[Redon] Le contrôleur SNCF était un nazi

Chemins de fer Français

Le lieu : Lundi matin, 6h45. Dans le train TER 858253 au départ de Nantes et à destination de Quimper, un camarade est confronté au zèle et à des brimades humiliantes de la part d’un contrôleur.

Le flic/contrôleur : individu de forte stature, la cinquantaine, cheveux poivre et sel, calot et costume bleu marine, œil morne, regard semis-clos, joues pendantes. Teint écarlate. Postillonnant.

Les faits : notre ami grignote un biscuit sablé. Le contrôleur lui impose de remonter son masque : « Monsieur, votre masque ! ». Avec respect, il lui répond qu’il va le remettre mais qu’il finit sa bouchée avant. C’est le drame. Le flic éructe : « Qu’est-ce que vous dites Monsieur ? », « Vous vous révoltez ? », « C’est criminel ». À cet instant, un poto se lève avec la ferme intention de recadrer le type dont la chemise vient de virer au brun. Finalement, on se ravise, le spécimen menaçe désormais d’envoyer la « Pôoolice » à l’arrivée si on ne baisse pas d’un ton. En bon maniaque, il persiste dans sa folie : « Vous ne mangez pas ! Non messieurs, vous ne mangez pas ! Vous grignotez ». C’est pathétique. Nous lui répétons que ce n’est pas la fin du monde, que notre ami porte le masque dix-sept heures par jour et qu’il est plutôt respectueux. Ce qui est vrai. « Non, vous ne l’êtes pas » insiste-t-il. Il répète, en postillonnant violemment dans son masque, qu’il ne va pas « baisser son froc » devant nous ! Qu’il se rassure : on ne lui en demandait pas tant. Le fonctionnaire s’enflamme et nous accuse carrément de mettre en danger la vie des autres passagers. Il répète à l’envi que des gens comme nous sont « une menace » pour les autres.

Humiliation publique. Tentative d’intimidation. Mise en accusation devant témoins. Ça sentait bon le totalitarisme dans la rame ce matin !  Mais l’histoire se répèterait-elle ? À une époque pas si lointaine, des agents des Chemins de Fer Français collaient des étoiles jaunes sur les gens dans les wagons. Quatre-vingt ans plus tard, il suffit de prendre le train (de son plein gré) pour tomber sur des agents de la SNCF qui s’autorisent à agir comme des nazis…

Co-Errance

co errance

Pourquoi toute cette violence ? Pourquoi toute cette haine ? Tout cela n’a aucun sens. Évidemment… tout cela n’a aucun sens.

L’individu n’est pas compatible avec cette idée de société, parce que l’homme n’est pas un être rationnel et encore moins lorsqu’il fait partie d’un groupe. Est-ce que les civilisations humaines ont vraiment évoluées depuis ces 5 000 dernières années ? Pour être soi, entier, l’humain a conçu des empires paradoxalement invivables ; où l’on incite chacun à vivre ses pulsions primaires, tout en se conformant aux principes et aux lois de la société, dans le but de préserver « l’Ordre Social » et de ne pas nuire à son prochain. Des désirs saupoudrés d’un peu de raison. Pas grand-chose de plus. Quelques besoins fondamentaux, qu’il souhaite assouvir sans entraves. Paradoxe que nul ne sait résoudre.

Question(s) : notre monde peut-il vraiment fonctionner avec les humains ? Est-ce que chaque tentative n’est pas destinée à engendrer une société inégalitaire et violente ? Une grande part de l’humanité a fait le choix de s’enfermer dans un monde de désirs égoïstes, parce que nous sommes incapables de penser en tant qu’espèce. C’est pourquoi les écarts de richesses se creusent inexorablement et que la violence de l’État devient légitime. Au final, les personnes qui n’agissent qu’en fonction de leurs besoins ou de leurs pulsions sans se soucier des autres sont sans doute inadaptés à un modèle de société égalitaire, mais elles sont conformes à leur nature. Peut-être avons-nous simplement mis les humains sur un piédestal un peu trop haut ?

Sommes-nous donc réellement plus avancés que les civilisations passées et disparues ? Nous avons tout fait pour abandonner notre condition animale, sans jamais la dépasser… Nous sommes des individus isolés, maintenu ensemble selon un système hiérarchisé et inégalitaire. Il y a encore des guerres, des gens meurent de faim, des pauvres vivent dans les rues. Ce modèle est-il vraiment appelé à changer au cours des prochains siècles ou n’a-t-il pas plutôt fini de prouver son inefficacité ?

