux chercheurs d’affirmer que « des preuves évidentes que des rats mâles exposés à des niveaux élevés de rayonnement radiofréquence, tels que 2G et 3G, développent des tumeurs rares de leurs cellules nerveuses cardiaques » et « certaines preuves de tumeurs cérébrales et surrénales ».

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Dans une récente étude, le Ramazzini Institute (Cesare Maltoni Cancer Research Center) de Bologne qui a analysé les expositions aux radiofréquences de la téléphonie mobile (dans un spectre mille fois plus faible que celui utilisé dans l’étude américaine), attribue la responsabilité des cancers communs aux expositions actuelles des antennes de téléphones portables humains. Dans les faits, des augmentations statistiquement significatives de schwannomes malins apparaissent, des tumeurs rares des cellules nerveuses du cœur, chez les rats mâles de groupes exposés à la plus forte intensité de champ, 50 V / m (Volts/mètre). Les chercheurs ont également observé une augmentation d’autres lésions, déjà retrouvées dans l’étude américaine : hyperplasie des cellules de Schwann et gliomes malins (tumeurs cérébrales) dans des proportions très élevées. Récemment, la Dre Mirella Belpoggi, directrice de l’Institut Ramazzini déclarait : « la 5G ne mise pas sur la sécurité ».

De plus, 200 scientifiques indépendants dirigés par le professeur Lennart Hardell, oncologue suédois et professeur à l’hôpital universitaire d’Örebro (Suède) ont signé l’appel international pour un moratoire sur la 5G. Un second appel a déjà recueilli plus de 100 000 adhésions de chercheurs, de citoyens et d’organisations de 187 pays dans le monde. Ce dernier met à disposition une bibliographie très riche, qui atteste des nombreux risques biologiques liés à la pollution électromagnétique.

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En 2018, le comité scientifique des risques environnementaux et émergents pour la santé (SCHEER) de la Communauté européenne a déclaré que la 5G mettait en évidence « des problèmes critiques inconnus concernant les risques pour la santé et la sécurité. La controverse porte sur les dommages causés par les technologies sans fil 2G, 3G et 4G actuelles. » Le même comité déclarait que la question de savoir comment « l’exposition aux champs électromagnétiques pourrait affecter les humains reste un domaine controversé et les études n’ont pas fourni de preuves claires de l’impact sur les mammifères, les oiseaux ou les insectes. L’absence de preuves claires pour éclairer l’élaboration des lignes directrices sur l’exposition à la technologie 5G ouvre la possibilité de conséquences biologiques imprévues ».

Conflits d’intérêts entre l’ICNIRP et l’industrie

Autre fait non négligeable, c’est la soi-disant « Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) », une organisation privée basée en Allemagne, au centre de nombreuses controverses et d’attaques contre des scientifiques, des médecins et des chercheurs du monde entier qui l’accusent de conflits d’intérêts avec l’industrie des télécommunications et d’un manque cruel de transparence dans ses recherches. Or c’est cette même autorité, l’ICNIRP, qui non seulement continue de plaider une thèse négationniste sur les soi-disant effets non thermiques à moyen et long terme des ondes électromagnétiques, mais qui sert également de « base référente » aux industriels du secteur en Europe.

Martin Pall, professeur émérite de biochimie et des sciences médicales fondamentales de l’Université de l’État de Washington (États-Unis), soutenu par la plupart des spécialistes mondiaux sur l’interaction entre les champs électromagnétiques et la santé, dénonce dans un commentaire du 7 octobre 2018 le danger pour la santé humaine lié aux radiofréquences, y compris la 5G, soulignant les distorsions et les défauts méthodologiques utilisés par l’ICNIRP. Ses recherches s’appuient sur de nombreuses études antérieures, notamment celles effectuées en septembre 2011 par le International Journal of Neuroscience (UK), lequel avait révélé la découverte d’un nouveau syndrome neurologique provoqué par l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques.

Malgré les jugements, la France va plus loin

syndrome sensibilité ondes radioCes dernières années pourtant, il y a eu de nombreuses premières condamnations de tribunaux européens, constatant des « effets néfastes sur la santé humaine » provoqués par les ondes électromagnétiques. De plus, une série de jugements rendus au cours de la dernière décennie par la justice internationale attestent des dommages causés par la pollution électromagnétique. Depuis 2008, les travaux pionniers de l’ARTAC ont permis de décrire médicalement l’intolérance aux champs électromagnétiques sous le terme de Syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM).