Le grand coupable, c’est l’ego. L’ego et l’impossibilité de penser en dehors de soi-même, l’incapacité d’agir en tant qu’espèce. Des individualités qui passent leur vie à essayer de se trouver et de se réaliser, à chaque instant, chaque mot proféré, chaque lettre écrite étant l’affirmation de leur volonté d’exister ; vivant par rapport aux autres, désirant par rapport aux autres, s’accomplissant par rapport aux autres. Qu’est vraiment l’individu dans tout ça ? Ce que les gens se vantent d’appeler leur « personnalité » est en réalité bien peu de choses…

Le vivre-ensemble ne peut fonctionner que par l’effort collectif. En œuvrant les uns avec les autres, en s’aidant les uns avec les autres. Une intelligence globale au service du groupe. La sagesse et l’intelligence ne peuvent être que collectives.

D-Génération

Nous souffrons secrètement de la beauté de notre espèce qui se détruit et de cette planète que l’on brûle. Mais que l’on répare, sans cesse. Le monde se reconstruit, doucement, inexorablement. La question qu’il faut se poser n’est pas : « quelle trace, quelle empreinte (carbone) allons-nous laisser ? » mais plutôt « quel est l’ensemble des réponses possibles à nos actions ? » Ce monde numérique cherche-t-il à nous lyophiliser dans le désert de nos technococons ? Sans doute. Et c’est pourquoi il est évident de se souvenir que nous sommes avant tout des corps ouverts et cabossés abritant des cœurs fluides, dont la lumière incandescente est tissée de liens sensoriels, affectifs ; une dynamique subjective qui fait de nous des vivants. Capable de transcender ce qui nous traverse plutôt que le subir.

Il faut croire au lien qui nous unit, le partager, le relayer, le faire vivre et l’estimer possible. C’est le premier pas vers un monde socialement fécond. Dans cette ère glaciale de bits et d’octets qui nous envahit et nous transforme, nous, Homo numericus, devrions nous souvenir d’une vérité essentielle :

« Nous appartenons à l’extérieur. Libérons-nous ! »

Guerre au Tigré, Starbucks complice du génocide en Éthiopie

Starbucks Genocide

La région du Tigré, en Éthiopie, est un territoire où vivent de nombreux peuples autochtones dont la minorité ethnique éponyme, actuellement victimes d’un véritable génocide entamé par l’État Éthiopien.

Le 4 novembre 2020, le Premier ministre non élu de l’Éthiopie Abiy Ahmed a déclaré une guerre génocidaire contre le Tigré, l’État régional le plus septentrional d’Éthiopie, en collaboration avec le président totalitaire de l’Érythrée Isaias Afwerki. Depuis lors, son administration a bloqué l’accès à l’électricité, à toutes aides extérieures, à la nourriture et à l’eau potable pour des millions de civils Tigréens. Sous la direction d’Abiy et d’Isaias, les troupes éthiopiennes, les troupes érythréennes et les milices amhara ont commis d’importants crimes de guerre et de nettoyage ethnique, en massacrant des civils, en affamant les populations locales et en utilisant comme arme la violence sexuelle et sexiste contre les femmes et les jeunes filles.

Autrefois, la région du Tigré était recouverte de forêts, dont une grande partie ont été détruites au profit notamment de la culture du café, exposant les sols à l’érosion et à la désertification. Le Tigré est également l’une des régions les plus riches en métaux d’Éthiopie. On y trouve, entre autres, de l’or, du minerai de cuivre, du minerai de fer, du zinc et du plomb.

L’exportation la plus importante pour l’État éthiopien demeure néanmoins le café, qui se vend un milliard de dollars par an, alimentant en même temps la machine génocidaire. L’un des acheteurs les plus importants de café éthiopien est Starbucks, corporation qui possède pas moins de 16 858 boutiques implantées dans près de 50 pays à travers le monde. Une partie de leurs revenus alimente directement les fonds de guerre de l’État éthiopien.

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Analyse, astuces et tactiques – N’attendons pas qu’il soit trop tard !

astuces tactiques manifs

Au cours des dernières années, nos manifs ont fait l’objet de nombreuses évaluations et analyses, ce qui a suffi pour que certaines tentatives fructueuses soient menées à bien afin de rompre avec des comportements bien ancrés et de retrouver un espace d’action.

Nous espérons généralement autre chose de nos manifs que d’être vus et entendus, ou de bloquer quelque chose. Bien sûr, il s’agit de créer des moments partagés, des moments où nous nous rassemblons dans les rues, des moments où nous pouvons briser la normalité et surmonter l’inertie de masse et nous libérer du joug sociétal. Des moments dans lesquels nous pouvons reconnaître et expérimenter notre force commune. Non pas comme un événement, mais dans le but de créer un moment qui nous relie à d’autres moments de pratique radicale et qui s’en inspire. Des moments à partir desquels une dynamique peut se développer, dans lesquels il est possible de s’inscrire spontanément, d’essayer et d’acquérir de l’expérience.

Afin de ne pas nous attirer dans notre propre piège, il est indispensable de repenser et d’adapter sans cesse nos approches et de sortir des approches et des comportements bien ancrés. En guise de base, nous avons résumé ici quelques analyses et suggestions.
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Pour la Vie !

Fairy in Flames

Depuis plus d’un an, une majorité d’occidentaux, abreuvée à la doxa ((À lire à ce sujet : La Doxa et le Complotisme, 24/11/2020.)) capitaliste, parle de revenir à la « normale » ; de retrouver son quotidien serein, de traverser à nouveau les frontières, de reprendre l’avion, de recommencer, en somme, à profiter en toute insouciance des privilèges auxquels cette majorité s’était habituée. Ces folies sécuritaires et vaccinales devraient pourtant alerter davantage, car elles sont la juste continuité du processus en cours, tel qu’il a été pensé par ces puissances qui prétendent nous diriger.

En effet, nous savons que le vaccin n’est qu’un énième patch pour permettre au Système de « maintenir le cap » qu’il s’est lui-même fixé. Un pansement pour nous faire oublier l’essentiel : c’est notre société industrielle qui détruit ce monde. C’est notre mode de vie qui est à l’origine de ce virus, si petit et pourtant si tenace et fortement virulent lorsqu’il se combine à certains facteurs environnementaux, conséquents de cette « normalité » qui nous tient tant à cœur (pollutions, élevage intensif, maltraitance animale, aridification des sols et Paradis pas un radis destruction des écosystèmes, génocide des peuples, exploitation et spoliation, racisme et militarisme…). Un vaccin pour oublier que nous, humains, excellons dans l’art de détruire ce qui pourtant nous permet de vivre. À écouter journalistes aux ordres et politiques, cela devrait naturellement continuer, car ceux-là n’aspirent maintenant plus qu’à retrouver cette aliénante « normalité ».

Alors… pourquoi ? Pourquoi appliquer les mesures gouvernementales, pourquoi respecter les confinements et couvre-feux, pourquoi se vacciner, pourquoi vouloir continuer si c’est pour vivre dans un monde en flammes ? Faut-il être fou pour ne pas voir que nous allons tous devenir dingues ?! Notre bourreau est le Système, exploiteur, patriarcal, pyramidal, raciste, voleur et criminel : le capitalisme. Or il est impossible de réformer ce système, ni de le transformer, ni de l’adoucir et encore moins de l’humaniser. Nous n’avons pas d’alternative.

Nous devons combattre pour la Vie ! Nous devons démanteler et détruire, par tous les moyens, chacun·e là où nous sommes, ce système mortifère et toutes les structures technologiques, politiques, industrielles et militaires qui le supportent !

Il nous semble que c’est là l’unique moyen pour offrir un monde relativement plus apaisé à l’ensemble de l’humanité, et un avenir possible et vivant à nos enfants et à toutes celles et ceux qui viendront ensuite, qu’ils soient ou non humains.

Mort aux États, au capital et aux armées !
Feu au système et aux frontières !
Vive l’anarchie !

Perla VITA (7 maggio 2021)
Traduit de l’Italien par zeka

La ville, pandémonium ivre d’ombres et d’orgueil

Pandemonium

La ville. Urbaine auto-organisée. Planification, contrôle, mécanique des déplacements, gestion des populations, traçabilité, marcher dans les clous. Tracés figés dans l’espace et le temps, villes qui accueilleront la vie. Bien-être/Logique de bien-être. Dynamiques urbaines et maîtrise des territoires. Multiplication des espaces et des humains oubliés.