Les champs électromagnétiques impliqués dans la survenue de ce syndrome comprennent l’ensemble du spectre des fréquences, allant des extrêmement basses fréquences aux fréquences les plus élevées ce qui inclut donc en particulier les radiofréquences et hyperfréquences. Ainsi, sont concernés non seulement les champs électromagnétiques émis par les lignes à haute ou à très haute tension, mais aussi les antennes de télévision ou de radio et toutes formes d’antennes relais. Et plus particulièrement en matière d’usage individuel ou collectif, la téléphonie mobile, les ordinateurs, les systèmes WiFi et Wimax, les appareils connectés, les puces RFID, etc. En France, il faudra attendre 2018 pour que soit enfin reconnue l’électrosensibilité comme risque professionnel. Le 15 janvier 2019, en Italie, le Tribunal administratif de Lazio a condamné les ministères de la Santé, de l’Environnement et de l’Éducation à promouvoir une campagne d’information adéquate « concernant l’identification des bonnes méthodes d’utilisation de téléphones mobiles ».

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Enfin, les liens existants entre un usage excessif du téléphone mobile et l’apparition de cancers on fait l’objet d’une jurisprudence en 2012, permettant ainsi à de nombreuses compagnies d’assurance internationales bien connues (telles que Swiss Re ou Llyoid pour ne citer qu’elles) de ne plus couvrir leurs patients. C’est une des raisons pour lesquelles la Belgique a bloqué l’introduction de la 5G sur son territoire, ainsi que trois cantons suisses. La Hollande et l’Allemagne, quant à elles, ont réclamé des tests afin d’empêcher une surdose de pollution électromagnétique et la municipalité de Ravensburg prévoit des zones franches (c.-à-d. sans rayonnement 5G) pour protéger les malades et les patients les plus à risque. Il en est de même au Portugal et à Malte. Allant à l’encontre de toutes les recommandations sanitaires, la France va beaucoup plus loin : le gouvernement espère un premier déploiement commercial dans quelques grandes villes à la fin de l’année 2020 et la couverture des deux tiers de la population d’ici 2026.

Pourtant, de nombreuses municipalités s’interrogent sur le « côté obscur » de l’Internet des objets. Comme nous l’évoquions au début de cet article, plusieurs ONG appellent à un moratoire sur le déploiement de la 5G, estimant que cette technologie va faire « basculer la planète et la société dans un monde aux conséquences hors de contrôle ». « Les technologies de la communication sans fil et du numérique ont déjà des impacts qui n’ont rien de virtuel : risques pour la santé physique et mentale, hyperconnexion dans le monde du travail et chez les jeunes, sols, paysages et écosystèmes impactés, facture énergétique grandissante, gaspillage de ressources, risques du big data sur les libertés, poids des lobbies sur la science et les politiques publiques… » notent ces associations, estimant que la 5G conduira « inéluctablement à aggraver cet état de fait ».

Elles réclament ainsi un moratoire sur le déploiement du réseau : « développer un programme qui modifiera durablement l’environnement électromagnétique de la planète, les interactions personne-machine et le fonctionnement global de notre société ne peut être imaginé sans une réflexion et un débat citoyen approfondis ». La mise en service des 479 stations 5G depuis le début du mois de mars ne devrait pas nous rassurer quant à l’hypothétique existence de ce moratoire ni d’un débat public préalable relatif au déploiement de la 5G en France…


Contre la 5G et le monde qui en a besoin !

Comment détruire des antenne-relais ?

manuel destruction antenne relaisPour toutes les raisons évoquées ci-dessus, et si ni l’État ni les municipalités ne réagissent à ce sujet, il nous apparaît vital d’intervenir nous-mêmes pour protéger la santé publique. Pour ce faire, le site 325 a publié un tract éducatif pour enseigner « comment détruire des antennes-relais ? » Également relayé par Attaque en version française, vous pouvez le télécharger librement en PDF ci-dessous (format A5) :

Carte des antennes relais (en France) :