La ville. Lieu unique et uniformisé. Usines convertibles. Abrutissement des masses. Fabriques de consentement. Écœurement, lorsque la conscience et la possibilité d’un changement se font de plus en plus ténues.

Assemblage empirique d’acier et de ciment. Caméras. Surveillance. Équilibre fragile, maîtrise des forces en présence, entité abstraite. Inconsciente, la ville dort, repliée sur elle-même dans un amas de câbles électriques au fond d’une cave abstraite. La ville bâtie sur les ruines de la précédente, inexorablement.

Humain de papier, ambiance électronique, culture contemporaine, matières inertes, froideur du béton, géométrie pure. Conversion banalisée de cathédrales en galeries, d’entrepôts en discothèques, de logements en bureaux, de hangars à bananes en alcôves à pigeons, de squats vivants en tombeaux HLM.

La ville. Artères, bretelles, tunnels, parking sous-terrain, frénésie des voies rapides, ville d’ombres, villes bétonnées. Nature morte. Desseins grossiers. En un éclair, la ville ordinateur, la ville horloge, la ville machine, ville polymorphe et artificielle dévore nos dernières parcelles d’humanité.

« Ville folie. Ville mensonge. Ville fourmis. Ville de fer. Ville en flammes. »


Librement inspiré de « Ville de Mort », La Sinse #9 (avril 2021).

icon pdf Télécharger La Sinse #9
(PDF – 960 Ko)

We’ll go and wreak havoc in these dens of death!

(01/05/2021) – Un dessin, reçu d’un petit collectif anglo-saxon d’enfants assidus dans leurs activités nocturnes (« en Mai, je révise mes gestes barrières ») et le texte qui l’accompagnait… Pour la rémanence de notre héritage de prétroleuses et de pyromanes !

For the continuation of our heritage of petrolheads and seditious arsonists

« The System has a weak point: it doesn’t like hot weather. Heatwaves, it’s a known fact, are time-consuming and disruptive to the machines. However, the supreme irony is for the fibre optic networks: extremly sensitive to « highlights » and hot conditions. Ball of flames and plume of smoke… And you get chaos! »

And you get chaos

– By TACK, a time-consuming arsonists collective kids (and a tight-knit family).

Technocapitalisme et transition écologique : le piège du développement « durable » de la méga machine

Fractures

Dans le monde techno-capitaliste et policier souhaité par les sociétés occidentales, les économies d’énergies, les « transitions écologiques », les carburants dits « verts » et les « énergies renouvelables » font partie d’un jeu de langage très dangereux. Derrière des expressions — en apparence positives — comme « développement durable » se cachent des destructions sociales, éco-systémiques et climatiques. Cette volonté de décarbonation et d’économies d’énergie ne font que conforter le Système industriel dans son entreprise destructrice.

« Développement durable », un oxymore prisé des industriels

Qu’elle soit « verte » ou fossile, le système en place a besoin d’une énergie colossale pour fonctionner. Il absorbe l’intégralité de l’énergie disponible. Toute l’énergie que nous produisons, qu’elle soit ou non carbonée, va alimenter les rouages du Système (Méga-machine). On imagine très bien pourquoi politiques et industriels rêvent de cette « neutralité carbone » et de « l’indépendance énergétique », dépensant des milliards et des milliards chaque année dans la recherche d’énergies à faible coût et inépuisables. Nombre d’entre eux souhaiteraient voir le développement devenir… « durable », mais tout développement entraîne, in fine — et par définition —, un appauvrissement environnemental, social et économique.

Juste des jolis mots pour cacher la merde

Ainsi, si le monde se recouvre de panneaux solaires, d’éoliennes ou d’usines marémotrices, cela proposera une énergie inépuisable et gratuite pour la Méga-machine Capitaliste. Le Système alors explosera, décuplant sa taille et sa voracité destructrice à l’infini, jusqu’à l’épuisement total des ressources planétaires voire l’annihilation de la vie elle-même. Que l’on survive dans une société industrielle carbonée ou dans une société industrielle décarbonée, le leitmotiv est le même : « Obéis. Travaille. Consomme. »

Les écologistes n’y voient qu’un unique problème écologique (carbonique), les fameuses émissions de carbone de la civilisation industrielle et le fait qu’elles précipitent un réchauffement climatique menaçant notre avenir. Dans ce combat réactionnaire, les idiots utiles de l’État-capitalisme s’inquiètent pour l’avenir de la méga-machine qui nous asservit, nous dépossède, nous aliène et nous exploite tous, plutôt que de se révolter contre cet asservissement ou de s’inquiéter de cette dépossession, de cette aliénation et de cette surexploitation généralisée. La « neutralité carbone » ne signifie pas « moins de carbone » ou l’utilisation à 100% d’énergies décarbonées. Cela devrait signifier, au contraire, le démantèlement de la civilisation industrielle, et par là même de l’État et du Capitalisme.

Il se trouve, en outre, qu’aucune technologie de production d’énergie dite propre, verte ou renouvelable n’a pas d’impact sur son environnement. Toutes impliquent différentes dégradations ou pollutions environnementales, sans compter que l’énergie produite servira toujours, immanquablement, à alimenter des machines ou des appareils eux-mêmes produits par le système techno-industriel, impliquant donc eux-mêmes diverses dégradations ou pollutions environnementales, etc. De même, si vous souhaitez conserver le dégré de production d’une société, tout en l’alimentant en énergies décarbonées, cela ne pourra jamais se faire sans l’État-capitalisme, sans la civilisation industrielle, sans les nombreuses hiérarchies qui la constitue et qu’elle requiert pour fonctionner. Avec, finalement, toujours autant d’inégalités, d’iniquités et de servitudes.

Les économies d’énergie ne servent à rien

Un exemple qui illustre bien la grande naïveté des politiques écologistes — et de ceux qui nous parlent de Earth Day et autres fantaisistes « heures pour la planète » —, ce sont toutes les ressources inutiles dépensées chaque jour dans les économies d’énergie par exemple, ou le simple tri sélectif des déchets industriels et ménagers. Il est vain d’essayer responsabiliser les gens sur les sujets écologiques, tandis que nous savons tous que c’est le monde industriel dans lequel nous vivons qui est le vrai problème.

Dans un système fondé sur des dynamiques de croissance, d’expansion et de consommation, les efforts visant à diminuer nos consommations personnelles, individuelles, n’ont en réalité aucun effet. L’énergie ou les ressources que nous n’utilisons ou n’utiliserons pas seront utilisées par d’autres (particuliers, États ou industriels.) En effet, dès que de l’énergie est libérée par des économies, le système-monde technologique l’engloutit puis en redemande. Peu importe la quantité d’énergie fournie, le système se propage toujours rapidement jusqu’à ce qu’il ait utilisé toute l’énergie disponible, puis il en redemande encore. La même chose est vraie des autres ressources. La Méga-machine s’étend immanquablement jusqu’à atteindre une limite imposée par un manque de ressources, puis elle essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les conséquences.

La société industrielle décarbonée
Société industrielle carbonée = Société industrielle décarbonée (d’après https://ricochets.cc)

Tout détruire… et ne rien reconstruire

Le « développement » d’une société industrielle ne sera jamais « durable ». Que faire ? Détruire le Système de la Méga-machine ou, tout du moins, réduire ses systèmes industriels, abandonner les sites de productions les plus destructeurs et construire des sociétés vivables et soutenables à base de basses technologies, plutôt que de chercher à économiser l’énergie et à produire des énergies qui n’auront de « vertes » que le nom.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, qu’elle utilise des énergies plus ou moins décarbonées (ou pas du tout), la méga-machine continue ses désastres en avalant tout…

La fin du monde – Visions politiques et désertion populaire

the mud bath

Sur une carte imaginaire, sur les traces de Charlot et d’autres poètes, artistes, révolutionnaires, amoureux, des chemins sont tracés vers une possible désertion générale. »

I. Désert

« Les gens recommencent à être vus dans la rue, avec une certaine prudence au début, puis dans le sillage d’un sentiment de libération, tout le monde marche, se regarde, s’interroge, femmes et hommes, groupes d’adolescents au hasard, tous accompagnant les uns les autres alors qu’ils traversent l’insomnie massive de ce temps inouï. Et n’est-il pas étrange qu’ils semblent avoir accepté cette suspension, cette panne ? Peut-être que c’est quelque chose qu’ils ont toujours voulu au niveau subliminal, subatomique ? Certaines personnes, toujours et seulement quelques-uns, un petit nombre d’habitant·es humain·es de la planète Terre, la troisième planète la plus proche du soleil, royaume de l’existence mortelle » ((Si l’âge de « l’évènement Covid-19 » n’a pas encore son roman, fin 2020 a pourtant déjà eu son court-roman : Le silence, par Don DeLillo. Se déroulant dans une période post-pandémique, 2022, alors que la mémoire du virus est encore fraîche, l’auteur explore, à travers une scène anonyme, l’impossible retour à la normalité : un black-out général des technologies suspend le cours habituel des choses. Ordinateurs, téléphones portables, tous les appareils électroniques sont en panne ; Internet, les e-mails, etc., deviennent silencieux ; les écrans qui dominent habituellement notre paysage se noircissent. Il ne reste plus que l’obscurité : Max, l’hôte d’un petit rassemblement d’amis organisé pour officier le rite laïque américain par excellence (le Super-bowl), décide obstinément de « regarder l’écran noir » et scruter le vide « Dans un stupéfiant void ».)).

Huit, neuf, dix mois, c’est presque un an maintenant. Le décompte des mois est perdu : on savoure le privilège privé de tout ce qui n’est pas privé, de tout ce qui habituellement erre dangereusement dans les villes. Penser à retourner vivre sans répondre au commandement de la Loi, du virus, de la peur, est presque effrayant. Auto-certifications, zones rouges ou oranges, couvre-feux. Les commandes sont diversifiées : elles engourdissent ; oppriment. Elles sont contradictoires et ambigües. Nos contacts avec le monde sont furtifs, presque superflus. Nous sommes sans visage et masqué·es.

Que faire ? Certains veulent « faire », bouger, sortir de l’engourdissement, « admirer » : « faire » quelque chose pour ne pas rester immobile, avant de disparaître. Ouvrir écoles, cinémas, bars, gymnases, tout ouvrir, pour simplement vivre, au point, peut-être involontairement, de supprimer la brutalité d’une pandémie qui ne cesse de se renforcer car il n’est pas difficile de sous-estimer un virus à faible létalité mais très tenace. Il faut vivre, c’est indéniable ; secourez-nous de cette désolation. Mais, pour nous, il semble que tout reprendre comme avant fait partie de notre plus gros problème (politique). Recommencer, comme avant, n’est pas une alternative envisageable.

Que pourrait faire Léopold Bloom ((Leopold Bloom est un antihéros du roman Ulysse de James Joyce. L’anniversaire de la journée du 16 juin 1904, décrite dans le roman, est célébrée en Irlande sous le nom de Bloomsday.)) dans la nature sauvage de la syndémie ((Syndémie : une rencontre de plusieurs facteurs aggravants les effets d’un virus fondamentalement pas plus dangereux qu’un autre virus respiratoire de type grippal, mais qui fonctionne comme un accélérateur, un catalyseur d’effets toxiques chez certaines catégories de personnes à risques pour des raisons multifactorielles sur lesquelles il convient de sérieusement se pencher, plutôt que de condamner certains traitements ou de croire à l’univocité de la solution vaccinale désormais élevée au rang de totem ainsi qu’aux vertus supposées des confinements à répétition.)) de Covid-19 ? Que pouvons-nous faire aujourd’hui avec des rues abandonnées la nuit, des bars fermés, des villes perdues ? Que signifie écrire sur les rencontres et nos vies dans le vide ? Où les hommes et les femmes de Joyce se réfugieraient-ils, qui rencontreraient quelqu’un à chaque coin de rue, entreraient quelque part, laisseraient les choses se heurter à d’autres ? Nous avions l’habitude d’écrire, de réfléchir, de nous battre dans les rues grouillantes de monde, de Dublin le 16 juin 1904, jusqu’au Cosmopolis de DeLillo. Aujourd’hui, nous devons écrire, penser, lutter dans des espaces vides ; livré·es à une écriture de résidus comme si l’écriture elle-même dans le vide était devenue un résidu.

Traverser un désert, une période désertique, ce n’est pas une grande chose, ce n’est pas grave ; c’est terrible de naître, de grandir dans un désert. C’est effrayant. Je l’imagine, on doit avoir l’impression d’une grande solitude. »
— Gilles Deleuze

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